Les particularités des races

Les particularités des races

Pourquoi la race est le point de départ

Pour comprendre d’oĂč viennent vos ennuis avec votre chien, il faut commencer par sa race. C’est le socle : sans lui, le reste de la formation est beaucoup plus difficile Ă  interprĂ©ter.

Décisionnaire ou non décisionnaire

Premier constat Ă  poser. Certains chiens attendent un commandement de leur maĂźtre pour savoir quoi faire : le malinois par exemple n’agit pas de lui-mĂȘme, il n’est pas censĂ© prendre les dĂ©cisions Ă  la place de son maĂźtre. D’autres races travaillent seules, sans maĂźtre : le montagne des PyrĂ©nĂ©es, le kangal, ces grands protecteurs de troupeaux qu’on laisse seuls en altitude avec le troupeau, le berger absent, et c’est Ă  eux de prendre les initiatives.

Savoir dans quelle catĂ©gorie est votre chien vous dit ce qu’il attend de vous, ou pas.

Pour quoi ce chien a-t-il été créé

Tous les chiens ont Ă©tĂ© créés par l’humain. Un chien de garde, un protecteur de personne, quand il vous garde, peut-on vraiment lui en vouloir ? Peut-on le punir de faire ce pour quoi il a Ă©tĂ© créé ? Toute la difficultĂ© est de lui faire comprendre qu’il doit garder, mais sans garder, et seulement quand ça nous arrange. Il ne faut pas non plus aller trop contre nature, sinon on brise le comportement intellectuel du chien.

Attention aussi au choix de l’éleveur et de la lignĂ©e. Les lignĂ©es de travail (sport de mordant, usage militaire, police, pompiers) sont sĂ©lectionnĂ©es gĂ©nĂ©tiquement : on accouple deux chiens qui ont du jus, on garde Ă  la reproduction les petits qui en ont, on Ă©carte ceux qui sont moins dynamiques. C’est ainsi qu’on fixe ou qu’on retire des comportements. Les lignĂ©es de travail ne devraient ĂȘtre rĂ©servĂ©es qu’à ceux qui travaillent. Travailler, ce n’est pas l’assis, le couchĂ© ou la balade : ça peut ĂȘtre 10 heures par jour avec des niveaux d’attention Ă©normes. Un chien qui aurait besoin de 10 heures de travail et qui ne fait qu’une heure de balade, ça dĂ©gĂ©nĂšre.

Ce que ça change dans votre conduite

Avec un non dĂ©cisionnaire, vous dĂ©cidez pour lui. Vous ne le laissez pas partir Ă  l’abordage en espĂ©rant qu’il prendra la bonne dĂ©cision : vous l’avez en laisse, et si vous voulez quelque chose de lui, vous le lui demandez. Dans la rue : “couchĂ©, tu ne bouges pas”, puis “bonjour monsieur, comment ça va ?”. Vous lui avez dit ce que vous vouliez, la boucle est bouclĂ©e. Avec un kangal, ça ne se passerait pas de la mĂȘme façon : inutile d’espĂ©rer le couchĂ©-pas bouger, car mĂȘme s’il en est capable, il n’en comprendrait pas le sens intellectuel.

Deux dangers guettent le non dĂ©cisionnaire Ă  qui on ne dit jamais rien, car il finira bien par prendre ses options lui-mĂȘme :

  1. Il devient peureux : il ne veut pas prendre les décisions, il y va à moitié, il prend peur. On fabrique un peureux, et souvent un peureux agressif.
  2. Il dĂ©cide quand mĂȘme, prend souvent la mauvaise option, se rend compte qu’en cognant un peu fort ça marche, auto-renforce cette rĂ©ponse et se comportera tout le temps comme ça.

Quand un non dĂ©cisionnaire a dĂ©cidĂ© de tout pendant des annĂ©es, il faut ensuite revenir en arriĂšre pour lui faire comprendre qu’il n’a pas le droit d’agir ainsi, et c’est plus difficile.

