Les besoins du chien

Les besoins du chien

La sous-stimulation qui fabrique l’agressivitĂ©

Si on ne rĂšgle pas ce problĂšme-lĂ , on ne rĂšgle rien du tout. Les chiens ont besoin, selon les races, de 1 Ă  12 heures de sortie par jour. Douze heures parce qu’il existe des cas spĂ©cifiques qui demandent Ă©normĂ©ment de travail.

L’engrenage du quotidien

Sous-stimulĂ©, il est excitĂ© ; excitĂ©, il fait des bĂȘtises ; alors vous criez, vous dites non, vous le repoussez parce qu’il vous mordille. Dehors, il fonce sur les chiens et sur les gens, jamais mĂ©chamment au dĂ©part, mais parce que son excitation le fait exploser. Alors vous le remettez en laisse.

Vous fabriquez un futur chien agressif : son quotidien n’est plus qu’interdit, sanction, cri. Entre le jour oĂč vous l’avez eu et les premiers signes d’agressivitĂ©, il s’est Ă©coulĂ© chez presque tout le monde 2, 3, 4, 5 mois : un gentil chiot qui vous a envoyĂ© de petits messages que vous n’avez pas vus, ou parce qu’on vous a mal renseignĂ©. La cocotte-minute est montĂ©e, et il rend ce qu’on lui a donnĂ©.

Cela concerne aussi des gens trĂšs bien, qui sortent leur chien, mais figĂ©s sur des rĂšgles du type “tu dois le sortir une heure par jour”. Oui, mais pas pour tous les chiens, pas dans tous les cas de figure, pas pour toutes les problĂ©matiques.

Deux exemples du quotidien

Chez vous, il vous mordille les chevilles, tire le pantalon, rien ne fonctionne. Vous lui proposez un jouet, un objet de dĂ©rivation, ce qui est exactement ce qu’il faut faire, et ça ne marche pas : son Ă©tat Ă©motionnel n’est pas assez stable. Il est sorti il y a bien trop longtemps, ne s’est pas assez dĂ©pensĂ©, n’a pas vu de chien pour jouer (voir de loin ne compte pas, il faut aller jouer avec), pas eu d’interactions humaines, pas Ă©tĂ© en ville, oĂč le bruit est trĂšs stimulant. Il ne peut plus comprendre ce que vous voulez. Vous le repoussez du pied ou de la main, vous criez, vous dites non trĂšs fermement : ça lui donne l’envie de recommencer, de la nervositĂ©, de l’incomprĂ©hension. Il n’a pas l’impression de mal faire, il ne sait pas quoi faire Ă  la place, et il pense que vous relancez le jeu.

Deux ou trois mois plus tard, cette hyper-excitation ira sur les humains : il essaiera de les pincer ou de les attraper comme il le fait avec vous. Vous croirez Ă  de l’agressivitĂ©, ça n’en est pas au dĂ©part. Sauf qu’aprĂšs trois coups de laisse dans la rue, il se tend encore plus : on le met en position de combat, on l’énerve, on le chauffe. Et Ă  la fin il mord. LĂ  commence l’agressivitĂ©, Ă  l’humain comme au congĂ©nĂšre.

Avec les chiens, mĂȘme mĂ©canique : jamais accĂšs Ă  rien, il tire dĂšs qu’il en voit un, vous tirez dans l’autre sens et vous dites non. Il en conclut que chaque chien vous fĂąche. Prochain chien qu’il voit, il le liquide. VoilĂ  comment naissent les problĂšmes de rĂ©activitĂ©, en partant d’un simple problĂšme de dĂ©pense physique et mentale.

Il ne s’agit pas d’en faire des machines

L’idĂ©e n’est pas d’en faire des athlĂštes qui courent quatre heures, mais de savoir ce qui suffit au chien qu’on a. Et lĂ , il n’y a que vous et vos yeux.

Marley, labrador : une heure de balade par jour, voire 45 minutes, 5 jours sur 7, lui suffit amplement. DĂ©tachĂ©, il renifle, se baigne s’il trouve une flaque ; s’il voit un chien tant mieux, sinon ça lui est Ă©gal, parce qu’il en a beaucoup vu avant. Psychologiquement, il va parfaitement bien.

Yros, rottweiler mĂąle : le laisser renifler comme il veut est ingĂ©rable, il prend une piste et part Ă  2 km, il passe trois heures Ă  jouer dans l’eau. Sorti 45 minutes 5 jours par semaine, il le fait payer : le jour oĂč il ne sort pas, c’est comme s’il n’était pas sorti depuis deux ans.

Deux tempĂ©raments, deux besoins. Ni l’un ni l’autre n’est plus intelligent : le mythe des lignĂ©es de travail plus intelligentes que les autres n’est pas vrai. L’un s’épanouit avec ce qu’on lui propose, l’autre non.

Ça ne veut pas dire que le second doit sortir 5 heures par jour, mais qu’il faut savoir comment lui se fatigue intellectuellement, par lui-mĂȘme. Yros se fatigue en montagne : lapins, sangliers, chevreuils, un bouc, un cerf, il prend ses pistes, un point de rappel a Ă©tĂ© dĂ©fini quand c’est trop loin, ensuite il est en autonomie totale. Une heure comme ça, et il dort dix heures.

Observer et varier

Si la balade d’une heure quotidienne laisse le chien Ă  fleur de peau au retour, il manque quelque chose. Le lieu d’abord : s’il rentre sur les nerfs des champs, allez en forĂȘt ; si la forĂȘt ne va pas, un parc ; sinon, peut-ĂȘtre le centre-ville.

Les activitĂ©s aussi : il faut faire un peu de tout du moment qu’il aime ça. 10 minutes de marche, un quart d’heure ou 20 minutes de balle pour qu’il fasse de l’explosif et relĂąche la pression, puis la balle dans le sac Ă  dos et on reprend la balade. Ce tempo lui permet de s’épanouir sans devenir toquĂ© de quelque chose. Si vous croisez des chiens et qu’il les aime, laissez-le jouer : ne sortez pas la balle parce que ce serait une obligation.

L’éducation se perd aussi : Ă  2 mois les assis, les couchĂ©s, les pas bouger ; Ă  2 ans plus rien, ou seulement quand ça va mal ou quand ça nous arrange. Dix minutes de petits exercices, pas trois heures jusqu’à Ă©puisement. Ça doit rester un plaisir naturel.

La guerre éclair

Vous allez devoir lui rĂ©offrir ce dont il a besoin : se dĂ©penser intelligemment, intellectuellement. Cela passe par une guerre Ă©clair. Vous ne tiendrez pas sur la durĂ©e, parce que les balades sont compliquĂ©es, qu’il est difficile de dĂ©tacher et de trouver des lieux, et qu’il faut se lever tĂŽt et sortir tard : 15 jours, 3 semaines, oui ; 3 ans, non.

Le jour oĂč vous dĂ©cidez de rĂ©gler ses problĂšmes, dĂ©terminez Ă  quelle heure vous devez vous lever pour le sortir, en longe ou dĂ©tachĂ©. MuselĂ©, ce n’est pas un problĂšme s’il est dangereux. Mais dans un endroit oĂč vous pouvez envoyer une balle, faire du cache-cache, du vĂ©lo, du roller, aller courir.

Les chiens qui arrivent au centre ne peuvent pas travailler le premier jour : Ă  bout de nerfs, ils ne sortent plus de leur jardin depuis 2, 3, 4 ans, et quand ils sortent c’est en laisse, tout le monde sur le qui-vive. À force de tout Ă©viter, vous aseptisez les lieux de balade, de moins en moins enrichissants pour lui. Alors on va vite : des endroits pour jouer, une heure de balade de qualitĂ©, et si vous ne pouvez pas lui envoyer la balle, courez avec lui, faites du vĂ©lo, ce que vous voulez du moment qu’intellectuellement et physiquement il a ce qu’il doit avoir dĂšs le matin.

N’importe quelle rééducation sera vouĂ©e Ă  l’échec si intellectuellement il n’est pas en mesure de comprendre et d’écouter ce que vous lui demandez.