Le syndrome du grillage

Le syndrome du grillage

Le syndrome du grillage

Le chien qui est chez lui, derriĂšre son grillage, et qui hurle, et qui gueule, et qui gueule. Vous ĂȘtes les premiers Ă  savoir que ces chiens-lĂ  sont aussi ceux que vous voyez dans la rue et qui sont trĂšs cools. Alors pourquoi hurle-t-il autant chez lui, alors que dehors il n’a aucun souci ?

Il sait qu’il ne risque rien

Le grillage a un point trĂšs fort psychologiquement pour le chien : il a conscience que l’assaillant ne peut pas l’atteindre. Il est protĂ©gĂ© par quelque chose. Alors on peut gueuler autant qu’on veut, mĂȘme si on est plus faible, plus petit, on sait que le grillage nous sauve un peu la peau. Et donc on peut se la raconter.

L’insulte appelle l’insulte

Souvent, on tombe sur un chien qui a compris ça et qui insulte l’autre chien. Quand on est insultĂ©, la premiĂšre chose qu’on fait habituellement, c’est rĂ©pondre Ă  l’insulte par une insulte. Tout le monde s’insulte, et aprĂšs ça devient banal.

La proximité

TroisiĂšme effet pervers : on ne peut pas s’atteindre, mais on est quasiment museau contre museau. Il y a une tension Ă©norme qui se produit Ă  chaque fois que ça se passe comme ça.

La frustration

Le chien frustrĂ© de ne pas pouvoir aller dĂ©gommer celui qui est de l’autre cĂŽtĂ©. Le vĂŽtre, gaillard, trĂšs fort, trĂšs imposant, se dit qu’il veut aller Ă©clater celui qui l’insulte, mais qu’à cause du grillage il ne peut pas.

Le territoire

À chaque fois que vous mettez un grillage, un mur, quelque chose pour sĂ©parer, vous avez des effets de territoire. Souvent dans le sens du chien qui est chez lui, mais faites 5 fois le mĂȘme tour du quartier avec votre chien et il aura peut-ĂȘtre l’impression, Ă  un moment donnĂ©, que la rue est son territoire : qui dit rue dit maison, ou muret, ou grillage, donc son territoire est dĂ©jĂ  dĂ©limitĂ© aussi. Et lĂ  c’est le bordel : alerte rouge, quelqu’un rentre sur mon territoire. Soit il faut que je m’énerve, soit que je prĂ©vienne, soit que je fasse reculer.

Le point d’orgue : tu t’en vas

Je suis chez moi, je hurle au grillage. Toi, tu peux hurler aussi, mais quoi qu’il arrive tu ne vas pas passer la journĂ©e devant mon grillage : tu vas avancer. Et on se retrouve avec le syndrome du facteur : je viens, je hurle, tu t’en vas.

Celui qui marche dans la rue auto-renforce le comportement de celui qui est chez lui. Et celui qui est dans la rue s’auto-renforce aussi, puisqu’en avançant il s’éloigne de celui qui gueule, mais il gagne surtout de la frustration de ne pas pouvoir y aller. Bref, c’est le bordel, et c’est un handicap dans le monde urbain, quelque chose de trĂšs compliquĂ© Ă  gĂ©rer.

Comment on le gĂšre

Il faut des chiens stables, des chiens qui ont compris dĂšs le point de dĂ©part comment avancer sans se prendre la tĂȘte devant un grillage. Pour ça, voyez la formation dĂ©diĂ©e au chiot, oĂč l’on montre comment on s’y prend dĂšs deux mois.

C’est le point de dĂ©part de tout : dire Ă  un chien “je sais que tu vas gueuler au grillage Ă  un moment donnĂ© de ta vie, mais je vais te montrer aujourd’hui, parce qu’aujourd’hui tu es capable intellectuellement de l’entendre, comment trouver une autre alternative”. Et cette alternative, c’est snober. C’est comme ça que vous aurez un chien stable devant les grillages et devant les portails.