Avec un dĂ©cisionnaire, l’approche s’inverse. Il est dans le jardin, quelqu’un passe, il aboie ou grogne : votre rĂ©action doit ĂȘtre “bravo, tu as fait exactement ce que je voulais”. C’est une aptitude naturelle qui se met en action, et on la valorise pour apprendre le oui. Une fois le oui installĂ©, on peut lui basculer un non, c’est-Ă -dire la limite entre les aptitudes qu’on accepte et celles qu’il n’a pas le droit de mettre en place dans le monde des humains.

Les chiens entre les deux

Il existe des moitiĂ©-moitiĂ©, ni vraiment dĂ©cisionnaires ni vraiment non dĂ©cisionnaires, et c’est de notre faute : on a travaillĂ© certaines aptitudes, changĂ© de chemin en route, puis dĂ©crĂ©tĂ© “chien de compagnie”. Le bouvier bernois est parti du cĂŽtĂ© “vis avec ta famille et ne te prends pas la tĂȘte” : beaucoup n’ont pas un niveau d’obĂ©issance extraordinaire mais se moquent de tout. Son cousin le rottweiler prend quelques dĂ©cisions de plus, a beaucoup plus travaillĂ©, a Ă©tĂ© choisi dans beaucoup de disciplines, et se retrouve avec un tempĂ©rament parfois plus compliquĂ©, un instinct de protection des personnes plus Ă©levĂ©, du caractĂšre chez les mĂąles avec les congĂ©nĂšres, et le goĂ»t de se faire voir. Deux intermĂ©diaires, deux problĂ©matiques diffĂ©rentes.

Imaginez que vous payez un agent de sĂ©curitĂ© et que le jour oĂč il fait partir quelqu’un, vous le rĂ©primandez : il est payĂ© pour ça. Un chien qui a l’impression de faire trĂšs naturellement son travail et qui se fait engueuler par celui qu’il protĂšge, c’est compliquĂ©.

Le jeu des schémas

Un schĂ©ma reste un schĂ©ma, ce n’est pas gravĂ© dans le marbre.

  • Chiens de chasse : aucun problĂšme de relation Ă  l’humain, parce qu’ils travaillent encore aujourd’hui en collaboration avec lui et qu’on ne leur a jamais demandĂ© de protĂ©ger les humains. Ils vivent en meute, en groupes sociaux, avec d’autres chiens et beaucoup d’humains. Vous aurez des problĂšmes de fugue, mais pas de rĂ©activitĂ© aux humains dans 99 % des cas.
  • Molosses : peu habituĂ©s Ă  vivre en meute de chiens, structure familiale restreinte, donc plus de mal Ă  percevoir l’effet de groupe. On leur a demandĂ© pendant des dizaines d’annĂ©es de repousser des animaux ou des humains, et de protĂ©ger des biens ou des personnes, ce pour quoi ils Ă©taient les plus performants. Ça a figĂ© un tempĂ©rament, attĂ©nuĂ© depuis grĂące au travail des Ă©leveurs, mais le point de dĂ©part n’est pas celui du chien de chasse.
  • Bergers : ils attendent beaucoup de leur maĂźtre, au sens de la prise de dĂ©cision de presque tout. Et beaucoup n’ont jamais vu la couleur d’un troupeau mais vont troupoter les humains et les chiens, parce que c’est instinctif. Lui interdire ce comportement, ce qui se comprend, crĂ©e un dĂ©ficit intellectuel qui l’entraĂźne vers des dĂ©bordements et vers de l’agressivitĂ©. Certaines races ont ensuite bifurquĂ© vers le chien d’intervention, de protection civile ou de dĂ©tection.
  • Groupe 8 et petits chiens de compagnie (carlin, cavalier King Charles) : créés pour tenir compagnie, jamais de souci de ce cĂŽtĂ©-lĂ .
  • Primitifs et nordiques : conçus pour vivre en grands groupes sociaux, mais avec une hiĂ©rarchie extrĂȘmement stricte, d’oĂč des problĂšmes de rĂ©activitĂ© gĂ©nĂ©rĂ©s chez certains malamutes, certains huskies, certains akitas.

