Les différentes formes d'agressivité

Les différentes formes d'agressivité

Identifier la forme d’agressivité de votre chien

Si vous ne savez pas quelle est la forme de son agressivité, on ne peut pas régler le problème. C’est un entonnoir : on resserre l’étau, et au bout on a la solution.

La douleur

1 ou 2 cas sur 10, soit 10 à 20 % : la plus simple à régler, et celle dont on vous parle le moins. Il voit un chien, il court, il a mal, il associe la douleur au chien. Pseudo-agressif aux congénères : plus vous tirez en sens inverse, plus il tire, plus il a mal, plus il associe.

  1. Arrêtez de croiser de face, prenez les aspirations. Un ami au chien fiable : il marche, vous marchez, vous arrivez à côté, le vôtre en longe, muselé au moindre doute. Balade complète : il comprend qu’il peut marcher au lieu de courir, et que la douleur vient de son accélération, pas du chien d’en face.
  2. Beaucoup de chiens à la fois. Avec un seul on se poursuit, c’est instinctif, donc on court ; à dix, il entre dans le groupe tranquillement, ne se fait pas mal, prend le temps de négocier et de marcher.
  3. Vétérinaire : si deux cachets règlent l’affaire, autant ne pas passer à côté.

L’irritation

L’enfant touche, caresse, tire, et le chien n’en peut plus : il pince, il mord, ou il s’en va. Pas de coupable : l’enfant, comme le chien, a besoin d’un temps d’apprentissage.

Le travail se fait chiot : tirez-lui les oreilles, la babine, faites la bagarre comme ses frères et sœurs, et apprenez-lui à être saoulé, manipulé. Quand il en a marre, il va se coucher dans son panier : si tu n’en peux plus, on ne mord pas, on ne pince pas, on s’en va. Côté enfant : tu joues ce que tu veux du moment que tu le respectes, mais quand il part dormir, tu le laisses, il est fatigué.

Le territoire

Il délimite un territoire et considère que tout ce qui y entre doit être détruit. Il doit comprendre que quand vous êtes là, il n’intervient pas, il prévient : c’est complexe pour un chien.

On positionne les validations. Il aboie dans le jardin pour signaler quelqu’un : “c’est bien, allez reviens”, vous jouez un peu, prévenir est renforcé. Vous faites entrer la personne : tu te tais, tu te mets là, c’est moi qui décide.

Le plus simple est qu’il n’ait pas de territoire : il sort beaucoup, vous le prenez partout, vous faites venir du monde. Habitué tout petit au va-et-vient, il ne garde pas quand vous êtes là ; quand vous n’y êtes pas, le travail il le fera.

Si vous y êtes déjà, il faut que des gens viennent sans être mis en danger :

  1. Rencontre en dehors de chez vous, 10 minutes à un quart d’heure de balade, chien muselé.
  2. Vous rentrez avec eux, vous détachez le chien mais vous laissez la muselière : pas de laisse, pas de contrainte, pas de mise sous tension.
  3. Les gens vivent leur vie chez vous, puis ressortent. Au bout de 3, 4, 5 fois, ils entrent sans balade préalable.

Étape souvent oubliée : les jours sans invités, laissez-lui aussi la muselière 10 à 15 minutes en rentrant de balade, pour qu’il ne l’associe jamais aux gens qui viennent.

La redirection

Elle ne se contrôle pas. Il s’énerve, son seuil d’homéostasie explose : pot de fleurs, votre main, n’importe quoi, il mord sans savoir pourquoi. Trois options cumulables :

  1. Faire baisser le seuil de réactivité : s’il a un problème avec les congénères, on lui en présente, on l’habitue à en voir.
  2. Augmenter le seuil de tolérance par des exercices de gestion des émotions, monter plus haut et redescendre plus bas : même si ce qu’il voit le rend fou, il garde une soupape de sécurité.
  3. Rendre l’instant suivant plus dérangeant : il mord le pot de fleurs, ça lui fait vraiment mal, et la fois d’après il sait que le premier contact peut être le pot de fleurs. Soit il ne redirige pas, soit il s’apaise en gardant le contrôle.

Le pot de fleurs est une image, je ne vous dis pas d’en présenter un. Mais il n’y a jamais une seule option : on étale tout le panel, puis on en prend une, deux, ou toutes.

La peur

La moitié des chiens mordeurs aujourd’hui le sont par peur. Elle vient d’une mauvaise expérience, de maîtres qui n’étaient peut-être pas faits pour ce type de chien ou ce niveau d’intensité et dont les peurs se retraduisent sur lui, et de l’absence de bonne option.

Détachez ou mettez en longe, surtout pas de marche en laisse. Un chien arrive en forêt, tranquille, vous paniquez : en laisse c’est le carnage, tout s’emmêle et vous tirez. En longe ou détaché, vous avancez, et en avançant vous lui montrez la solution pour sortir du conflit. Sinon le chiot panique et vous découvre impuissant : certains chiens en concluent que si le leader est fragile, ils devront se débrouiller seuls. On obtient des peureux, fragiles, qui peuvent devenir mordeurs.

Autre cas : il crie parce qu’un chien arrive, vous vous arrêtez, vous tirez en arrière, vous reculez. À chaque fois que vous reculez ou que vous ramenez le chien vers vous, vous dites “j’ai peur”. Soit c’est un peureux, qui le sera plus encore, soit il est très sûr de lui, sait qu’il n’y a rien au bout de la laisse, et il fera des dégâts, même si vous êtes très grand et très fort.

