Le danger des rĂšgles trop strictes

Le danger des rĂšgles trop strictes

Le danger des rĂšgles trop strictes

La hiĂ©rarchie n’est pas le problĂšme : elle existe dans toutes les sociĂ©tĂ©s, sous des formes diffĂ©rentes selon le contexte, et quelqu’un dĂ©cide toujours pour quelqu’un d’autre. Reste Ă  ĂȘtre raisonnable dans sa façon de faire.

”Il y a un problùme de cadre à la maison”

Face Ă  un problĂšme de comportement, les pros du chien rĂ©pondent en premiĂšre intention : le cadre hiĂ©rarchique n’est pas respectĂ©, il faut rĂ©tablir les rĂšgles.

Petit 1, c’est faux. Petit 2, c’est sans doute mĂȘme une grosse erreur de s’y prendre comme ça.

Des rĂšgles trop dures, trop compliquĂ©es, vous n’arriverez pas Ă  les faire respecter. Trop de rĂšgles tuent la rĂšgle. Le chien comprend : “tu veux m’imposer des choses que tu ne peux pas assumer, donc tu n’es pas fiable, tu dĂ©gages.”

Autre chose que les rĂšgles normales d’une vie en sociĂ©tĂ© : la tyrannie. Un chien qui n’a plus le droit de respirer, qui doit rester au panier, qui n’a jamais le droit de s’exprimer, de s’amuser, ni de faire une petite bĂȘtise. Et ce qu’on exige de vous n’est souvent pas applicable Ă  votre tempĂ©rament : c’est une dictature.

Des exemples concrets de “cadre” absurde

OĂč dort le chien ? Il a son panier mais dort un peu oĂč il veut. RĂ©ponse : “non, il dormira tout le temps dans le panier, chaque fois qu’il en sort tu l’y remets, et le panier le plus loin possible de la civilisation.”

  • Sur un chien qui a besoin de son foyer, d’ĂȘtre rassurĂ© parce qu’il est agressif ou peureux, l’isoler complĂštement est stupide.
  • Un chien peut aussi avoir chaud : s’il dort sur le carrelage plutĂŽt que dans son panier, c’est trĂšs souvent parce qu’il fait trop chaud dans le panier.

Puis viennent les autres : le canapĂ© c’est fini ; plus aucune piĂšce ; mettez-le dehors ; en marche en laisse il n’a jamais le droit de vous dĂ©passer, donc s’il vous dĂ©passe on ne sort pas ; il doit manger aprĂšs vous.

Ce que ça détruit

Un chien rĂ©actif, quelle que soit la forme de sa rĂ©activitĂ©, n’est pas heureux. Et pour le faire aller bien, on vous fait dĂ©truire le dernier bastion qui le rend encore un peu heureux : sa famille, les seuls qu’il n’attaque pas. VoilĂ  que son foyer lui pourrit la vie.

Une rÚgle doit avoir un sens pédagogique

Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas de rĂšgles, mais une rĂšgle se pose parce que vous avez une idĂ©e derriĂšre, un sens pĂ©dagogique.

Lui interdire une piĂšce, par exemple. Pas parce que la chambre ou la salle de bain serait sacrĂ©e, mais pour lui apprendre la frustration, la capacitĂ© Ă  ne plus ĂȘtre anxieux quand il est frustrĂ©, et le “non, tu ne peux pas me suivre partout, parce que je te dis que tu ne peux pas”.

Ces couleurs l’aident ensuite dehors, quand il ne peut pas aller jouer avec un chien parce qu’il est en laisse, et lui Ă©vitent de passer de joueur Ă  agressif. Beaucoup de chiens agressifs qu’on fabrique Ă©taient des joueurs frustrĂ©s : la frustration engendre des comportements inappropriĂ©s chez lui comme chez le chien d’en face, et Ă  un moment une petite agression, une petite morsure. Un chien agressif congĂ©nĂšres vient d’ĂȘtre créé.

