Le protocole de sortie en ville
Ătape 1 : le dispositif de dĂ©part
On lui met la museliĂšre. Il ne peut plus faire de dĂ©gĂąts quoi quâil arrive : vous passez beaucoup plus prĂšs des gens, et vous Ă©vacuez de la pression.
On sort Ă deux, en double laisse : deux laisses sur le mĂȘme collier, une personne de chaque cĂŽtĂ©. Lâun gĂšre le chien en force, lâautre oriente, parle et voit les dĂ©tails (un seul des deux parle). Ă deux, on est plus sĂ»r de soi et on vit moins mal le regard des gens.
Pour le chien, ĂȘtre deux veut dire quâil y a toujours lâun de vous entre les passants et lui. Ăa lâapaise et lui dit : tu ne prends pas les dĂ©cisions, je suis lĂ .
Ce quâon ne fait pas
- On ne lui demande jamais rien : pas dâassis, pas de couchĂ©, pas de pas bouger. Sinon vous figez les situations, vous vous Ă©nervez, et ce milieu le gĂȘne dĂ©jĂ au niveau sensoriel.
- Oubliez la marche en laisse pour le moment. Laissez-le renifler et dĂ©couvrir : Ă deux, il ne peut pas partir Ă lâaventure ni aller manger quelquâun. La rue est anxiogĂšne pour lui ; je veux quâil se dĂ©tende et comprenne quâelle a aussi des choses cool, dont renifler.
- Pas de rĂ©compense. Vous avez droit au « câest bien » et au « câest pas bien », câest tout. Pas de jouets, il est muselĂ© et ne pourra pas les prendre ; pas de friandises, je ne veux pas altĂ©rer ses rĂ©ponses ni ses comportements, il doit avoir tout le loisir dâobserver.
Une laisse légÚrement tendue en permanence
On vous dit souvent : pas de tension sur la laisse. Ce nâest pas faux, mais le chien est stressĂ© et va tirer. Faisons-en une force : mettez-le lĂ©gĂšrement, je dis bien lĂ©gĂšrement, sous pression tout le temps, mĂȘme quand il nây a personne. Pas question de lâĂ©trangler ni de tirer comme des sourds : juste assez pour quâil reste Ă peu prĂšs Ă cĂŽtĂ© de vous. Il nâaura pas lâimpression que la pression vient des humains, puisque câest pareil tout le temps. Quand il ira mieux, vous lui apprendrez la vraie marche en laisse.
« Câest bien » / « câest pas bien »
Des humains passent, le chien ne dit rien : « câest bien, mon pĂ©pĂšre, trĂšs trĂšs bien. » Stop, pas de contact physique : plus vous appuyez la rĂ©compense, plus le niveau Ă©motionnel monte, et il pourrait redĂ©clencher sur la personne dâaprĂšs.
Sâil dĂ©clenche : « Non ! » et on avance. Vous nâavez pas le droit de vous arrĂȘter, ni de faire une comĂ©die. Non, sec, net, ferme, sans discussion, mais toujours en avançant, contrairement Ă dâhabitude oĂč lâon dit non, on sâarrĂȘte et on se dĂ©cale. Il doit rĂ©apprendre votre voix : lâintonation du « câest bien » dit que câest cool, celle du « non » ne se discute pas.
Lâobjectif de lâĂ©tape 1
On sâarrĂȘte lĂ , 30 minutes tous les jours. Objectif avant de changer de stratĂ©gie : une balade de 30 minutes sans aucun dĂ©clenchement.
Combien de temps ? Ăa dĂ©pend du chien et de votre façon de procĂ©der. Si vous faites tout bien (ce qui prĂ©cĂšde, mais aussi la dĂ©pense de la vidĂ©o prĂ©cĂ©dente, sinon ça ne peut pas marcher), comptez 3-4 jours. Si vous faites mal, un mois. Et si ce nâest pas fait en 3-4 jours, ne vous dĂ©couragez pas : ça peut arriver en 15 jours ou en 3 semaines, selon le niveau dâagressivitĂ©, le vĂ©cu et ce que le chien a subi depuis sa naissance.
Le moment le plus compliquĂ© est souvent la sortie de voiture, une cocotte-minute : au premier humain, câest « ouah ouah ouah ». Ne tenez pas compte de ce premier dĂ©clenchement : vous le sortez attachĂ© et muselĂ©, et vous comptez votre demi-heure Ă partir du dĂ©part de la balade.