C’est le plus compliqué et ce qui touche le plus de chiens : on joue sur la confiance et la compréhension du monde, en détail dans d’autres vidéos.

La protection de ressources

Il protège une ressource qu’il juge indispensable : nourriture, eau, mais aussi secondaires, jouet, bâton. Certains ne défendent que le vital, d’autres uniquement les bâtons, d’autres tout.

Un chiot qui protège ses croquettes : pensez à une fratrie trop nombreuse où il a fallu jouer des coudes, à une nourriture pas à volonté, insuffisante, voire absente. Plutôt que d’y mettre la main et de le secouer, mettez-lui 200 kilos de nourriture au sol : dans sa nouvelle famille il n’en manquera jamais.

Il grogne sur son os à mâcher quand vous passez ? Pas d’amour-propre sur l’instant :

  1. Cherchez un morceau de poulet, montrez-le, troquez, récupérez l’os.
  2. Asseyez-vous dans le panier avec lui, redonnez-lui l’os et caressez-le en restant assis tranquillement.
  3. Deuxième morceau : donnez, reprenez l’os, redonnez-le.
  4. Troisième morceau : il lâche l’os, mais cette fois vous ne le récupérez pas et vous restez à côté.
  5. Puis levez-vous pour aller chercher un morceau, donnez-le, repartez. Mettez de la variété.

Le message : je ne te veux pas de mal, je n’ai pas envie de te prendre ton os, mais j’ai le droit de m’approcher et de le prendre, parce que je le rendrai. C’est la caution psychologique : on n’a pas le droit de dire un jour “maintenant tu m’embêtes” sans un peu de pédagogie avant.

L’imitation

Le plus flagrant : l’homme qui frappe sa compagne devant le chien. Une bagarre dans la rue peut le traumatiser, surtout s’il est touché, mais elle n’arrive qu’une fois ; à la maison ça se reproduit beaucoup trop. Il en conclut que c’est comme ça qu’il faut fonctionner, et il mord par imitation.

La solution : partir vite de la maison où ça se produit, en prenant le chien avec soi, et recommencer sa vie. Il n’y a pas 50 000 solutions, ensuite ça s’apaise. Et s’il mord un humain par imitation, vous n’avez pas le droit de le sanctionner : il ne comprendrait plus rien, il reproduit ce qui se passe devant ses yeux dans son foyer.

La prédation

Le mot est mal choisi : la prédation, c’est chasser et mettre à mort pour se nourrir, une démarche différente de l’agression, et on n’est pas obligé d’être agressif pour se nourrir. À mon sens elle n’a quasiment pas sa place ici.

Le chien y exécute des patrons moteurs, des séquences. Il faut d’abord savoir à quelle partie de la séquence votre chien se situe. Beaucoup courent après ce qui bouge, ça n’en fait pas des tueurs : si ça ne court plus en face, eux non plus. Beaucoup restent à l’affût sans courir. D’autres ont la mise à mort, mais d’un coussin ou d’une corde, le déchiquetage, attraper et secouer. Ce n’est pas parce qu’il le fait sur une corde qu’il le fera sur un chien.

L’agressivité maternelle

Vous ne la verrez normalement pas, sauf peut-être si vous êtes éleveur : la femelle qui a une portée protège ses chiots et peut se montrer hostile envers les inconnus et les autres chiens. Périodes très spécifiques, complètement normales, que vous ne reverrez pas.

Seul cas ennuyeux : votre chien s’approprie votre enfant et interdit qu’on s’en approche. C’est ambigu : il sait que ce n’est pas son enfant mais peut le considérer comme tel. Ne soyez pas content. On trouve ça génial, “mon chien protège mon enfant”, jusqu’au jour où quelqu’un est mordu : valider quand il se gonfle auto-renforce le comportement, et ça dégénère. On ne valide pas ce comportement, ce qui ne veut pas dire qu’on le punit.

Le problème est l’hyper-attachement : mettez du monde autour, continuez à vous promener, faites venir de la famille, prenez le landau en balade, montrez-lui que rien ne change. Tu nous défendras seulement s’il y a une agression, comme d’habitude, mais ne te prends pas pour un agent de sécurité, sinon on ne pourra plus sortir.

L’ordre hiérarchique

Mot souvent mal interprété : appelez-la comme vous voulez, un enfant turbulent sans aucune règle si vous préférez. Le chien vit dans le monde des humains, avec des règles d’humains, et c’est vous qui devez lui en donner le mode de fonctionnement, pour qu’il soit épanoui et tranquille. C’est la communication humaine qui va permettre la communication canine.

Exemple : vous interdisez une pièce, la salle de bain, porte ouverte. Il a envie d’y aller et ne peut pas : il apprend qu’on ne peut pas tout faire, à gérer ses frustrations et ses colères. Ces trois choses lui feront mieux accepter les interdits du dehors : “tu es en laisse, je n’ai pas le droit de te laisser jouer avec les chiens”, même cas de figure. À l’inverse, au salon tu peux me faire la fête et monter sur le canapé tant que tu te comportes bien ; en forêt je te détache, c’est la situation du salon, tu peux aller jouer.

Ce qui n’est pas une forme d’agressivité

Vous n’avez pas entendu “agressivité congénère” ni “agressivité humain” : toutes ces formes peuvent s’appliquer à l’humain comme au congénère. Vous n’identifierez jamais le mal en disant “il est agressif humain” : comprenez d’abord la forme, pour savoir ensuite sur quoi il l’a rebasculée.