Choisir la museliĂšre et la faire accepter
Il faut environ 15 jours pour que le chien accepte la museliĂšre. Avant ces 15 jours, avant le moment oĂč il lâacceptera, vous ne pouvez pas commencer Ă travailler.
Les différents types de museliÚres
La Baskerville. On peut y glisser des friandises dâun cĂŽtĂ© ou de lâautre : le chien mange dedans. Elle lui permet de respirer, de manger, voire de boire, et protĂšge complĂštement les autres si votre chien dĂ©cide de faire le couillon. InconvĂ©nient Ă connaĂźtre : les doigts peuvent passer. Il ne peut pas mordre tel quel, mais si les gens y mettent les mains, ça peut piquer : jamais au quotidien, possible sur un professionnel. Attention, deux versions : la ultra, plastique solide, et la normale, plastique mou, dĂ©conseillĂ©e, on peut se retrouver avec le doigt de lâautre cĂŽtĂ©. Elle ne protĂšge de rien du tout.
La museliĂšre panier renforcĂ©e. Tous les avantages de la Baskerville. LâinconvĂ©nient : impossible de rĂ©compenser le chien Ă lâintĂ©rieur. Lâavantage : mĂȘme les doigts ne peuvent pas passer. Plus confortable aussi, relativement souple, avec une petite protection sur le dessus. Un peu plus adaptĂ©e aux morphotypes molossoĂŻdes quâaux bergers, parce quâelle est trĂšs courte Ă lâavant : ne vous trompez pas sur la taille. La Baskerville, plus longue Ă cet endroit, sâadapte plus facilement aux bergers. Cela dit, on peut tout Ă fait mettre lâune sur un malinois et lâautre sur un rottweiler.
Les museliĂšres en nylon. La plus adaptĂ©e est celle avec un scratch, qui permet de gĂ©rer la distance, beaucoup plus efficace pour lâapprentissage : sur un malinois, laissez-la trĂšs large pendant lâapprentissage, il ouvre la gueule, se sent moins contraint et lâaccepte plus facilement, et plus vous ouvrez, plus vous pouvez rĂ©compenser. Son inconvĂ©nient est dĂ©cisif : une fois refermĂ©e pour sĂ©curiser le travail, le chien a des difficultĂ©s pour respirer, en tout cas il ne peut pas ouvrir la gueule, et il pourrait mĂȘme pincer avec les dents de devant. Elle nâest donc pas recommandĂ©e pour le travail que vous allez mener. Si vous en prenez une en nylon malgrĂ© tout, prenez celle avec le scratch.
La museliĂšre pour bulldogs français. AdaptĂ©e au morphotype de ces brachycĂ©phales. Pas lâidĂ©al : le doigt passe. Mais elle donne une certaine protection et rend lâouverture de la gueule difficile. Pour un petit bouledogue turbulent, câest la meilleure au quotidien : la moins contraignante et la plus facile Ă apprendre. Mieux que rien.
La museliÚre en ferraille. Panier en métal, avec une petite protection pour ne pas abßmer le dessus du museau. Visuellement la plus dégueulasse, pas agréable à porter, beaucoup moins souple, le chien la touche en permanence. Elle protÚge parfaitement, avec une double cage : des barreaux, puis une deuxiÚme protection. Son inconvénient : impossible de récompenser, les barreaux sont trop petits.
Ce quâon choisit pour cette formation
Aucune nâest inutilisable. Mais en utilisation quotidienne pour un particulier, on part systĂ©matiquement sur le panier renforcĂ©, pour un avantage supplĂ©mentaire : on peut y ajouter un petit cordon de sĂ©curitĂ© (vu dans la vidĂ©o suivante) pour que le chien ne puisse pas se lâenlever. Vous travaillerez la plupart du temps en longe ou Ă distance, toujours muselĂ© : il ne faudrait pas quâil puisse la retirer. Ce cordon vous enlĂšve de la pression, et en enlĂšve aussi aux gens en face.
Pour cette formation : prenez une museliĂšre de type Baskerville et commencez lâapprentissage avec votre chien.
Soyons pragmatiques
Est-ce que la museliĂšre est sympa pour le chien ? Non. Est-ce quâon va la rendre le plus sympa possible ? Oui. Mais elle a lâavantage de ne pas ĂȘtre un mode de vie : câest un moment, pour travailler, parce quâil a un trouble du comportement.