Le canapé, et le rÚglement qui change

Un chien qui monte sur le canapĂ© sans aucun problĂšme, oĂč tout le monde peut s’asseoir, oĂč les invitĂ©s peuvent venir : ne lui demandez surtout pas de dĂ©gager, sinon rien ne change selon que les gens entrent ou non. Une fois tout apaisĂ©, s’il faut faire entrer d’autres personnes, poussez-le un peu au cours de la conversation.

Un chien dont le rĂšglement varie, lui : un invitĂ© entre, tu dĂ©gages. Le chien n’est pas bĂȘte : “pourquoi ? parce que des gens arrivent. TrĂšs bien, je ne les aime plus, les gens, et je deviens hostile.” VoilĂ  comment on part d’un chien qui n’a aucun problĂšme avec les humains pour en crĂ©er un qui en a. C’est du cas par cas, il n’y a pas de vĂ©ritĂ© absolue : un chien qui montre les dents aux invitĂ©s depuis le canapĂ© et perturbe la façon de vivre, ce n’est plus la mĂȘme situation.

Des rĂšgles applicables par vous

Les rĂšgles sont faites pour ĂȘtre tenues, donc applicables, et adaptĂ©es Ă  vous, Ă  votre famille, Ă  votre personnalitĂ©. Si on vous demande de tout rĂ©glementer alors que vous n’en ĂȘtes pas capable, non pas parce que vous ĂȘtes bĂȘte mais parce que vous n’avez pas cette envie, il faut faire Ă©voluer les deux. En mettre trop vous sera nuisible, nuisible Ă  votre relation, et ne servira Ă  personne.

C’est aussi une façon de bien choisir la personne qui vous accompagnera pendant la rééducation. Si on vous dit “on installe un cadre de vie et tout le monde se tait”, entrez en discussion. Si cette personne refuse le dĂ©bat, mettez-la gentiment Ă  la porte : elle vous amĂšnera automatiquement dans le mur.

Le panier sacro-saint

Un chien Ă  problĂšme avec les humains, envoyĂ© au panier. Les invitĂ©s bougent, lui se comporte normalement : il n’attaque pas les humains chez vous. Vous levez le ton parce qu’il a dĂ©sobĂ©i au sacro-saint panier ? Ou vous ne le renverrez au panier que s’il se comporte mal, puisque lĂ  il aime les gens ?

Oui, il faut un cadre de vie, diffĂ©rent pour chaque foyer, mais il ne doit pas ressembler Ă  une vie de misĂšre. J’ai vu des familles oĂč le chien, Ă  l’intĂ©rieur, n’a le droit que de dormir, Ă  un endroit prĂ©cis : pas le droit de marcher, ni d’aller boire, ni rien.

Le chien apprend par mimétisme

On essaie souvent de capturer des comportements de milieu naturel et de les retraduire pour le chien. Ça fonctionne dans une partie des cas. Mais il y a l’autre partie, la domestication : le chien regarde le monde des humains vivre.

Il voit papa, maman, les enfants, les invitĂ©s : tout le monde a le droit de bouger, tout le monde navigue avec des rĂšgles (les invitĂ©s ne jettent pas votre tĂ©lĂ© par terre). Lui seul aurait des rĂšgles diffĂ©rentes. “Ce que j’observe de ma famille ne correspond pas Ă  ce que j’ai le droit de faire.” D’oĂč la vraie question : suis-je de cette famille ? Est-ce que je suis vraiment Ă  ma place dans ce monde-lĂ  ?

Ce sont de vraies questions Ă  vous poser. La plupart de vos problĂšmes sont partis de ces micro-trucs qu’on vous a mis dans la tĂȘte, et vous n’en ĂȘtes pas responsable : c’est ce que vous avez lu, appris, et ce qui s’est peut-ĂȘtre passĂ© Ă  l’élevage.