Les différentes ressources

Les différentes ressources

Ce que le chien protĂšge vraiment

On n’aborde pas ici tous les cas de protection de ressources : il faudrait une formation entiùre, et la plupart sont rares. On se concentre sur le quotidien et les erreurs à ne pas commettre.

PremiĂšre ressource : ce que vous avez sur vous

Il y a une vraie diffĂ©rence entre vous et ce que vous avez sur vous. Beaucoup de chiens hostiles quand on vous approche ne protĂšgent pas vous, mais la sacoche Ă  friandises ou le jouet que vous portez. C’est un dĂ©faut d’apprentissage : vous avez toujours eu des choses pour lui sur vous, vous lui donnez beaucoup, peut-ĂȘtre beaucoup trop. Ça arrive surtout sur le rĂ©actif congĂ©nĂšre, beaucoup moins sur les humains : dĂšs qu’un chien approche, il l’embrouille, parce qu’il dĂ©fend sa bouffe ou son jouet.

On ne travaille pas de la mĂȘme façon quand la ressource c’est vous, et quand c’est ce que vous avez sur vous.

Amorcer le travail : casser toutes les habitudes

C’est un travail compliquĂ©. Quand la ressource, c’est ce que vous avez sur vous :

  • Changez complĂštement tous vos vĂȘtements.
  • Plus de friandises, plus de jouet sur vous : rĂ©compensez Ă  la caresse ou Ă  la voix.
  • Changez toutes les logiques de fonctionnement : collier s’il avait un harnais, harnais s’il avait un collier ; Ă  gauche s’il marchait Ă  droite ; s’il vient se coller Ă  vous, mettez-vous systĂ©matiquement en mouvement.
  • Faites une balade avec 10, 15, 20 chiens, noyĂ© au milieu des propriĂ©taires, pour qu’il observe et se dise qu’il n’y a pas de problĂšme.

Retirer les friandises ne suffit pas : le chien ne sait pas forcĂ©ment qu’elles sont restĂ©es Ă  la maison. D’oĂč le changement de vĂȘtements, de cĂŽtĂ© de balade, de logiques.

Si vous rĂ©compensez au jouet, Ă  la corde, au boudin : ne mettez rien sur vous, montrez-lui l’objet avant de partir, posez-le mĂȘme au sol, et dites “viens, on va se promener”. Il aura envie de le prendre : insistez un peu, partez. Il a parfaitement conscience que vous ne l’avez plus. Au retour : “tiens, tu peux le prendre”. C’est psychologique, le nĂ©cessaire pour qu’il arrĂȘte son mauvais comportement ; ensuite il faudra retravailler beaucoup plus tranquillement pour que tout se remette dans l’ordre.

Pourquoi ça vous paraßt aléatoire

Un coup oui, un coup non : la nourriture que vous portez est peut-ĂȘtre plus intĂ©ressante le lundi que le mardi. Ou le chien fait des choix stratĂ©giques : a-t-il mangĂ© avant, a-t-il faim aujourd’hui, a-t-il moins faim. Des choix personnels, donc alĂ©atoires : prenez le recul nĂ©cessaire pour bien le lire.

Ranger la balle n’arrĂȘte rien non plus : le chien sait que vous l’avez rangĂ©e, et s’il veut la protĂ©ger, il continuera.

Le test : est-ce moi, ou ce que j’ai sur moi ?

Votre chien joue-t-il avec d’autres chiens, sait-il s’éloigner de vous, avoir une vie normale ? S’il est capable de tout ça, mais que dĂšs qu’il est proche de vous et qu’un chien arrive il se fĂąche, et uniquement dans ce cas de figure, alors ça ressemble beaucoup Ă  de la protection de ce que vous avez sur vous, et pas de vous.

Et pas trop de sentiments humains lĂ -dessus : le “ça me fait plaisir que le chien me protĂšge” empĂȘche de rĂ©gler complĂštement le problĂšme.

Le chien qui se protĂšge lui-mĂȘme

Ce chien-lĂ  est plutĂŽt peureux : destructions Ă  la maison, malpropretĂ©, incapable de se dĂ©coller de vous en balade, il joue peu. Il ne part jamais sur les autres chiens, il n’est surtout pas l’assaillant ; il est dans son coin, et si ça arrive, il tape.

Il doit reprendre confiance en la vie, et ça commence par vous :

  • Le hoopers, qui fait travailler le chien Ă  distance de vous.
  • Les activitĂ©s de recherche. Une fois qu’il sait rechercher, mĂȘme exercice avec un chien dans la piĂšce : il se concentre sur ce qu’il a appris et sur vous, se met dans une bulle, et comprendra au fur et Ă  mesure qu’il n’y a peut-ĂȘtre pas de danger.
  • Des rencontres canines positives. Des chiens sympas, et des chiens qui le snobent : c’est le snobinard qui peut le sortir de sa peur, parce qu’il ne le calcule pas, ne le regarde pas. Le vĂŽtre observe sans paniquer et, par curiositĂ©, gagne un mĂštre, deux, trois, et se dĂ©tache de vous. Un copain, puis un deuxiĂšme, un troisiĂšme.

