En forĂȘt

En forĂȘt

Travailler en forĂȘt

Les balades en forĂȘt sont aussi importantes que celles en ville, parce qu’en forĂȘt vous rencontrerez beaucoup plus souvent des humains isolĂ©s. Un humain isolĂ© est bien plus compliquĂ© Ă  gĂ©rer pour votre chien qu’un groupe : c’est du 1 contre 1, voire du 2 contre 1, et tous les peureux ont un peu moins peur. Instinctivement, il est beaucoup plus naturel de s’en prendre Ă  un loup isolĂ© qu’à une meute entiĂšre.

Deux options de balade

  1. Exactement la mĂȘme balade qu’en ville : double laisse, et on marche. Vous ne vous posez pas de question, vous appliquez en forĂȘt le processus utilisĂ© en ville.
  2. MuseliĂšre et longe, parce que ça commence Ă  aller mieux, que vous vous sentez plus Ă  l’aise, ou parce qu’il est accompagnĂ© d’un autre chien. Vous le laissez jouer, s’amuser, ĂȘtre tranquille, proposer des choses. Quand un humain arrive, la seule chose qui compte est que vous soyez Ă  distance de la longe, pour la rĂ©cupĂ©rer sans qu’il s’en rende compte et qu’il ne puisse pas aller embĂȘter l’humain.

On y va progressivement : commencez par des endroits oĂč il y a quelques humains dissĂ©minĂ©s Ă  droite et Ă  gauche plutĂŽt qu’un humain isolĂ©, puis, petit Ă  petit, il n’y en aura plus qu’un et vous avancerez tranquillement. L’idĂ©e est de ne faire prendre de risque Ă  personne, tout en permettant au chien de s’émanciper, de regarder le monde et de prendre ses dĂ©cisions par lui-mĂȘme.

Redevenir intéressant pour son chien

C’est en forĂȘt qu’on peut commencer les choses sympathiques. Si vous ĂȘtes deux : l’un part se cacher derriĂšre et fait du rappel, le chien revient, alors qu’il y a bien un humain lĂ . Puis la deuxiĂšme personne va se cacher ailleurs et le rappelle Ă  son tour. Vous ĂȘtes en train de lui dire : mĂȘme quand il y a des humains, on peut s’amuser, jouer, faire du rappel, ĂȘtre joyeux, apprendre des choses.

Si vous ĂȘtes suivi par un Ă©ducateur, il est trĂšs important qu’il y ait aussi des humains et des maĂźtres de chiens qui vous sortent dehors, en dehors d’un terrain fermĂ© et d’un club, et qui vous fassent faire du rappel Ă  droite et Ă  gauche pendant qu’il y a de la vie autour, pour que le chien soit capable de se mettre dans sa bulle de concentration.

Il faut retrouver le plaisir de la balade, et que le chien ne fasse plus que des balades anxiogĂšnes. On lit et on entend de plus en plus, notamment d’éducateurs, que le concept mĂȘme de balader son chien serait dĂ©passĂ©, parce que toutes les balades seraient mauvaises et anxiogĂšnes pour lui. Ce n’est pas la balade qu’il faut supprimer : c’est l’anxiĂ©tĂ©, la nervositĂ© et l’agressivitĂ© qu’il faut enlever.

Il faut donc cumuler les moments de travail trĂšs sĂ©rieux et durs (la demi-heure de ville quotidienne, oĂč le chien force intellectuellement pour comprendre ce qui se passe) et tous les autres moments : la forĂȘt, oĂč il ne doit pas dĂ©clencher alors qu’un seul humain arrive, et oĂč il doit reprendre du plaisir.

Se faire des amis

Se balader avec des chiens aide, les balades canines aident, et se balader avec un seul chien aussi : il va falloir vous faire quelques amis. DĂšs que vous repĂ©rez quelqu’un qui promĂšne son chien Ă  10 h, demandez Ă  venir. Vous muselez le vĂŽtre, vous le mettez en longe, les deux chiens jouent, et mine de rien il passe un humain, puis un deuxiĂšme, et ça se passe bien : il commence Ă  comprendre que les humains ne sont pas si dangereux.

ConsĂ©quence : la sortie de dĂ©pense de 5 ou 6 heures du matin, vous allez petit Ă  petit la dĂ©caler vers des heures normales, oĂč vous croiserez un peu d’humains et un peu de chiens. 7 h, puis 8 h, puis 9 h, puis peut-ĂȘtre 15 h, puis 17 h. Vous ĂȘtes sur le chemin de la vie normale, tout en souplesse, et le chien ne s’en sera mĂȘme pas rendu compte.

Ce qu’il faut arrĂȘter de faire

Si vous voulez rĂ©gler l’agressivitĂ©, il y a ce qu’il faut mettre en place, mais aussi tout ce qu’il faut arrĂȘter, parce que ça la stimule et la dĂ©veloppe :

  • RĂ©cupĂ©rer la longe et tirer comme un malade.
  • Ne faire du rappel que quand quelqu’un arrive.
  • Lui demander de revenir on ne sait pas trop comment, un « pas bouger ».
  • Se dĂ©caler sur le cĂŽtĂ© et le maintenir serrĂ©.
  • Lui demander d’ĂȘtre assis ou couchĂ© alors qu’il en est absolument incapable vu son Ă©tat de nervositĂ©, et l’y obliger parce que vous ĂȘtes fĂąchĂ© qu’il ne le fasse pas.
  • Contourner, accĂ©lĂ©rer le mouvement ou ralentir sans savoir.
  • Enlever la longe pour mettre une laisse parce que quelqu’un arrive.
  • Mettre la museliĂšre au dernier moment : celle-lĂ , c’est la pire. Quelqu’un arrive, « oh lĂ  lĂ , viens lĂ , je t’attache, je te mets la museliĂšre » : affreux.
  • L’avoir en libertĂ©, voir quelqu’un avant lui, lui sauter dessus et l’attacher.
  • Fixer les gens, vous. Vous ĂȘtes Ă  l’affĂ»t encore plus que le chien, vous regardez, et vous ĂȘtes en train de lui dire qu’on est allĂ© chasser parce que vous avez repĂ©rĂ© une proie. Le chien vous voit faire et se dit « allez, on va se chauffer ». Soyez tranquille.

Rien que d’arrĂȘter ces choses-lĂ  rĂ©duit le niveau d’agressivitĂ© du chien sans rien faire d’autre.

Si vous n’ĂȘtes pas prĂȘt Ă  le dĂ©tacher

Si vous vous dites qu’à 11 h du matin il y aura du monde et que vous n’ĂȘtes pas prĂȘte Ă  lui mettre la longe, parfait : laissez-le en laisse et muselĂ©, et faites votre balade tout Ă  fait normalement, avec des gens, du monde et des chiens qui viennent. Vous faites alors ce que vous faites en ville :

  • Ne jamais vous arrĂȘter. Il passe devant un humain, on y va. S’il dĂ©clenche, un petit coup d’eau, on avance.
  • S’il y a un chien, on les laisse se renifler, mais vous continuez Ă  avancer. Ne restez pas statique Ă  regarder la prochaine guerre : on renifle, on avance.
  • S’il y a des appels au jeu francs, mettez la longe et laissez-le jouer avec le chien dĂ©tachĂ©.

Imaginez l’effet, pour un chien habituĂ© Ă  ce que chaque balade soit la guerre et la misĂšre : vous ne l’empĂȘchez pas d’aller renifler, et quand ça se passe bien, vous le laissez aller s’amuser. L’impact psychologique est surpuissant. Attention, ce cas de figure (vous en laisse, l’autre chien dĂ©tachĂ©) n’est pas le mĂȘme que les deux chiens en laisse en ville : lĂ , on est en forĂȘt.

L’idĂ©e est qu’il arrive Ă  voir son environnement. Aujourd’hui, il ne le voit plus : il vit dans une bulle, dans un endroit complĂštement aseptisĂ©, vous le laissez Ă  la maison, vous sortez quand il n’y a rien ni personne, il ne peut pas se rĂ©habituer. À force de faire 5, 10, 15 sorties avec des gens, du monde et des chiens, et des balades canines, vous aurez un chien dont le comportement se normalise.

Le volume de travail

Pour que ça se normalise, comptez des journĂ©es oĂč vous faites 2 h Ă  2 h 30 d’actions avec votre chien : 1 h le matin, 30 minutes en ville, puis peut-ĂȘtre 30 minutes en forĂȘt, et 2-3 fois par semaine des balades canines pour qu’il voie un maximum de chiens avec des humains. Vous prenez Ă©videmment toutes les mesures de sĂ©curitĂ© nĂ©cessaires, museliĂšre et longe, parce que ça vous enlĂšve de la pression.

Pendant 15 jours, 3 semaines, un mois, on y va et on ne plaisante pas, parce que votre problĂ©matique nĂ©cessite ce temps de travail. Et ce temps de travail, ce ne sont pas des ordres ni des mots : ce sont des attitudes, des façons de voir la vie, des perceptions de la vie pour le chien. Aucun chien ne va travailler deux ou trois heures Ă  Ă©couter des mots et apprendre des choses ; en revanche, l’observation du monde, il peut le faire.

Prendre sur vous

Il est muselĂ©, il est attachĂ©, donc il ne peut pas faire de dĂ©gĂąts : fin de l’histoire, on va se promener et on ne se stresse pas. C’est aussi Ă  ça que sert d’ĂȘtre deux : vous ĂȘtes encore plus tranquille, et quand il fait le couillon, « tais-toi, c’est pas grave », et on avance. Mettez un peu de nonchalance dans tout ça : ça va Ă©nerver PĂ©pĂšre, parce que c’est le contraire de d’habitude, et surtout ça va l’obliger Ă  s’interroger sur ce qui est en train de changer dans sa vie.

Le danger, c’est de sortir avec un chien agressif qui n’est pas muselĂ©, complĂštement Ă  l’arrache. Ça, c’est dangereux : vous ne pouvez pas passer Ă  cĂŽtĂ© de quelqu’un sans espĂ©rer qu’il n’aille pas le mordre, et ça vous met dans un Ă©tat de stress terrible. Une fois que vous avez tout mis en place, il ne peut rien se passer.

On respire, et on voit ça comme un dĂ©fi. Un chien compliquĂ©, ça marque une vie : voyez-le comme un grand dĂ©fi de votre vie, c’est comme ça que vous enlĂšverez les mauvaises ondes et que vous garderez le meilleur au quotidien.