Décrypter son chien

Décrypter son chien

Les signaux d’apaisement et leurs piùges

Les signaux d’apaisement, ce sont les façons dont le corps et les actions du chien traduisent une Ă©motion. Le chien qui met les oreilles en arriĂšre, on vous dit qu’il n’est pas rassurĂ© ; celui qui bat de la queue, qu’il est content ; celui qui rentre la queue, qu’il a peur. Il faut faire le tri.

La queue

Un chien qui bat de la queue n’est pas forcĂ©ment content. Il peut ĂȘtre trĂšs mĂ©content, il peut ĂȘtre sur le point de passer Ă  l’action, et il peut surtout essayer d’évacuer la pression. Partez du principe que le mouvement de queue permet au chien d’évacuer la pression pour maintenir un Ă©tat Ă©motionnel stable : c’est le principe de la cocotte-minute.

Si on a toujours l’impression que la queue qui bat signifie “content”, c’est parce que heureusement nos chiens sont plus souvent contents que le contraire : quand ils vous voient rentrer, quand vous jouez, quand vous faites des cĂąlins. En rĂ©alitĂ© il bat de la queue quand il est stressĂ©, quand il a peur, quand il est content, quand il est mĂ©content, et Ă  chaque fois c’est le mĂȘme processus. Plus les mouvements sont rapides, plus ils traduisent un Ă©tat Ă©motionnel ; plus ils sont lents, plus ils en traduisent un autre.

Deux rĂšgles Ă  retenir

  1. Ne vous fiez pas aux apparences.
  2. Un signal ne se lit jamais hors contexte. Il est impossible de dire “il bat de la queue, donc il est comme ça”. Il bat de la queue, et que se passe-t-il autour ? Voit-il quelque chose qu’il aime ou quelque chose qu’il n’aime pas ? Quelle est la distance entre lui et ce qu’il voit ? C’est en associant l’ensemble de ces paramùtres que vous pourrez dire, dans cette situation-là, qu’il est content, inquiet ou peureux.

Analyser Ă  voix haute le chien qu’on a en face, ou celui avec qui le sien joue en balade, est trĂšs casse-gueule, et c’est rarement la vĂ©ritĂ©. Le danger, c’est qu’en se trompant de sentiment et en prĂȘtant un mauvais sentiment au chien, on se trompe sur toute la dĂ©marche intellectuelle qui suivra.

Le cas du peureux agressif

Le chien peureux en laisse, quand il est peureux agressif, se projette dans tous les sens et plonge sur tout le monde. On a l’impression qu’il est tout sauf peureux, tant il semble hostile : il part devant, au bout de la laisse ou de la longe, il fait des bonds, et on le croit trĂšs affirmĂ©. Alors qu’il est simplement peureux, et qu’il surjoue pour faire reculer les gens, parce qu’il n’a aucune envie qu’on avance vers lui.

Et comme vous ne croisez jamais personne, puisque vous faites des dĂ©tours, vous validez le chien dans l’idĂ©e que s’il fait ça, il obtient cette consĂ©quence et il est tranquille. Le jour oĂč quelqu’un arrive directement, vous verrez que dans beaucoup de cas, pas tous, le comportement s’éteint un peu : il saute moins, il part moins en avant. Évidemment, cela dĂ©pend aussi de la personne en face : si elle s’arrĂȘte, si elle a peur, si elle marque des stops, le chien reprend du courage et repartira.

Les autres signaux, et pourquoi ils portent mal leur nom

Ils ne sont pas lĂ  pour apaiser, ils sont lĂ  pour communiquer. C’est une gestuelle de communication oĂč le chien se sert de tout son corps : les poils (la piloĂ©rection, la fameuse crĂȘte sur le dos, parfois jusqu’à la queue), la patte levĂ©e, souvent la droite, les oreilles en arriĂšre, la queue rentrĂ©e.

Les oreilles en arriĂšre. On dit que le chien est peureux, trĂšs inquiet, voire hostile. Ce n’est pas toujours vrai. Quand vous caressez la tĂȘte d’un chien aux oreilles pointues, un berger allemand par exemple, ça lui chatouille les oreilles ; comme il le sait, Ă  mesure que votre main approche, les oreilles partent en arriĂšre. Il n’est pas inquiet de votre caresse, il est juste chatouilleux.

La crĂȘte. Le chien la met pour paraĂźtre plus impressionnant, plus grand, il se gonfle. Mais un chien qui joue avec vous et qui n’a pas forcĂ©ment le dessus peut tout Ă  fait avoir la crĂȘte. Un chien poursuivi par un autre chien pendant un jeu peut l’avoir aussi, parce qu’il sait qu’il va se faire attraper. Les crĂȘtes ne sont pas toutes les mĂȘmes : certaines partent vers l’avant, d’autres un peu vers l’arriĂšre, et certains chiens ont la crĂȘte Ă  l’avant et au bout de la queue, avec rien au milieu.

Dans le dĂ©tail, on pourrait regarder les micro-signaux : la pupille se dilate-t-elle ou non, le point de regard, la façon dont le corps bouge. Il y a Ă©normĂ©ment d’élĂ©ments de langage.

Le message Ă  retenir : on ne se base jamais sur un seul Ă©lĂ©ment. On observe l’environnement et on essaie de comprendre en fonction de l’environnement et des propositions du chien.

Se tromper sur le chien d’en face

C’est d’autant plus embĂȘtant, parce que tous les chiens ont leur propre mimique de communication, apprise. Si vous pensez que le chien en face est dangereux alors qu’il ne l’est pas du tout, vous allez rappeler votre chien, le porter, et c’est comme ça que vous en ferez un chien rĂ©actif aux congĂ©nĂšres alors qu’il ne l’était pas.

MalgrĂ© tout le panel de communication qu’on connaĂźt, tous les chiens ne l’utilisent pas et ne fonctionnent pas de la mĂȘme façon, parce que le chien apprend en fonction des rĂ©ponses qu’il obtient : un mĂȘme fonctionnement qui obtient une rĂ©ponse diffĂ©rente chez un autre chien n’aura pas la mĂȘme signification.

Le feeling, et les signaux qui ne trompent pas

Pour votre propre chien, vous devez ressentir ce qui se passe au-delĂ  des apparences.

Certains signaux ne trompent pas, mĂȘme si ce n’est pas toujours vrai : le chien qui vous dĂ©plie les dents jusqu’à la gencive, Ă  un moment donnĂ© vous ne vous posez plus la question, il y a un problĂšme. Il est trĂšs rare qu’un chien fasse ça alors qu’il est trĂšs content.

À l’inverse, le fameux chien qui “sourit” en montrant les dents : il l’a fait une fois, il a senti que tout le monde autour Ă©tait heureux, et il reproduit un comportement qui rend heureux son entourage, parce qu’il en perçoit les odeurs. Cette rĂ©ponse s’auto-renforce et il se met Ă  sourire. Il peut y avoir d’autres raisons, mais cela montre que certains comportements ne sont mĂȘme pas des comportements canins : ce sont des comportements appris au milieu des humains, avec des rĂ©ponses auto-renforcĂ©es.

Donc : on fait parler le feeling, on essaie de ressentir son chien, de comprendre la situation, de ne pas mal interprĂ©ter les messages, et surtout on se fie Ă  l’environnement, c’est le plus important.