Les jeux de balles

Les jeux de balles

Le jeu de balle comme exercice

Le jeu de balle est trĂšs dĂ©criĂ© : beaucoup d’écoles vous disent que si vous jouez Ă  la balle, votre chien partira ensuite sur tout ce qui bouge. D’une part ce n’est pas vrai. D’autre part, c’est dangereux de penser comme ça, et dangereux de façon plus globale quand on a un chien.

Pourquoi c’est dangereux de penser comme ça

Ça voudrait dire que le chien n’est pas capable de faire des distinctions de situation : qu’il est trop bĂȘte pour comprendre que d’un cĂŽtĂ© il court aprĂšs une balle, de l’autre aprĂšs un vĂ©lo. C’est la premiĂšre erreur, et c’est faux.

Ensuite, quand vous ĂȘtes en interaction avec votre chien, vous jouez avec lui et il s’amuse en retour. Quand vous envoyez une balle et qu’il vous la ramĂšne, c’est un chien qui a parfaitement compris que l’idĂ©e est de jouer avec son maĂźtre. Sinon, il ne vous la ramĂšnerait pas.

Le principe de base

Si tu me ramĂšnes, je te renvoie. Ça lui permet de tisser des liens encore plus forts avec vous, parce qu’il a conscience que c’est vous qui dĂ©clenchez toutes ces phases de jeu. Et si vous les dĂ©clenchez, c’est que vous ĂȘtes aussi capable de les arrĂȘter. On aura donc un chien qui, s’il a parfaitement compris les choses, ne partira jamais courir aprĂšs quoi que ce soit d’autre que ce que vous aurez envoyĂ©.

À l’intĂ©rieur du jeu : on prend la balle, on l’envoie, le chien la fixe pour savoir oĂč elle va tomber, se met en poursuite, la chope, vous la ramĂšne et la lĂąche. On a quelques sĂ©quences de prĂ©dation, et on a aussi la capacitĂ© du chien Ă  se gĂ©rer, parce qu’il doit la lĂącher. Ce moment du lĂącher est extrĂȘmement important : Ă©motionnellement, il doit mettre fin Ă  ce qu’il a gagnĂ© pour que vous puissiez le renvoyer.

Ajouter de l’obĂ©issance

Pour le faire progresser : vous envoyez la balle, et “pas bouger” quand il est Ă  mi-distance. LĂ  vous ĂȘtes carrĂ©ment capable de casser la poursuite du chien sur la balle, le chien s’arrĂȘte, puis “tu peux y retourner”.

À quoi ça sert ? À lui permettre de ne jamais perdre le fil de l’histoire. Le vrai danger de la prĂ©dation en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, et de la poursuite, c’est que tout d’un coup le niveau Ă©motionnel monte tellement que le chien n’entend plus et n’est plus capable de se contrĂŽler. À travers ces exercices, vous permettez Ă  vos chiens d’avoir des seuils Ă©motionnels beaucoup plus importants, et donc d’ĂȘtre capables de contrĂŽler leurs Ă©motions dans quasiment toutes les situations de la vie quotidienne.

Et comme vous assouvissez un besoin du chien, celui de courir, celui de poursuivre (pas celui de prĂ©dater, ce qui voudrait dire tuer ou manger), celui d’exploser, celui de mettre du mouvement, vous avez donc le oui. Ça vous permet de poser un non sans que le chien se pose de question : “ok, lĂ  il m’a dit non, mais de toute façon je peux dĂ©jĂ  l’assouvir en faisant ça”.

Si le jeu de balle ne suffit pas : le cas des vélos

Votre chien court aprĂšs les vĂ©los. En plus du jeu de balle, allez faire du vĂ©lo avec votre chien. Si vous, personnellement, vous faites du vĂ©lo, le chien ne percevra plus jamais les vĂ©los de la mĂȘme façon.

Attention Ă  une erreur trĂšs courante : quand vous faites dĂ©couvrir la vie Ă  un chien qui part un peu en poursuite, la plupart du temps vous vous isolez dans un champ oĂč il n’y a rien. LĂ , vous renforcez la volontĂ© du chien de fixer, d’observer, de capturer un Ă©lĂ©ment du dĂ©cor. Imaginez un vĂ©lo Ă  700, 800 mĂštres, voire un kilomĂštre si la visibilitĂ© est bonne : vous ĂȘtes en train de valoriser ses actions, et il va prendre du plaisir Ă  fixer, figer, partir en poursuite sur de grandes distances.

Alors que si vous avez un problĂšme avec la poursuite, allez faire du vĂ©lo sur une piste cyclable, lĂ  oĂč il y a des vĂ©los, lĂ  oĂč il y en a tellement qu’on ne peut plus les poursuivre parce qu’il y en a trop. C’est lĂ  que le chien commence Ă  faire la diffĂ©rence avec le milieu naturel dans lequel il ne vit pas. Il va enfouir certains instincts, mais il va surtout s’épanouir, parce qu’il poursuit (vous, en l’occurrence), il fait de l’exercice, il voit une vie riche autour de lui. Plus c’est riche, plus il s’aperçoit qu’on ne court pas aprĂšs les vĂ©los, et moins il partira dessus le jour oĂč vous croiserez un vĂ©lo au milieu d’un champ : il aura compris que c’est un Ă©lĂ©ment de dĂ©cor qui fait maintenant partie de sa vie.

La boucle est complĂšte : d’un cĂŽtĂ© on joue, on assouvit des besoins, on prend du plaisir, on fait progresser Ă©motionnellement le chien avec une balle ; de l’autre, il a un problĂšme avec les vĂ©los, alors on fait du vĂ©lo, mais lĂ  oĂč il y a des vĂ©los. D’abord parce que c’est moi qui fais du vĂ©lo, ensuite parce qu’il y en a tellement autour que ça devient banal et normal dans sa vie. Il peut poursuivre, il peut fixer, mais de façon codifiĂ©e, autorisĂ©e dans le monde des humains.

N’attendez pas un miracle

La naissance de tous les maux, c’est de se dire : on ne joue pas, on n’assouvit pas ses besoins, on interdit tout, et on espĂšre que ça passe. Avec ça, vous avez un chien qui avait au dĂ©part des petits problĂšmes avec les voitures, puis les motos, puis les joggers, puis les vĂ©los. Plus ça s’ajoute, plus le chien fait d’actions, plus il prend du plaisir Ă  ses actions, et moins il sera possible de le rĂ©cupĂ©rer intelligemment et avec pĂ©dagogie.

Ne vous laissez pas mourir dans ces situations-lĂ . N’espĂ©rez pas un miracle : il n’arrivera pas si vous ne travaillez pas et si vous ne changez pas votre vie. En revanche, ça peut parfaitement Ă©voluer si vous dĂ©cidez de prendre les choses en main et de comprendre comment fonctionne le cerveau de votre chien.

Un piÚge à éviter

Vous avez des chiens qui ne poursuivent rien sauf les vĂ©los. Posez-vous quand mĂȘme la question : est-ce que le problĂšme c’est le vĂ©lo, ou l’humain sur le vĂ©lo ? D’oĂč l’intĂ©rĂȘt de faire vous-mĂȘme du vĂ©lo avec votre chien. Beaucoup de gens essaient de rĂ©gler un problĂšme de poursuite sur le vĂ©lo en pensant que c’est de la poursuite, alors que le chien a tout simplement un problĂšme soit avec l’humain, soit avec le vĂ©lo lui-mĂȘme, parce qu’il n’en a jamais vu ou n’a jamais entendu le bruit que ça peut faire.