Les jeux interdits

Les jeux interdits

Les jeux qu’on dit interdits, et qui ne doivent surtout pas l’ĂȘtre

Deux jeux sont systĂ©matiquement prĂ©sentĂ©s comme interdits : les jeux de tirage (boudin, corde, n’importe quoi de ce genre) et les jeux de balles, oĂč le chien part en poursuite sur une balle que vous envoyez. Dans les deux cas, on vous dit que ça dĂ©veloppe son agressivitĂ©.

Mordre dans une corde n’est pas de l’agressivitĂ©

L’agressivitĂ© n’est pas la mĂȘme chose que le fait de mordre dans quelque chose dans le but d’avoir une interaction positive, en gros de jouer. Le chien n’a pas de mains pour jouer, il ne peut pas attraper avec ses pattes : sa façon d’attraper, c’est avec sa gueule. Ça n’a rien Ă  voir avec l’agressivitĂ© ni avec les sentiments qui en dĂ©coulent, donc ça ne peut pas avoir de lien avec l’agressivitĂ©.

Ensuite, on est rĂ©ellement sur de l’interaction : tu prends, je prends, on tire, c’est qui le plus fort ? C’est toi le plus fort. Pourquoi lui ? Parce qu’il doit gagner un peu aussi. On vous dit souvent que vous devez toujours gagner : c’est faux. Si vous gagnez tout le temps, le chien n’a plus envie de jouer avec vous. Un coup tu gagnes, un coup je gagne : il faut que ça reste plaisant et que ça reste un jeu.

Vous jouez, vous le poussez, vous tirez avec la corde, vous soufflez dessus, vous le caressez, “bravo, t’as gagnĂ©â€, et de temps en temps c’est vous qui gagnez, il donne, trĂšs bien, vous lui reprenez, vous lui redonnez. Qu’est-ce qui se passe ? Gestion des Ă©motions, apprentissage des autocontrĂŽles, capacitĂ© Ă  prendre et Ă  donner. Il apprend tout ça par le jeu, de façon joyeuse. Il apprend aussi Ă  gĂ©rer sa mĂąchoire, Ă  comprendre qu’il y a des moments oĂč on peut monter trĂšs haut et redescendre trĂšs bas. Pas plus que ce qu’il ferait avec sa fratrie et sa mĂšre : c’est exactement comme ça que ça se passe.

Autre bĂ©nĂ©fice : si vous avez un petit mordeur relou qui ne fait pas la diffĂ©rence entre une corde et votre main, c’est peut-ĂȘtre parce qu’il n’a pas eu assez la corde. En lui donnant la corde et en validant (“oui, tu peux serrer tout ce que tu veux, c’est bien”), quand il ira vous prendre la main vous pourrez lui dire : ça, c’est non, la main c’est Ă  papa ; tiens, prends la corde, avec la corde on joue. Le oui et le non, comme Ă  chaque fois.

Les jeux de balles ne stimulent pas la prédation

Est-ce que votre chien n’est pas capable de distinguer une balle de tennis ou un ballon de foot d’un chien, d’un animal, d’un lapin ? C’est une vraie question. S’il sait qu’un ballon ne vit pas et qu’un lapin vit, alors on a dĂ©jĂ  rĂ©pondu : on ne stimule pas l’instinct de prĂ©dation, parce qu’il ne prĂ©date pas quand il court aprĂšs un ballon.

En revanche, il utilise certaines sĂ©quences de la prĂ©dation, celle de poursuivre, plus simplement encore : courir. Ça, oui, ça fait partie de la prĂ©dation, c’est un Ă©lĂ©ment, une sĂ©quence. Mais ça ne stimule pas la prĂ©dation, sinon ça voudrait dire que vous n’avez plus le droit de faire du vĂ©lo, plus le droit de courir, plus le droit de jouer aux jeux de tirage, plus le droit de faire la bagarre. Que vous resterait-il avec le chien ? Rien, l’empailler. C’est ridicule de raisonner comme ça, et c’est faux.

