Le syndrome du grillage

Le syndrome du grillage

Le syndrome du grillage

C’est la relation entre le chien et l’humain qui passe le long du grillage, et surtout ce que vous vivez au quotidien avec le facteur, le livreur, tous ces gens-là.

Pourquoi votre chien déteste le facteur

Quelqu’un arrive au portail, le chien crie comme d’habitude : il essaie de vous prĂ©venir. Sauf que la personne reste au portail, parce qu’elle attend que vous arriviez. Elle ne part pas. Le chien se dit qu’il va falloir y aller un peu plus fort, et il y va plus fort. La plupart du temps, vous n’ĂȘtes pas lĂ , et au bout d’un moment la personne repart.

En repartant, elle auto-renforce ce que le chien vient de faire : crier et s’énerver encore plus. Le chien conclut que ça marche, que ça Ă©loigne ce qu’il considĂšre comme un ennemi. Reproduisez ça tous les jours, et vous avez la rĂ©ponse : c’est pour ça que les facteurs sont souvent les premiers mordus, alors qu’ils n’y sont pour rien.

Le facteur ou le livreur renforce le comportement plus fortement que le simple passant : le passant passe et ne se met pas en statique, alors que le livreur se fige et attend devant chez le chien. Le chien monte alors en intensitĂ© jusqu’à trouver le niveau oĂč l’autre finit par partir.

Est-ce un problĂšme ?

Ça dĂ©pend du cas de figure. À mon sens, un chien seul dans le jardin qui va crier quand quelqu’un arrive, c’est parfaitement normal. Mais il faut voir la chose de façon plus globale.

Le chien qui vit Ă  l’intĂ©rieur. Le facteur sonne, vous ouvrez la porte et vous y allez avec votre chien : vous ĂȘtes dans l’accompagnement. Dans 99 % des cas, si vous avez commencĂ© par cette solution-lĂ , le chien ne sera jamais, je dis bien jamais, agressif envers le facteur. Pourquoi ? Parce qu’il est Ă  l’intĂ©rieur avec vous, ça sonne, il vous voit, c’est vous le preneur de dĂ©cision, c’est vous qui ouvrez la porte. Je parle du chien jeune, qui n’a pas encore de troubles du comportement : il peut tout Ă  fait y aller en criant un peu, on ouvre la porte, on est dans une dynamique, et lĂ  votre chiot ou votre ado vous regarde et se dit qu’il est bien bĂȘte d’avoir gueulĂ© alors que vous ĂȘtes juste lĂ . Le comportement s’éteint, parce que vous ĂȘtes lĂ  pour gĂ©rer la situation.

Le chien qu’on fait vivre dehors. Lui est seul dans le jardin, mĂȘme si vous ĂȘtes dans la maison. Il voit quelqu’un arriver au portail, vous n’ĂȘtes pas lĂ , il doit donc intervenir. Il essaie de vous prĂ©venir, mais en mĂȘme temps c’est lui qui monte en premiĂšre ligne, puis il se fĂąche : c’est lui le preneur de dĂ©cision. Et quand ils sont jeunes, si vous n’arrivez pas assez vite, ou si vous n’arrivez pas du tout parce que vous ĂȘtes parti au travail ou faire une course, le chien se retrouve seul face Ă  ce qu’il pense ĂȘtre un assaillant. Il prend du tempĂ©rament, du caractĂšre, et il se dit que ses maĂźtres ne gĂšrent rien puisqu’ils l’ont laissĂ© dans la galĂšre.

C’est souvent lĂ  que naĂźt la rĂ©activitĂ© aux gens qui viennent, mais aussi l’agressivitĂ© territoriale, et beaucoup d’autres problĂšmes qui se dĂ©gradent ensuite dans la rue.

Une question de proportionnalité, pas de jugement

Je ne blĂąme pas ceux qui laissent le chien dehors : on peut tout Ă  fait le laisser dehors et ça peut parfaitement bien se passer, et il peut y avoir des choses positives Ă  garder un chien dehors. Mon travail, c’est de vous dire comment minimiser au maximum le risque que ça se passe mal : si vous le laissez dans la maison, vous annihilez quasiment 99 % des risques qu’il devienne agressif quand quelqu’un essaie d’entrer chez vous, vous rĂ©duisez l’agressivitĂ© territoriale et tous les problĂšmes qui en dĂ©coulent. Je ne dis pas que ça ne peut pas arriver : je dis que proportionnellement, vous rĂ©duisez les problĂšmes.

Le problĂšme n’est pas le mode de vie qu’il faut juger, c’est le raisonnement : si on accepte que le chien fasse ce pour quoi on le met lĂ . Quand vous prenez un chien de garde et que vous le mettez dans le jardin, il va garder, parce qu’il est tout seul et que vous n’ĂȘtes pas lĂ . Je n’ai aucun problĂšme Ă  lui dire : si tu t’en prends au facteur, c’est normal, tu fais ton travail ; si tu deviens un peu territorial parce que c’est toi qui te coltines les allers au portail quand je ne suis pas lĂ  pendant 10 heures par jour, est-ce que je peux vraiment t’en vouloir ? Je ne pense pas.

Résultat, deux positions possibles :

  1. On l’accepte, avec tous les risques qui en dĂ©coulent : une vie de merde pour le chien, des invitĂ©s qui ne pourront peut-ĂȘtre plus venir chez vous, des sorties dehors qui vont se durcir.
  2. On ne l’accepte pas. Mais comme c’est un comportement naturel, il faut alors trouver un autre systĂšme pour que le chien aille bien : dans ce cas, je le mets Ă  l’intĂ©rieur.

Il faut accepter ce genre de choses, tout comme il faut accepter le « je veux un chien de garde, mais je ne veux pas qu’il garde » : lĂ , on sort les rames, on se projette et on cherche des solutions. Mon travail n’est pas de vous blĂąmer, c’est de trouver des solutions, et il n’y a aucun jugement de ma part : ce sont des rĂ©flexions pour vous faire mieux percevoir et comprendre votre chien, et poser des mots sur ce qui s’est produit.

Pour conclure : un chien qui a toujours vĂ©cu Ă  l’intĂ©rieur et jamais seul dans le jardin peut tout Ă  fait ĂȘtre couillon avec les gens qui entrent. Ce n’est pas la question, c’est une question de proportionnalitĂ©. Comme le chiot que vous avez promenĂ© en laisse Ă  deux mois n’aura pas forcĂ©ment de troubles du comportement : simplement, sur 10 chiots promenĂ©s en laisse dĂšs le premier jour, vous en aurez 3 qui dĂ©velopperont des troubles divers et variĂ©s ; sur 10 chiots promenĂ©s en longe ou sans laisse, vous en aurez 0,5 Ă  1.