Où travailler

Où travailler

Où travailler, et où ne pas travailler

Pas en zone close

Pour moi, on ne peut pas travailler un réactif congénère en club canin, ni en jardin. Un club canin, c’est un grand jardin, aménagé avec plein de trucs sympas, mais ça reste un endroit fermé.

Quand c’est fermé, on n’a pas assez d’espace pour se mouvoir, on ne peut pas se mettre en mouvement correctement. Le chien se rend compte qu’il est sur un territoire donné. Il peut paniquer parce que, même si l’espace est grand (sauf si vous avez 10 hectares, là on peut discuter), il sait qu’il n’a pas moyen d’aller au-delà de la limite qu’est le grillage ou le mur. Vous ne le mettez pas dans les bonnes dispositions intellectuelles.

Le conditionnement du terrain

Travailler dans la vie réelle, c’est le parc, la forêt, la rue. La rue aussi, c’est le vrai monde, celui où il n’y a pas quatre personnes en train de regarder votre chien sur un terrain en attendant de voir ce qui va se passer. Sur un terrain, c’est très codifié, très aseptisé, ce n’est pas la vraie vie : ça altère les réactions de votre chien, et ça ne servira strictement à rien une fois dans la rue.

Les petits parcs canins

Les parcs canins font de 20 mètres carrés à 20 hectares, donc le mot est un peu fourre-tout. Ce qui me dérange dans le cadre d’une rééducation (je ne parle même pas d’éducation), ce sont ceux qui font 20 mètres carrés, où vous arrivez dans un espace avec 20 ou 30 chiens sur 10 mètres. C’est un carnage dans tous les sens. On l’évite pour travailler, au départ.

Le club vous fait retomber dans l’obéissance

Comme c’est clos et qu’il y a une distance, vous ne pouvez pas partir vous balader comme en forêt. Et vous allez extrêmement souvent rebasculer sur de l’obéissance. Les chiens réactifs ne sont quasiment jamais détachés en club canin : collier, laisse, marche en laisse, “reste”, et sinon le chien il meurt. Et on enchaîne les passages pendant une demi-heure, trois quarts d’heure, une heure, jusqu’à s’en rendre fou.

Ça n’a pour seul but que d’asseoir l’autorité du maître : je te demande quelque chose, tu le fais, tu fermes ta gueule. Vous ne voulez pas lui réapprendre à discuter, puisque vous ne lui donnez aucun contact. Vous ne voulez pas lui réapprendre à comprendre son espèce, puisque vous ne le laissez pas observer, vu que vous lui parlez et que vous lui exigez des positions tout le temps.

Je pense que c’est une erreur, en tout cas pendant mes 50 ou 60 premiers pourcents de travail. Quand vous en serez au moment où on fait le reste, où vous aurez fait tout le travail en extérieur, alors pourquoi pas aller au club, justement pour travailler avec plein d’autres chiens et mettre à profit ce que vous faites dehors. Ça peut se combiner, mais ça ne peut pas être un commencement.

Le piège du “mettez-vous à l’extérieur du terrain”

Attention à tous ceux qui vont vous dire de vous mettre à l’extérieur du terrain pour qu’il puisse observer les chiens : c’est une bêtise sans nom. Vous avez l’effet grillage, le syndrome du grillage, qui ne va faire qu’accroître l’anxiété, l’énervement, la haine, la rage. Sans compter que ça altère ses réactions, parce qu’il se dit qu’avec un grillage, il peut faire le kéké autant qu’il veut, personne ne peut lui faire de mal.

Dehors, mais pas n’importe comment

La vraie vie est dehors, donc il va falloir travailler dehors. Mais ça peut arriver de commencer dans son salon. Je sème une petite graine dans la tête de mon chien, celle du “reste” par exemple. Pour qu’il la comprenne, j’ai besoin que son état émotionnel soit parfait, donc j’aseptise complètement l’environnement : pas de chien, pas d’humain, rien. Le salon. C’est ce que vous trouverez dans la formation dédiée à la vie de famille. Il n’y a que moi, mon chien et mes gâteaux : il se concentre, et il amorce la compréhension du mot “reste”.

Petit à petit, l’objectif est d’aller de plus en plus vers la vraie vie, de travailler dehors, pour donner un sens aux mots. En milieu fermé, les mots que vous donnez n’ont pas de sens, si ce n’est : je suis le chef, tu fermes ta gueule et tu obéis.

Le sens de ce que vous faites

Tout ce que vous faites doit avoir un but intellectuel et pédagogique pour le chien. Je te demande de rester parce que dans cette situation-là je ne peux pas te laisser y aller ; mais dans une autre situation, je peux te laisser y aller. Je ne veux pas que tu me perçoives comme une espèce de grand maître absolu de toute ta vie : je veux que tu me voies comme quelqu’un qui a les bonnes réponses à t’apporter dans le milieu dans lequel tu vis, à savoir le mien, celui des humains.

Ça ne veut pas dire qu’il faut être un bisounours. Ça veut dire que d’un côté je veux lui faire comprendre comment fonctionne la vie, et que de l’autre je veux simplement que mon chien pense que je suis ultra fort. Sauf que l’ultra fort peut vite devenir ultra nul, sans bonne réponse, avec une épreuve de force constante où le chien crie, je crie, le chien crie, je crie, et on ne s’en sort jamais.

Si vous arrivez à comprendre cette philosophie de fonctionnement, alors vous allez régler tous les problèmes de vos chiens.