Ce qui est vrai : l’addiction

Si vous jouez toute la journĂ©e Ă  la balle, si toutes vos balades c’est “je prends une balle, je te l’envoie”, vous allez en faire un droguĂ© de la balle. Comparez avec les gens qui, s’ils ne font pas leur sport tous les jours, ne se sentent pas trĂšs bien : certains contrĂŽlent Ă  peu prĂšs le truc, d’autres sont franchement pĂ©nibles quand ils n’ont pas fait leur sĂ©ance. Pour le chien on peut mĂȘme comparer ça au tabac : lui ne fume pas, mais il joue Ă  la balle, et on l’a rendu addict. LĂ , c’est un vrai danger : toutes les addictions sont un danger pour les animaux comme pour nous.

Une fois qu’on a compris ça, la balle devient quelque chose de bĂ©nĂ©fique, tout comme le fait de faire du sport. BĂ©nĂ©fique intellectuellement, parce que ça lui permet de vider son Ă©nergie ; physiquement, parce que ça fait travailler d’autres fibres musculaires et ça lui permet d’exploser au niveau musculaire ; et parce que ça travaille le rapport d’objet, le prend et le donne, et lui fait comprendre que c’est son maĂźtre le vecteur de plaisir, celui qui envoie les jeux.

ContrÎler, ça veut dire quoi

Une balade sur deux il y a la balle. Ou Ă  toutes les balades, mais pendant dix minutes, et aprĂšs on pose et on lui dit c’est fini. Quand c’est fini, on avance et on pose. Quand on y revient, tu veux rejouer encore un peu, on rejoue. On lui apprend les Ă©motions de la vie : lĂ  ça doit s’arrĂȘter, ça ne veut pas dire que ce n’est pas bien, ça veut juste dire qu’on doit s’arrĂȘter. Donc tu abandonnes, et on continue. Ça lui apprend Ă  renoncer.

C’est pareil pour les jeux de tirage. Il peut m’arriver personnellement de passer trois semaines ou un mois sans jouer Ă  un seul jeu de tirage avec mes chiens, sans raison particuliĂšre, puis de faire du tirage Ă  gogo pendant une semaine. Il n’y a pas de manque, ni pour moi ni pour eux, parce que leur vie est suffisamment enrichissante et que c’est toujours remplacĂ© par autre chose de la vie quotidienne. VoilĂ  comment on a des activitĂ©s saines, stables, qui permettent au chien d’apprendre Ă  se contrĂŽler et d’apprendre le panel Ă©motionnel.

Ajouter de l’obĂ©issance, mais pas trop

Ce n’est pas illĂ©gal : vous envoyez la balle, il est Ă  fond, “pas bouger”. LĂ  on travaille l’obĂ©issance Ă  un niveau supĂ©rieur, et ça le fait Ă©voluer. Mais pas trop : vous le faites le temps qu’il progresse, et une fois que c’est maĂźtrisĂ©, jouez. Ça reste un jeu, un divertissement, un amusement.

Quand il ne lĂąche pas

Vous jouez au tirage, il ne lĂąche pas. PrĂ©parez une saucisse dans votre poche : 90 % des chiens vont lĂącher. Il restera toujours les 10 % de relous qui ne voudront pas lĂącher : dans ces cas-lĂ , vous lui laissez le jouet, et ensuite vous prendrez un jouet d’une valeur moins grande pour qu’il accepte le troc contre votre saucisse. AprĂšs, c’est du travail du quotidien, mais pas l’épreuve de force en permanence.

On voit encore beaucoup trop de gens jouer au tirage, ne pas obtenir le lĂącher, et finir par ouvrir la mĂąchoire du chien : ce n’est plus un jeu, ça devient personnel, ça devient “mon chien doit m’obĂ©ir et il ne m’obĂ©it pas”, alors qu’on est en train de jouer. Quand on joue, on joue, ce n’est pas grave, et s’il faut retravailler parce qu’il est un peu relou, on prendra des moments dĂ©diĂ©s pour retravailler.

Donc : on n’interdit rien, on ne s’empĂȘche rien, on raisonne. Pour tous ceux qui ne jouent plus, jouez ; pour tous ceux qui avaient rangĂ© la balle, sortez-la ; pour tous ceux qui ne voulaient pas faire de tirage, tirez. Reprenez le plaisir de faire les choses pour que votre chien reprenne aussi du plaisir Ă  vivre avec vous.