Elle doit aussi sâapprendre Ă tous les chiens, y compris ceux qui nâont aucun problĂšme. Le jour oĂč il a une patte cassĂ©e et que vous arrivez chez le vĂ©tĂ©rinaire, mĂȘme le plus gentil des chiens refusera dâĂȘtre auscultĂ©, parce quâil est irritable et quâil a mal. On fera donc des contentions, ou on lâendormira pour un simple dĂ©tail Ă regarder. Et lĂ , il garde une mauvaise image de la personne en face, se montre hostile, la personne recule, et la boucle dĂ©marre.
Oui, câest moche ; oui, ça le fait paraĂźtre plus mĂ©chant quâil ne lâest. On va lui faire comprendre que câest la moins pire des choses, et valoriser son port pour quâil ne sâen soucie quasiment pas. Mais il nây a pas le choix. Le pauvre chien, câest quand il est anxieux, quand il attaque des gens. Tant que vous direz âoh, mon pauvre petitâ sans mettre la museliĂšre, vous lui signez une vie misĂ©rable. On lui met la museliĂšre et on ne discute plus.
Elle sâenlĂšvera un jour : plus vous travaillerez bien, plus le chien sâamĂ©liorera, plus on lâenlĂšvera.
Les erreurs Ă ne pas commettre
La plus grosse erreur : ne mettre la museliĂšre que dans les moments dĂ©sagrĂ©ables. Vous voyez des humains, museliĂšre. Quelquâun tape Ă la porte, museliĂšre. Ces utilisations dĂ©gradent la relation avec votre chien et son comportement.
Mettez-la quand câest bien et quand ce nâest pas bien, quelle que soit la balade, que vous rencontriez du monde ou non.
- Pour lâintĂ©rieur, faites toujours la procĂ©dure suivante : vous sortez, vous muselez, vous rentrez, vous dĂ©tachez le chien et vous lui gardez la museliĂšre 10 Ă 15 minutes. Quand quelquâun sonnera, il nâassociera pas la museliĂšre Ă un ennui. Vous sortirez et rentrerez ainsi parce que vous savez que quelquâun va sonner.
- Si vous voulez le museler quand des invités arrivent : mettez la museliÚre en intérieur 5 minutes avant que la personne arrive. Vous ouvrez la porte, vous accueillez, vous caressez, et au bout de 5 à 10 minutes, aprÚs une ou deux récompenses, vous enlevez la museliÚre.
Beaucoup de cas de figure crĂ©ent sans le vouloir lâassociation âmuseliĂšre = ennuiâ. Le chien le comprend, et cela peut mĂȘme accentuer son agressivitĂ©.
MĂȘme si vous vous promenez dans un endroit oĂč il nây a personne, vous mettez la museliĂšre, pour deux raisons : elle doit devenir son nouveau mode de vie temporaire, et vous nâĂȘtes jamais Ă lâabri de croiser quelquâun, avec le rattachage dans la panique qui dĂ©truit tout le travail menĂ©. Donc on la met tout le temps, pour le moment.
Pour ceux qui nâont pas de problĂšme : nâarrivez pas chez le vĂ©tĂ©rinaire sans prĂ©paration, câest souvent lĂ quâon dĂ©clenche le premier problĂšme. Le chien a mal, on le contraint Ă mettre une museliĂšre : il la refuse, associe les odeurs du cabinet, et vous voilĂ avec une montagne de problĂšmes.
Les altérations de la communication
On en parle beaucoup : vous mettez une museliĂšre et le chien est encore plus Ă©nervĂ© ; ou il ne fait rien du tout, puis vous lâenlevez et il est trĂšs fĂąchĂ©.
Ne vous prenez pas la tĂȘte avec ça : on est sur des chiens qui ne sortent plus, qui nâont plus de vie sociale. AltĂ©ration ou pas, vous lui mettez la museliĂšre et vous dĂ©ployez tout le programme. LâaltĂ©ration disparaĂźtra au fur et Ă mesure des vidĂ©os, parce que vous ne jouerez pas sur de lâobĂ©issance mais sur un changement dâĂ©tat dâesprit Ă©motionnel et comportemental : une meilleure lecture du monde qui lâentoure.
Le rythme
NâespĂ©rez pas la sortir en disant âvoilĂ ta nouvelle museliĂšre, on avanceâ : ça ne peut pas fonctionner. Vous devez prendre le temps de la valoriser au maximum. Ce nâest pas sympathique pour le chien, pas dĂ©sagrĂ©able non plus : il faut arriver Ă lui dire que ce nâest pas gĂ©nial, mais que ce nâest pas un drame. Cela nĂ©cessite un temps, plus ou moins long selon le chien et selon les procĂ©dures que vous utiliserez.