Apprenez Ă ĂȘtre fier de votre chien. 5 ou 10 minutes en croisant 20 ou 50 personnes sans dĂ©clenchement, câest dĂ©jĂ un chien qui fait le maximum. Sâil dĂ©clenche Ă la onziĂšme minute, ses 10 bonnes premiĂšres minutes, personne ne peut les lui enlever.
Ătape 2 : deux options
Soit vous restez sur la configuration de lâĂ©tape 1 et vous intĂ©grez gentiment rĂ©compense et sanction. Soit, si vous vous sentez de pouvoir tenir le chien seul, la deuxiĂšme personne lĂąche sa laisse : elle marche toujours au mĂȘme endroit, mais il nây a plus que vous qui tenez.
Câest vous que ça fait progresser : votre Ă©tat Ă©motionnel change quand vous ĂȘtes seul avec la laisse. Faites 2, 3, 4, 5 balades comme ça ; vous rĂ©gresserez peut-ĂȘtre un peu, ce nâest pas grave. Une rééducation se mĂšne sur le chien mais aussi sur le maĂźtre.
Récompense et sanction
La rĂ©compense valorise encore plus le passage des humains : « câest bien mon pĂ©pĂšre, ça câest trĂšs bien », et un petit gĂąteau, qui nâest plus interdit Ă ce stade.
La sanction, câest la bouteille dâeau : non violente, extrĂȘmement efficace parce que surprenante, et facile dâaccĂšs puisque câest un objet du quotidien.
- On sâen sert quand le chien dĂ©clenche, pas quand il part renifler.
- Sâil part renifler, on y va en souplesse. Câest lĂ que la deuxiĂšme personne compte : elle permet au chien de se dĂ©caler pour renifler sans que vous coupiez le mouvement. Si vous anticipez, vous ĂȘtes foutu : le chien repart, et câest vous qui lâavez fait repartir.
- Sâil sâĂ©nerve : « Non », un petit coup de bouteille dâeau. Ăa le surprend, il se retourne, vous continuez Ă avancer. Humain suivant, ça se passe bien : « bravo mon Titi, câest trĂšs bien », et on avance.
La curiosité qui revient
Au fil de lâĂ©tape 1 ou 2, parfois trĂšs vite, le chien devient curieux : les humains qui le dĂ©rangeaient, il a envie dâaller les renifler, dâautant quâil nâen a jamais eu le droit et quâil prend toujours un Ă -coup quand il y va. Ă ce moment-lĂ , pas dâĂ -coup : si vous en mettez un, il repart, et câest vous qui le lui demandez.
Comment le laisser renifler sans mettre les gens en danger :
- MuseliĂšre, comme dâhabitude, ne lâoubliez pas.
- Suivez des gens, dans la mĂȘme direction quâeux, en vous plaçant derriĂšre : le chien prend les odeurs Ă distance. Ne le laissez pas renifler les gens de prĂšs ; il se met Ă 1 mĂštre, 1 mĂštre 50, et il renifle.
- Quand vous dĂ©passez ces personnes, demandez Ă la deuxiĂšme personne de se dĂ©caler un peu. Le chien prend les odeurs et avance : comme on nâest pas de face, câest plus naturel et plus facile pour lui.
- On enlĂšve tout doucement la deuxiĂšme personne : elle recule un peu, avance un peu, se remet au mĂȘme niveau, pour laisser le chien picorer de petites odeurs.
Mettre les amis Ă contribution
Les amis avancent de face, et la deuxiÚme personne ne vous aide plus. On avance, armé de sa bouteille et de la museliÚre, et on passe. Les amis sont au courant que le chien est un peu concon : il en faut des sympas, on en trouve toujours un ou deux.
Sâil veut aller renifler, laissez-le faire sans vous arrĂȘter et sans Ă -coup : il y va, il renifle, on avance, « allez mon pĂ©pĂšre, on y va. » Au premier Ă -coup, il vole. On rĂ©compense une fois quâil est revenu : premiĂšre prise dâodeur, aucun Ă -coup, rĂ©compensĂ©, on enchaĂźne. Et on est en train dâenlever la deuxiĂšme personne.
