La zone de confort

La zone de confort

Deux écoles face à la zone de confort

Sujet sensible, parce qu’il y a deux grandes Ă©coles.

La zone de confort, c’est l’endroit oĂč le chien se sent bien. Ni content ni mĂ©content, juste bien. Sur un chien rĂ©actif aux chiens, aux humains ou Ă  autre chose, elle se mesure en distance : celle Ă  laquelle l’autre peut se trouver.

D’un cĂŽtĂ©, ceux qui disent qu’il faut y faire entrer ce qui ne convient pas au chien. De l’autre, ceux qui disent qu’il ne faut jamais y entrer et qu’il faut avancer pas Ă  pas pour que le chien Ă©largisse largement sa zone.

Exemple, un peu caricatural pour ĂȘtre clair. Le chien n’aime pas les humains : Ă  40 mĂštres, il ne dĂ©clenche pas, son Ă©tat Ă©motionnel est stable, sa zone va donc jusqu’à 40 mĂštres. À 39 mĂštres, il fixe, il se tend : on n’y est plus.

La dĂ©marche du “tu as tort d’ĂȘtre comme ça”, les deux Ă©coles l’ont, ce n’est pas lĂ  qu’est la diffĂ©rence. L’une avance mĂštre par mĂštre et rĂ©compense chaque avancĂ©e. L’autre dit qu’il faut forcĂ©ment entrer dans une zone d’inconfort pour agrandir la zone de confort.

La premiÚre école : le gain de terrain

Votre chien dĂ©clenche Ă  moins de 50 mĂštres. Vous restez donc Ă  50 mĂštres du premier humain, et chaque fois qu’il ne dĂ©clenche pas, vous jouez, vous rĂ©compensez. Peut-ĂȘtre que dans une heure, deux heures, deux jours, on avancera Ă  49 mĂštres, puis 48.

Le gros inconvĂ©nient, n’en dĂ©plaise Ă  ceux qui l’utilisent : elle n’est pas applicable sur la planĂšte Terre.

Il faudrait vider la ville pour le faire uriner ou l’amener dans un parc sans jamais un humain Ă  l’horizon, puisqu’il faut rester Ă  50 mĂštres. Les gens marchent, ils ont le droit de vivre : ils dĂ©clenchent, et vous rĂ©gressez, puisque vous ne devez jamais entrer dans cette zone ni le faire rechuter. On vous proposera alors le dĂ©tournement et le contournement, avec tous leurs inconvĂ©nients. Techniquement, 99 % de la population ne peut pas appliquer cette solution du gain de terrain.

DeuxiĂšme raison : la durĂ©e. Je prĂ©fĂšre le premier que le chien soit toujours bien, et rĂ©compenser chaque mĂštre lui permet effectivement d’évoluer tranquillement. Sauf que vous allez mettre un an, deux ans, trois ans, dix ans pour certains, voire ne jamais y arriver avant la fin de sa vie, pour quelques rĂ©sultats, ou quatre Ă  cinq ans pour un rĂ©sultat total. 4 ou 5 ans Ă  avoir un chien mal dans sa peau, Ă  vivre anxieux, Ă  ne pas pouvoir sortir sans paniquer parce qu’il ne faut croiser personne : c’est ça la rĂ©alitĂ©.

Et vous n’avez pas droit Ă  l’erreur. Lundi, avec votre Ă©ducateur ou votre Ă©ducatrice, 50 mĂštres, puis 48, puis 47. Le soir vous le sortez pour qu’il urine, quelqu’un est dans la cage d’escalier : sĂ©ance Ă  la poubelle, on recommence depuis le dĂ©but. Le lendemain, un vĂ©lo, et c’est reparti.

La question n’est mĂȘme pas de savoir si c’est bien ou pas : ce n’est juste pas rĂ©alisable, ni pour le chien ni pour vous.

La seconde école : le délai le plus court possible

On entend souvent qu’en allant vite on ne respecte pas le rythme psychologique du chien. On peut le voir Ă  l’inverse : aller vite ne veut pas dire faire mal, et plus on va vite, plus le chien sort de la dĂ©tresse qu’il vit au quotidien.

Je peux vous donner les deux chemins, ne vous déplaise. La vraie question : voulez-vous 3 ans de détresse et de malheur en espérant ne jamais croiser personne, ou assume-t-on que pendant 2 jours, 3 jours, une semaine, le chien ne va pas tout le temps aimer ce qui se passe ?

Ça ne va pas ĂȘtre joyeux. Attention, sĂ©parez bien les choses : la violence et la brutalitĂ©, ça n’existe pas, et l’un ne va pas avec l’autre. Mais il va forcer intellectuellement, aller dans des endroits de son cerveau oĂč il n’a pas l’habitude d’aller, et progresser.

Une semaine, dix jours, peu importe. Le chien passe d’une vie de terreur, d’angoisse et d’anxiĂ©tĂ©, oĂč il veut manger tout le monde, Ă  une vie oĂč vous vous promenez avec lui. Ses maĂźtres le sortent de nouveau, il refait des choses avec eux, il s’amuse, ils sont beaucoup moins stressĂ©s : tout son environnement devient plus positif.

Et plus c’est positif, plus on apprend vite ; plus on apprend vite, plus on sort rapidement de cette zone de galùre.