Le cas de l’akita est parlant : la queue en panache au-dessus, la dĂ©marche chaloupĂ©e et lente, toutes ces postures corporelles invitent au combat alors que lui ne le veut pas du tout. Une fois qu’il s’est fait casser la figure trois ou quatre fois par des chiens croisĂ©s petit, il devient rĂ©actif. De lĂ  vient la lĂ©gende de l’akita qui tue les chiens, et cette lĂ©gende fait que les gens n’osent plus le dĂ©tacher Ă  deux ou trois mois. RĂ©sultat, il devient vraiment rĂ©actif par manque de socialisation, et non parce qu’il est nĂ© comme ça.

Ce qu’on a oubliĂ© en construisant des races de travail, c’est l’évolution de l’humanitĂ©. Il y a trente ans, on ne se demandait pas si on pouvait partir en balade avec son berger allemand au milieu de 40 chiens et 300 personnes. Aujourd’hui, ceux qui prennent un berger allemand, un rottweiler, un cane corso ou un staff veulent partir le matin et profiter de la vie avec lui.

Le cas des petits chiens

On les voit souvent hargneux, en train d’aboyer au bout de la laisse. Ils ne naissent pas comme ça, c’est la façon dont on les fait vivre :

  1. Comme il est tout petit, vous ne le laissez pas aller jouer avec les chiens de peur qu’il se fasse mal : vous le dĂ©socialisez.
  2. Historiquement, ses maĂźtres vivent en zone urbaine et le gardent en laisse. C’est le petit chien qui fait le tour du pĂątĂ© de maisons, toujours en laisse, toujours retenu, qui ne peut jamais s’exprimer de lui-mĂȘme.
  3. Il est petit, donc il a l’impression de devoir tout surexagĂ©rer sinon il se fait manger. Soit il est peureux et se met dans un coin, soit il fait semblant d’ĂȘtre un monstre. Et comme il y a la laisse, quand il part Ă  l’assaut son maĂźtre part avec lui, ce qui le fait paraĂźtre plus grand qu’il n’est.

N’oubliez pas non plus que parmi les petits chiens il y a des terriers : on en a fait des courageux, des chiens qui partent dans les terriers et vont vous soulever des blaireaux, jack russell, yorkshire, qui n’hĂ©sitent pas Ă  affronter des bĂȘtes plus grandes qu’eux. Prenez un petit courageux, dĂ©socialisez-le, tenez-le et chauffez-le en permanence, et vous obtenez un petit chien qui aboie tout le temps.

Il n’y a aucune fatalitĂ©, et rien de tout ceci n’est une critique. L’information aurait dĂ» vous parvenir avant que vous rĂ©cupĂ©riez ce chien : c’est le travail des Ă©leveurs, des vĂ©tĂ©rinaires, le travail pĂ©dagogique aujourd’hui oubliĂ© dans le monde du chien. Ensuite, il faut ramasser les pots cassĂ©s, les recoller, et faire en sorte que ça se passe bien.

Y a-t-il des races plus agressives que d’autres ?

SpontanĂ©ment, on pourrait dire oui : certaines races ont Ă©tĂ© créées pour le combat de chiens, d’autres pour apprendre Ă  lutter et Ă  ne jamais se soumettre, comme l’akita. On en dĂ©duirait qu’elles sont normalement censĂ©es ĂȘtre plus dangereuses ou plus agressives.