Les exercices Ă  distance

Le plus connu : “pas bouger”, vous vous Ă©loignez Ă  50 mĂštres, vous faites passer deux ou trois chiens entre vous deux, et vous rappelez. Variante : “pas bouger”, une ligne de chiens et d’humains, vous derriĂšre, vous rappelez, et le chien contourne ou passe au milieu, selon son choix, puis revient ; on rĂ©compense.

Double objectif : qu’il prenne confiance en vous, parce que c’est vous qui donnez le commandement, d’oĂč l’importance d’en donner un ici ; et qu’il prenne confiance en lui, seul, avec vous Ă  distance.

Ensuite, beaucoup de sorties et de partages. Vous pouvez aussi faire des balades canines en laisse, Ă  deux ou trois : pas pour les faire jouer, pour les faire marcher cĂŽte Ă  cĂŽte. Utile dans un parc oĂč vous n’avez pas le droit de dĂ©tacher.

Quand la ressource, c’est vous

Ce qui rĂšgle ça, ou en tout cas l’attĂ©nue fortement, c’est la ville : des gens vous frĂŽlent, marchent Ă  cĂŽtĂ©, et le chien voit qu’il y a beaucoup de monde trĂšs proche de son maĂźtre et qu’il ne se passe rien. C’est la premiĂšre Ă©tape.

Ensuite, plein de scĂ©narios. Vous rencontrez un groupe d’amis en balade, vous ĂȘtes 4, 5, 6, 7 : dĂ©tachez votre chien ou mettez-le en longe, s’il n’a pas d’autre souci que celui de vous protĂ©ger vous personnellement. Les gens s’intercalent entre vous deux et vous marchez sans jamais tirer le trait. Vous ne devez pas simuler une situation : ça doit ĂȘtre trĂšs naturel, ne vous forcez pas Ă  lui couper le contact. Il doit voir qu’on ne lui demande que de marcher, et en aucun cas de vous protĂ©ger.

À ce chien un peu protecteur, indiquez que ce n’est pas son rĂŽle, ni celui que vous souhaitez lui donner : souvent ils auraient aimĂ© ĂȘtre de simples suiveurs et se retrouvent propulsĂ©s sur le devant de la scĂšne, obligĂ©s de gĂ©rer tout ce qui se passe.

S’il a des problĂšmes avec les humains mais pas avec les chiens, mettez des chiens et marchez au milieu des humains : les chiens dĂ©tournent son attention, il joue avec eux, et il dĂ©couvre des humains autour de vous.

Autre chose trĂšs efficace : le propriĂ©taire de chien en face, qu’un chien problĂ©matique avec les humains prend pour un ami possible puisqu’il a un chien. Servez-vous de tout ça pour rĂ©habiliter trĂšs tranquillement le vĂŽtre : personne n’a besoin d’ĂȘtre protĂ©gĂ© de personne.

La stratégie de la longe

Certains chiens ne sont rĂ©actifs qu’en collier, parce que la laisse est trĂšs courte, et ne font absolument plus rien en longe ou dĂ©tachĂ©s. Mettez-leur une longe et laissez du mou plutĂŽt que d’exiger la marche en laisse : 4 mĂštres. Si 4 mĂštres leur va et qu’ils ne dĂ©clenchent jamais, raccourcissez-la Ă  mesure que la balade avance, sans qu’il s’en rende compte. Quand il verra qu’il se retrouve lĂ  sans avoir criĂ©, il commencera Ă  rĂ©flĂ©chir.

Faire correctement toutes les vidéos, réactif humain comme réactif chien, améliore de facto cette partie-là.

Deux points de conclusion

Dans la protection de ressources telle qu’on vient de l’aborder, sur les trois-quatre cas de figure donnĂ©s, vous n’avez pas le droit d’utiliser la bouteille d’eau. On ne sanctionne pas. C’est un changement comportemental.

Et surtout : rien n’est dissociable. On ne peut pas se dire “il n’aime pas les humains, il n’aime pas les chiens, il fait de la protection de ressources, la ressource c’est machin”. Comprenez d’abord si c’est les humains ou les chiens, ce sont les grands pĂŽles ; puis, dans les ressources qu’il protĂšge, quel type d’agressivitĂ©, quelle forme, comment elle se traduit. Ces deux Ă©lĂ©ments posĂ©s, on pose le pourquoi, ensuite le comment on la rĂšgle.

N’espĂ©rez pas piocher un seul chapitre : c’est tout le travail de comprĂ©hension en amont qui vous permettra de rĂ©gler le problĂšme.