Frustration et renoncement

Frustration et renoncement

Frustration et renoncement

Apprendre Ă  un chien Ă  renoncer et Ă  gĂ©rer ses frustrations est l’une des bases les plus importantes de l’éducation. C’est ce qui dĂ©termine, en grande partie, l’équilibre Ă©motionnel du chien.

L’erreur classique du contact systĂ©matique

En laisse, beaucoup de propriĂ©taires laissent leur chien renifler chaque chien croisĂ© ou se faire caresser par chaque humain rencontrĂ©. Le chien prend alors l’habitude qu’une rencontre Ă©gale systĂ©matiquement un contact. Le jour oĂč il croise un chien ou une personne qui n’accepte pas ce contact, le maĂźtre met un Ă -coup en laisse : le chien, qui n’a jamais connu ce refus, se sent frustrĂ© et stressĂ©. S’installe alors la bataille classique du “mon chien tire, je retire, mon chien tire, je retire”, oĂč les Ă©motions montent jusqu’à basculer de la joie vers l’agressivitĂ©. C’est ainsi qu’un chien sympathique peut devenir agressif, envers les humains comme envers ses congĂ©nĂšres.

La rĂšgle : en laisse, pas de contact systĂ©matique. Une fois cette notion acquise sur plusieurs mois, le contact peut ĂȘtre autorisĂ© ponctuellement et de façon alĂ©atoire.

Attention aussi aux rencontres en laisse tĂȘte contre tĂȘte : cette posture est une posture de provocation, souvent le dĂ©but d’une escalade qui peut mener Ă  une altercation.

Ce qu’est le renoncement

Le renoncement, c’est apprendre au chien que mĂȘme quand il veut trĂšs fort quelque chose, il ne peut pas toujours l’obtenir. Exemple concret : on pose la gamelle, on demande au chien de ne pas bouger, on s’éloigne de 3 Ă  5 mĂštres, puis on le rappelle au pied. Le dilemme pour le chien : obĂ©ir, ou manger. La rĂ©compense n’est pas une croquette donnĂ©e par le maĂźtre, mais l’autorisation d’aller manger ensuite.

Dans un premier temps, le renoncement doit presque toujours dĂ©boucher sur une acceptation juste aprĂšs : si tu fais [ceci], je te donne [cela]. Ce n’est qu’une fois ce mĂ©canisme bien compris qu’on peut introduire de l’alĂ©atoire, avec des moments oĂč l’obĂ©issance ne dĂ©bouche pas sur l’obtention immĂ©diate de l’objet convoitĂ©.

Le prend / le donne

La protection de ressources (jouets, nourriture) vient souvent d’un apprentissage ratĂ© du “prend/donne” : quand le chien a quelque chose dans la gueule, on le lui retire sans rien lui donner en Ă©change. Le chien apprend alors qu’on vient toujours pour lui enlever ce qu’il a. La bonne mĂ©thode : proposer un Ă©change, le chien lĂąche, on prend l’objet puis on le lui redonne. Il apprend ainsi qu’à chaque lĂącher, il rĂ©cupĂšre quelque chose. Une fois ce mĂ©canisme acquis, on peut introduire de l’alĂ©atoire sur le fait de rendre ou non l’objet, pour obtenir un chien non agressif sur ses ressources. La mĂȘme logique s’applique Ă  la nourriture : apprendre au chien Ă  attendre devant sa gamelle, et Ă  comprendre que la main de l’humain n’est pas une menace pour sa ressource alimentaire.

Pour un chien adulte qui a déjà de mauvaises habitudes de protection, la raréfication des biens peut aider : raréfier un autre objet pour lui donner de la valeur, et pouvoir le troquer contre ce que le chien retient en gueule.

La mise en garde

Ne jamais y aller “à moitiĂ©â€ : le geste hĂ©sitant, la main qui se lĂšve sans aller au bout, installe le doute chez le chien et se transforme en grognement ou morsure. Si une situation dĂ©rape, mieux vaut la considĂ©rer perdue, laisser retomber la tension, puis recrĂ©er un cadre de travail positif pour reprendre proprement, plutĂŽt que d’insister au milieu d’un conflit.

Autre rĂšgle essentielle : ne rĂ©compensez jamais vous-mĂȘme le chien qui revient au rappel dans ce contexte d’apprentissage. La rĂ©compense doit ĂȘtre l’accĂšs Ă  ce qu’il voulait (le dĂ©tacher pour qu’il aille jouer, par exemple), pas une friandise donnĂ©e par vous. Sinon, le chien n’obĂ©ira que s’il pense que vous avez “mieux” Ă  proposer. C’est aussi pour cela qu’un travail construit sur la friandise doit, Ă  terme, s’en dĂ©tacher : il doit rester un moment oĂč le maĂźtre n’a plus rien Ă  offrir, et oĂč le vrai cadeau est ce qui se trouve devant le chien. C’est la clĂ© de toute la gestion de la frustration.