La rĂ©alitĂ© est autre. D’abord, c’est une Ă©poque rĂ©volue : il y a bien longtemps qu’on ne construit plus des chiens pour ceci ou pour cela. Ensuite, l’akita a Ă©tĂ© fait pour ne pas se soumettre, pour rĂ©sister. Ça ne veut pas dire qu’il est censĂ© ĂȘtre agressif ou dangereux. Quand on ne se soumet pas facilement, on a souvent tendance Ă  penser qu’on est hostile : ce n’est pas vrai, on peut tout Ă  fait ĂȘtre normal et simplement ne pas se soumettre.

Toutes les races sont Ă  peu prĂšs sur un pied d’égalitĂ© en termes d’agressivitĂ©. Elles le sont de façon contextuelle, selon ce qui se produit.

Ce qui est vrai en revanche : la puissance

Certaines races sont plus dangereuses que d’autres au sens de la puissance. La mĂąchoire, la morsure, la puissance d’un rottweiler sont supĂ©rieures Ă  celles d’un yorkshire. Physiquement. Ça ne veut pas dire qu’il est plus mĂ©chant, seulement qu’il est plus fort. Point.

Ce qui est vrai aussi : les besoins

Selon les races, certains chiens ont plus de besoins pour s’épanouir, et si ces besoins ne sont pas assouvis, on dĂ©rive vers des troubles de comportement divers et variĂ©s.

Le malinois a de grands besoins de dĂ©veloppement intellectuel et physique. Si vous les lui permettez, il sera le compagnon idĂ©al toute votre vie. Si en revanche il ne voit pas de chiens quand il est petit, il dĂ©veloppera des troubles de comportement, pourra se montrer hostile avec les autres chiens ou ne pas savoir comment fonctionner. Et comme il est trĂšs nerveux, s’il a en plus un dĂ©ficit d’exercice physique, il part Ă  200 Ă  l’heure sur le chien d’en face, n’observe plus rien, le chien en face n’est pas content, et l’engrenage dĂ©marre.

L’akita, lui, n’a rien demandĂ© avec sa queue en panache. Mais s’il est habituĂ© trĂšs tĂŽt Ă  voir d’autres chiens, Ă  discuter et communiquer avec eux, il apprend leurs erreurs de communication et leurs mauvaises interprĂ©tations, et les autres apprennent qui il est rĂ©ellement. Il trouve alors des stratagĂšmes pour que les chiens d’en face ne le perçoivent plus comme ils pourraient le percevoir. C’est ainsi qu’on obtient un akita sans aucun problĂšme : stable, qui a vu beaucoup de chiens, et qui adulte compense les erreurs d’apprĂ©ciation des autres en les snobant, avec ce cĂŽtĂ© un peu majestueux, un peu “je ne te calcule pas”. C’est exactement ce qu’on veut.

Ce qu’il faut en retenir

Non, il n’y a pas de race plus agressive qu’une autre. Oui, il y a des races qui ont des besoins diffĂ©rents. Oui, il y a des races plus fortes que d’autres. Et oui, il faut essayer d’anticiper, de bien s’y prendre et d’ĂȘtre intelligent quel que soit le chien, avec ses points forts et ses points faibles.

Les petits chiens auront forcĂ©ment plus peur de la vie que les grands : quand un petit chien voit arriver des chiens, il a toujours l’impression que ce sont des dinosaures, et c’est pareil quand il nous voit dĂ©barquer. Il faut donc lui expliquer qu’il n’a pas de raison de percevoir le monde comme ça, notamment en arrĂȘtant de le porter, de le tenir et de le rattacher. On obtient alors un petit chien qui n’aboie plus en laisse, parce qu’il ne se soucie plus du reste.

Le grand chien, lui, se prend pour un yorkshire jusqu’à son adolescence, voire un peu aprĂšs. Il faut lui laisser le temps d’évoluer, de grandir, d’observer le monde. Ne faisons pas mĂ»rir nos chiens trop vite et ne les prenons pas pour des adultes sous prĂ©texte qu’ils font 30 kilos : dans sa tĂȘte, il est encore tout petit. On avance pas Ă  pas, c’est comme ça qu’on a des chiens stables.