Introduction

Introduction

D’oĂč vient l’agressivitĂ© entre congĂ©nĂšres

La pĂ©riode d’imprĂ©gnation

C’est la pĂ©riode oĂč le chiot apprend quel est son environnement et comment on y agit : il aspire tout comme une Ă©ponge. Elle va de 0 Ă  3 mois et demi ou 4 mois, selon la race et surtout la taille du chien : plus le chien est de race gĂ©ante, plus elle s’étend dans le temps ; plus il est de petite race, plus elle est courte. Partez sur un 0-4 mois.

C’est le moment de lui faire entendre tous les bruits qu’il pourra entendre dans sa vie, et de lui prĂ©senter des chiens normaux : s’il voit des chiens normaux, il se dira que c’est comme ça que la vie fonctionne. Des chiots, mais aussi des chiens adultes, de toutes tailles et de toutes races, pour qu’il se rende compte qu’il existe d’autres races que la sienne.

Allez-y avec intelligence. Ne prenez pas le chiot Ă  deux mois pour le jeter au marchĂ© ou dans un parc Ă  chiens en espĂ©rant que ça se passe bien : c’est trop d’émotion, il va paniquer. Vous devez toujours rester sur un Ă©tat Ă©motionnel qui permet au chien de ne pas perdre le fil.

Évitez les zones closes

En balade en forĂȘt ou dans un parc, vous croisez un chien, deux, trois, cinq, dix. DĂšs que vous sentez que c’est un peu trop, que ça bouge trop dans tous les sens et qu’il commence Ă  paniquer : vous marchez. Vous vous extrayez de la zone, sans Ă©nervement, sans cri, sans panique. Vous dites Ă  votre chiot : quand tu es fatiguĂ©, quand ça va trop vite, on peut aussi faire ça.

Il a croisĂ© beaucoup de chiens, il augmente son seuil Ă©motionnel, il comprend qu’il n’y a aucun danger, mais aussi que quand il y a une galĂšre il peut vous regarder, et que quand on ne va pas bien, on marche.

En zone fermĂ©e, rien de tout ça n’est possible. Le chiot subit les assauts sans jamais pouvoir rien faire, jusqu’au jour oĂč, mis sur le reculoir, sur la dĂ©fensive, il commence Ă  grogner au sol, Ă  montrer les dents pour faire fuir. Et lĂ , il est en train d’apprendre que ce systĂšme-lĂ  peut fonctionner.

Vivre, tout simplement

Ne vous posez pas 200 000 questions : vivez, sortez. Apprenez-lui qu’on peut aller boire un cafĂ©, qu’il faut apprendre la patience, qu’on s’installe lĂ  quand on arrive.

Si vous le sortez seulement aprĂšs le rappel de vaccin, le chien est cuit. La pĂ©riode d’imprĂ©gnation, c’est 4 mois maximum. Si vous commencez Ă  le sortir Ă  3 mois ou 3 mois et une semaine, il ne vous reste plus grand-chose, et il n’a rien vĂ©cu avant.

Donc on sort, on se détend, on joue avec lui. Quand il y a des gros chiens, on ne panique pas, on avance. Tout le monde se comporte normalement. Et ne confondez pas le gros chien relou, harceleur, gentil mais qui gonfle, avec le gros chien qui est simplement gros et grand.

Les prédispositions raciales

D’abord les besoins. Certains chiens ont besoin de balades plus ou moins longues pour ĂȘtre stables intellectuellement. Si vous prĂ©sentez votre chien Ă  d’autres chiens alors qu’il est chargĂ© et qu’il n’a rien fait de sa journĂ©e, il aura des comportements plus embĂȘtants, et surtout beaucoup plus de difficultĂ©s Ă  prendre le temps d’observer les autres chiens : ce qu’ils sont d’accord pour faire, ce qu’ils ne sont pas d’accord pour faire, les appels au jeu, les moments oĂč on lui dit non.

Ensuite les spĂ©cificitĂ©s liĂ©es aux races, et c’est lĂ  qu’il est important de ne pas avoir que des chiots en face de votre chiot, mais aussi des chiens adultes. Un molosse, par exemple, est souvent trĂšs joueur mais trĂšs fatigant : il joue comme un ours, il est un peu pĂ©nible et il comprend rarement les choses, mĂȘme quand on lui dit non. S’il a en face des adultes de toutes races capables de lui dire intelligemment ce qui est oui et ce qui est non (en snobant, ou en disant stop quand il exagĂšre), votre chiot grandit avec une multitude de races autour de lui, plusieurs systĂšmes de communication, et il comprend qu’il peut y avoir une limite.

Certains chiens s’en fichent des autres chiens

De plus en plus de chiens n’apprĂ©cient pas particuliĂšrement la compagnie de leurs congĂ©nĂšres. Ce n’est pas qu’ils ne les aiment pas : ils s’en fichent, parce qu’ils prĂ©fĂšrent largement ĂȘtre avec vous et jouer avec vous. La domestication a eu cet effet-lĂ .

Votre travail, c’est de les immerger quand mĂȘme au milieu des chiens. Pour lui dire : je me fiche que tu ne joues pas avec eux, tu peux te balader, tu peux les snober, ce que tu veux. Tout ce que je veux, c’est m’assurer que tu n’as rien contre tes congĂ©nĂšres, si ce n’est une question de goĂ»t. Ce n’est pas grave.

Toutes les configurations

Pendant l’imprĂ©gnation, prĂ©sentez-lui des chiens dans toutes les situations diffĂ©rentes : les grands groupes, mais aussi le chien isolĂ© qui dĂ©barque de la forĂȘt tout seul, et les deux chiens en face de lui. Il doit comprendre qu’il ne doit jamais ĂȘtre pris par un effet de surprise, parce que c’est trĂšs souvent la surprise qui fait rĂ©agir le chien. S’il commence Ă  comprendre que parcs, forĂȘts, villes sont des endroits oĂč il rencontre des chiens, que c’est banal et normal, sa perception du monde s’ouvre et il reste zen tout le temps.

Ne rien faire

Par pitiĂ©, pas de dressage sur un petit chiot qui arrive. D’abord l’attitude, le comportement, la façon de voir le monde. Ensuite, Ă  4, 5, 6 mois, on attaque le reste. Pour le moment, on se relaxe.

Vos problÚmes peuvent se régler

L’agressivitĂ© qu’on a gĂ©nĂ©rĂ©e, ça se rĂšgle. Mais ça va demander beaucoup de travail et un peu de recherche : trouver des chiens, prendre des contacts, rappeler les voisins.

Quand vous dĂ©barquez avec votre chien rĂ©actif sans museliĂšre ni rien, les gens n’ont pas envie de vous aider, parce qu’ils se disent que ce n’est pas sĂ©rieux, que ce n’est pas correct de faire comme ça. Si vous arrivez en disant “ne vous inquiĂ©tez pas, il a la museliĂšre, ce que je veux c’est qu’il retrouve une vie normale pour que je puisse la lui enlever dans de bonnes conditions”, alors les gens, qui ont eux aussi des chiens et qui ne sont jamais Ă  l’abri d’en avoir un comme le vĂŽtre, vont vous donner un coup de main.

Ce sera fatigant, la bataille est chargĂ©e, mais elle est faisable. Une bataille d’un mois, deux mois, trois mois, pour rĂ©cupĂ©rer le plaisir d’avoir un chien et recommencer Ă  faire les activitĂ©s de tout le monde avec lui.