Sâil fait le couillon : « non », un coup de bouteille, demi-tour, on repasse devant la personne. Cette fois, on laisse du mou : fini la pseudo-pression. Câest le moment de savoir sâil a compris : « tu as compris que les humains ne sont pas dangereux, ou pas encore, et dans ce cas on va travailler ? »
Sâil a envie dây aller mais nây va pas, rĂ©compensez le fait de ne pas y aller : lâenvie Ă©tait lĂ , le comportement, il lâa enlevĂ©. On gagne bataille par bataille. AprĂšs 10, 15 ou 20 personnes, il nây pensera plus : le chien calcule son intĂ©rĂȘt, et son intĂ©rĂȘt câest que quand il ne calcule pas les humains, il mange Ă cĂŽtĂ© et son maĂźtre est content.
Ce quâon a gagnĂ©
On a Ă©liminĂ© la deuxiĂšme personne : elle a le droit de marcher de lâautre cĂŽtĂ© et dâĂȘtre dans les parages, elle ne se met simplement plus derriĂšre ni complĂštement devant, sinon ça dĂ©range le chien.
Surtout, on donne au chien de la libertĂ© et des choix, quâil fait par lui-mĂȘme. Vous vous promĂšnerez non pas en lĂąchant complĂštement, parce quâil faut faire attention aux gens, mais en laissant les 30 cm de mou qui font quâil ne tire plus, et beaucoup plus dĂ©tendu : il ne dĂ©clenche plus, et vous disposez dâune sanction efficace, non violente et trĂšs impactante, puisquâelle repose sur la surprise.
Attention : si vous lui faites prendre une douche 12 fois par jour, pour tout et nâimporte quoi, parce que vous travaillez mal, ça ne fonctionnera plus et vous nâaurez plus de solution. La bouteille dâeau nâest pas dans la premiĂšre Ă©tape, et celle-ci peut durer 3-4 jours comme 3 semaines : nâallez pas vous dire « bouteille dâeau, objet magique, terminĂ© », vous iriez Ă votre perte.
La suite : lâordre « reste »
Lâordre « reste » lui fera comprendre, de la façon la plus pĂ©dagogique possible, quâon ne peut pas aller renifler ou partir sur tous les humains : dans la rue, un chien qui renifle tout le monde, ça la fout un peu mal. Il compense un dĂ©faut dâĂ©ducation par une obĂ©issance simple, jusquâĂ ce que ça roule tout seul.
Les grands rappels
- Jamais de changement de direction de votre part, jamais de statique. Les seuls changements admis sont ceux que le chien fait de lui-mĂȘme : sâil se dĂ©cale parce quâun humain qui lui fait peur arrive, vous le laissez faire et on avance.
- Au départ, on ne parle jamais au chien, on ne vient pas altérer ce qui se passe.
- Pas de marche en laisse au départ, ne vous acharnez pas : ça ne peut pas marcher au début.
- Toujours des sections de 30 minutes, et seulement si vous lâavez dĂ©pensĂ© le matin. On dĂ©pense dâabord, on travaille ensuite, jamais lâinverse.
Au retour
Jouez 5-10 minutes avec votre chien et dĂ©tendez-vous : la sortie en ville doit rester positive. Soyez content et fier de votre chien. Quand il a fait le spectacle, on rentre fĂąchĂ©, Ă©puisĂ©, usĂ© : mais si vous nâĂȘtes pas heureux, il nâest pas heureux. Rentrez en vous disant que tout nâest pas parfait mais quâil y a du mieux. Ensuite il dort : il a fait son heure le matin, ses 30 minutes de ville.
Tous les jours. Si vous ne le sortez pas une ou deux journĂ©es, il rechute, remonte en intensitĂ©, et vous repartez dans une boucle infernale. Au moins pendant les 15 jours Ă 3 semaines qui commencent, câest tous les jours.
Soyez un peu fier de vous aussi. Quand on a un chien difficile, on est souvent montrĂ© du doigt : câest de votre faute, vous ne savez pas faire. On oublie que vous avez peut-ĂȘtre Ă©tĂ© mal orientĂ©, ou bien fait les choses avec la vie, lâenvironnement ou la personnalitĂ© du chien qui sâen sont mĂȘlĂ©s. Contrairement Ă ceux qui abandonnent, vous ne lĂąchez pas lâaffaire, et ça montre que vous ĂȘtes des gens bien.