Hiérarchie / domination

Hiérarchie / domination

Hiérarchie / domination

Faux : votre chien n’est pas un loup en rĂ©duction rĂ©gi par un “mĂąle alpha” qui dominerait tout le monde. Cette idĂ©e, qui a longtemps servi de base Ă  toute une Ă©cole du dressage, repose sur une Ă©tude bancale et sur une confusion entre loup et chien.

Deux dominances Ă  ne pas confondre

On distingue la dominance intraspĂ©cifique (entre membres d’une mĂȘme espĂšce, chien-chien ou humain-humain) et la dominance interspĂ©cifique (entre deux espĂšces diffĂ©rentes, par exemple humain-chien). Sur cette derniĂšre, aucune Ă©tude ne prouve qu’elle existe, ce qui ne veut pas dire qu’elle est impossible, mais qu’elle n’est pas dĂ©montrĂ©e.

Le mythe du loup alpha s’est effondrĂ©

L’idĂ©e d’un mĂąle alpha tout-puissant dominant sa meute vient d’études menĂ©es sur des loups en captivitĂ© ou sur des meutes reconstituĂ©es artificiellement avec des loups de familles diffĂ©rentes, ce qui fausse complĂštement les observations : une meute sauvage est en rĂ©alitĂ© une structure familiale. Le zoologiste amĂ©ricain L. David Mech, l’un des principaux promoteurs de cette thĂ©orie, est revenu dessus aprĂšs treize Ă©tĂ©s d’observation sur le terrain. En 1999, il a publiquement reconnu s’ĂȘtre trompĂ© : les individus “alpha” censĂ©s dominer par la compĂ©tition n’existent pas comme on le croyait.

Dans une meute sauvage, il y a un pÚre et une mÚre, chefs et garants de la survie du groupe. Ce sont la mÚre et les louveteaux qui sont prioritaires pour la nourriture en cas de pénurie, pas un mùle dominant qui mangerait en premier : ce mythe-là aussi tombe.

La meute naĂźt d’un couple, et les petits reçoivent de leurs parents, par le jeu, un enseignement de chasse, de combat et de comportement social. D’une portĂ©e Ă  l’autre se crĂ©e naturellement un ordre hiĂ©rarchique Ă  trois niveaux : chefs, intermĂ©diaires, infĂ©rieurs (les plus jeunes et les moins expĂ©rimentĂ©s). Ce n’est que dans des cas particuliers, quand un loup isolĂ© sans lien de parentĂ© s’intĂšgre Ă  la meute, qu’une vraie compĂ©tition pour le statut de chef peut apparaĂźtre entre lui et le pĂšre de famille.

Le chien n’est pas un loup

Vivre en groupe n’est pas un comportement gĂ©nĂ©tiquement programmĂ© : chiens comme loups doivent l’apprendre pendant leur pĂ©riode de socialisation. S’ils vivent en groupe Ă  ce moment-lĂ , ils sauront vivre en groupe adultes ; sinon, ils resteront solitaires, comme environ 70% d’entre eux. Un groupe de chiens aujourd’hui est une accumulation temporaire d’amis de balade, pas une famille stable comme une meute de loups.

Des milliers d’annĂ©es de domestication, de modification gĂ©nĂ©tique et de crĂ©ation artificielle de races sĂ©parent le chien du loup. Un exemple frappant : les loups marquent de vastes territoires (40 Ă  70 km) pour dissuader les intrus, au risque d’un affrontement mortel. Le chien fait de mĂȘme mais dans des conditions bien plus contraintes : territoire rĂ©duit, gestion de groupe non familiale, dĂ©rives comportementales liĂ©es Ă  l’élevage.

Dominant un jour, soumis le lendemain

Les chiens peuvent se montrer tantĂŽt dominants, tantĂŽt soumis selon les rencontres. En rĂ©alitĂ©, ils Ă©changent des informations sur leurs limites respectives pour que ces limites deviennent prĂ©visibles pour chacun. Aucun n’est “alpha” au sens strict ni uniquement dominant : ils agissent selon leur patrimoine gĂ©nĂ©tique, leur Ă©ducation, les codes canins (pas toujours respectĂ©s par le chien d’en face) et une proximitĂ© souvent trop grande entre eux.

Ce qu’il faut retenir

PlutĂŽt que de chercher Ă  savoir si la hiĂ©rarchie ou la dominance “existe” chez votre chien, l’essentiel est d’ĂȘtre pour lui un guide fiable et digne de confiance, chez qui il trouvera toujours la rĂ©ponse et l’attitude qu’il attend.