On sort ici du cadre du comportement, mais il faut y passer : câest une question qui reviendra systĂ©matiquement chez les gens chez qui vous interviendrez. Le sujet est un champ de bataille ; lâobjectif est de vous donner des repĂšres techniques clairs, et une position qui tient debout.
Le chien a-t-il du goût ?
Oui. Le chien a du goût, il a des préférences, il peut donc choisir.
ConsĂ©quence pratique : devant un chien qui boude ses croquettes, il nâest pas interdit de changer de croquette en premiĂšre intention. Mais on ne le fait quâune fois : si cela ne rĂšgle rien, le problĂšme ne vient pas du goĂ»t.
Trois rĂšgles pour juger une croquette
Il nâexiste pas de âmeilleure croquetteâ : cela dĂ©pend du chien, de sa capacitĂ© dâassimilation, et du procĂ©dĂ© de fabrication lui-mĂȘme. En revanche, il existe un moyen de ne pas donner nâimporte quoi.
1. Le ratio protĂ©ines animales / vĂ©gĂ©tales doit figurer sur le paquet et atteindre au moins 85 % de protĂ©ines animales. Sâil est infĂ©rieur, ou sâil nâapparaĂźt pas, on ne choisit pas.
Ne confondez pas avec le taux global de protĂ©ines : vous ne trouverez jamais un paquet affichant 85 % de protĂ©ines. Vous lirez plutĂŽt 38 % de protĂ©ines, et câest dans ces 38 % quâil faut 85 % dâorigine animale.
Et sachez pourquoi, car la question Ă se poser devant chaque information est toujours celle-lĂ . Une protĂ©ine est une chaĂźne dâacides aminĂ©s. Sur la protĂ©ine animale, cette chaĂźne est complĂšte ; sur la protĂ©ine vĂ©gĂ©tale, elle est incomplĂšte. Un chien insuffisamment pourvu en protĂ©ines animales peut donc se retrouver carencĂ© musculairement. Si les fabricants utilisent du vĂ©gĂ©tal, câest simplement que cela coĂ»te moins cher.
2. Le taux de glucides doit figurer sur le paquet et rester infĂ©rieur Ă 30 %. Il nâest pas obligatoire lĂ©galement, dâoĂč le calcul : partez de 100, retirez le taux de protĂ©ines, le taux dâhumiditĂ© (comptez 10 % si vous ne le connaissez pas), la matiĂšre grasse, la matiĂšre minĂ©rale et la cellulose. Ce qui reste est le taux de glucides.
3. Le taux dâamidon doit ĂȘtre infĂ©rieur Ă 25 %, et sâil nâest pas affichĂ©, nâhĂ©sitez pas Ă contacter le fabricant.
Câest en rĂ©alitĂ© le chiffre qui compte, le taux de glucides nâĂ©tant quâun indicateur. Lâamidon est le liant de la croquette, sa colle : sans amidon, pas de croquette. Or câest prĂ©cisĂ©ment ce que le chien digĂšre mal. On considĂšre quâil sâen sort jusquâĂ une vingtaine de pour cent ; au-delĂ , câest gĂȘnant. Un taux rĂ©el autour de 17 Ă 20 % est nettement prĂ©fĂ©rable.
Une croquette qui satisfait ces trois rÚgles est de bonne qualité nutritionnelle.
Lâarnaque du âsans cĂ©rĂ©alesâ
Câest la plus belle du marchĂ©, et elle se dĂ©monte avec ce qui prĂ©cĂšde.
Ce qui nous intĂ©resse est le taux dâamidon. Or une croquette sans cĂ©rĂ©ales contient toujours de lâamidon, sans quoi elle nâexisterait pas : les fabricants lâextraient alors de la pomme de terre ou de la patate douce. On nâa donc rien changĂ© au problĂšme rĂ©el.
Quant aux cĂ©rĂ©ales elles-mĂȘmes, le chien peut parfaitement les manger : elles ne se suffisent pas Ă elles-mĂȘmes, mais elles ne lui posent aucun souci. Le mot a Ă©tĂ© ciblĂ© dans lâimaginaire collectif, notamment aprĂšs des affaires de mycotoxines, et les fabricants sâen sont emparĂ©s comme argument.
Nuance Ă garder : ce nâest pas parce quâune croquette est Ă©tiquetĂ©e sans cĂ©rĂ©ales quâelle est mauvaise. Si elle rĂ©pond aux trois rĂšgles, aucun problĂšme. Et plus il y a de protĂ©ines animales, moins il y a de cĂ©rĂ©ales et de protĂ©ines vