Les accessoires : le rĂŽle de la laisse

Les accessoires : le rĂŽle de la laisse

Ce que la laisse fait vraiment au chien

Il faut revenir au point de dĂ©part. Pour un chiot, la laisse est une privation de libertĂ©. Avec sa fratrie, il n’a jamais vu l’ombre d’une contrainte : rien ne l’empĂȘchait d’aller Ă  gauche, Ă  droite, devant, derriĂšre. Il arrive chez vous, et d’un coup : collier, laisse, que des choses nouvelles, et le droit Ă  rien. Il ne dĂ©cide plus de ses propres actions, alors qu’il en dĂ©cidait depuis le dĂ©but de sa vie. C’est le premier choc.

Commencez par la longe

Mettez-lui une longe, oĂč que vous alliez, dĂšs son arrivĂ©e Ă  deux mois. Et en parallĂšle : laissez-le tranquille. Il a besoin de dĂ©couvrir le monde, de dĂ©couvrir qui vous ĂȘtes, de savoir oĂč il tombe. Ce n’est qu’au bout de trois jours, une semaine, deux semaines, que viendra l’heure de commencer Ă  lui apprendre des choses pour faciliter son intĂ©gration dans le monde des humains.

Pourquoi la longe ? Pour sĂ©curiser (il ne se fait pas Ă©craser, il ne part pas Ă  l’aventure) alors que vous n’ĂȘtes encore personne pour lui, tout en le laissant faire comme s’il n’avait pas de longe : s’arrĂȘter s’il a peur, se dĂ©caler s’il a peur, ou y aller s’il a envie de dĂ©couvrir.

Le cas type du portail

Vous le promenez pour la premiĂšre fois en rue. Un portail, un chien se met Ă  hurler derriĂšre, votre chiot se fige.

Avec une longe : vous continuez à avancer tranquillement. Le chiot a le choix entre rien (il ne connaüt rien, il est trop petit, il a peur de tout) et vous suivre, parce que vous, vous avez l’air cool. Il vous suit. Vous prenez une valeur incroyable : sans lui parler, sans mots, sans dressage, vous venez de lui dire que quand il a une galùre dans la vie, il vous regarde et votre attitude lui dira quoi faire. Aprùs ça, tout est facile, il ne se passe plus rien.

Avec une laisse courte : il s’arrĂȘte, il est piĂ©gĂ©. Vous vous arrĂȘtez aussi ? Le chien continue Ă  hurler derriĂšre le portail, et le chiot constate que s’arrĂȘter et faire comme vous ne fait pas disparaĂźtre le danger. Lui n’est pas habituĂ©, il ne sait pas si l’autre peut ouvrir le portail, c’est sa premiĂšre sortie en rue. Conclusion : vous n’ĂȘtes pas fiable. Il a alors deux options. Reculer pour s’enfuir, et lĂ  vous tirez dans l’autre sens ou vous tenez la laisse : vous l’empĂȘchez de prendre une dĂ©cision, et une dĂ©cision potentiellement bonne, celle de s’éloigner. Ou bien vous en avez assez et vous tirez pour avancer : vous le contraignez Ă  une action qu’il n’a pas choisie.

Quand il est chiot, laissez-le choisir, et laissez-le choisir en vous observant ; pas parce que vous ĂȘtes plus fort que lui. Un choix fait de son propre chef et un choix fait sous la contrainte n’ont ni la mĂȘme signification, ni la mĂȘme importance. Sur quelque chose d’aussi banal, vous pouvez transformer un chiot qui aurait Ă©tĂ© un chien sĂ»r de lui, bien dans sa tĂȘte, Ă  l’aise, en un chien peureux, mordeur, et donc dangereux pour les autres. Et des actions comme celle-lĂ , il y en a plein.

Les trois effets du fameux mĂštre de laisse

La laisse, c’est l’impact du mùtre : un mùtre entre vous qui la tenez et votre chien.

  • La protection de ressources sur vous. S’il est toujours prĂšs de vous et jamais dĂ©tachĂ©, et beaucoup de gens ne dĂ©tachent jamais et ne donnent jamais de libertĂ©, un chien un peu gardien, avec quelques aptitudes, se dira : je me colle Ă  mon maĂźtre et je le garde. On lui aura appris la protection de ressources sur vous.
  • Une confiance qui n’est pas nĂ©cessaire. Il croise des humains, il ne sait pas trop, il a un doute : collĂ© Ă  vous, il peut se dire qu’il part, parce qu’il a le fil conducteur, donc son maĂźtre part Ă  la guerre avec lui. Avec de la libertĂ©, et vous Ă  5 ou 10 mĂštres derriĂšre, il ne part pas Ă  l’assaut : il regarde, il observe, il constate qu’il ne s’est rien passĂ©, et il n’aura pas assez de courage pour y aller tant qu’il est petit. RĂ©sultat : un chien qui dĂ©couvre que les humains, ce n’est pas bien grave. Pareil pour les chiens.
  • L’impossibilitĂ© de s’écarter. Je marche, je vois un chien arriver, il a l’air un peu gros. En laisse, impossible de me mettre sur le cĂŽtĂ©, impossible de prendre une dĂ©cision : je suis contraint, donc je panique, donc je prends sans doute la mauvaise dĂ©cision, gueuler ou m’écraser complĂštement. Et quand j’aurai grandi, j’arrĂȘterai de m’écraser et je gueulerai aussi.

Les étapes, et leur rythme

Ne vous trompez pas : la laisse est un trĂšs bon outil au cours de la vie du chien. Chaque moment de la vie a ses Ă©tapes : l’étape de la libertĂ© est essentielle, l’étape de la longe est essentielle, et ensuite on cumulera longe et laisse.

Ces trois étapes ne durent pas trois ans, elles se cumulent de façon quasi simultanée. La longe et la liberté durent au moins 10 à 15 jours minimum. Au bout de 15 jours, vous intégrez gentiment la laisse : il a déjà découvert les chiens, les humains, il a eu toutes ces interactions, il a tout récupéré au niveau sensoriel comme une éponge.

ConcrĂštement : dehors, en forĂȘt, il a 20 mĂštres de longe ou vous le dĂ©tachez carrĂ©ment ; en ville, vos 5 mĂštres. Et au cours d’une balade, si tout se passe bien et que tout le monde est en confiance, rien n’interdit de raccourcir Ă  4, 3, 2, 1 mĂštre. Le chien ne s’en rend mĂȘme pas compte, et vous l’avez initiĂ© Ă  la laisse sans qu’il le remarque, en gardant toujours la possibilitĂ© de redonner 4 mĂštres s’il veut aller renifler. La laisse empĂȘche le processus de reniflement. Quand ils sont petits, laissez-les renifler : ils y prennent du plaisir. Sortir ne doit pas ĂȘtre une contrainte, et la laisse est une contrainte.

Une fois qu’il a compris comment fonctionne la laisse, vers 3 mois et demi, 4 mois, 5 mois selon son Ă©volution, il sera l’heure de lui apprendre pas Ă  pas la marche en laisse. Ne paniquez pas : ça va trĂšs vite. Un chien parfaitement socialisĂ© avec les humains et les chiens n’aura aucune difficultĂ© ; un chien qui devient fou dĂšs qu’il voit un chien ou un humain aura les pires difficultĂ©s du monde.

Les Ă -coups

Vous ne les faites mĂȘme pas exprĂšs. Vous marchez, il veut aller dire bonjour Ă  un humain, et vous donnez un Ă -coup parce que vous estimez que ça ne se fait pas. Sauf que lui vient de prendre un Ă -coup parce qu’un humain passait.

D’oĂč l’obligation de lui proposer des balades en forĂȘt, dans des parcs, oĂč il peut se dĂ©penser, s’amuser, aller voir les humains et renifler. En forĂȘt, un chien passe, il renifle, on lui dit bonjour, une caresse s’il en a envie, et on avance. En s’y prenant comme ça, il aura deux fois moins envie de la caresse en ville, parce qu’il banalisera le fait de croiser des humains et des chiens.

C’est ce mĂ©lange qui donne une utilisation correcte de la laisse, une utilisation correcte de la longe, et un chien stable. C’est la meilleure chose Ă  faire si vous n’avez pas de problĂšme, et c’est aussi ce dont il faut se rapprocher le plus possible si vous en avez. Parce que quoi qu’il arrive, avec un chien rĂ©actif, vous devrez Ă  un moment donnĂ© arriver Ă  ce qui vient d’ĂȘtre dĂ©crit. Pour y arriver, on mettra en place des solutions, des sĂ©curitĂ©s et des exercices qui vous permettront d’en approcher au plus prĂšs.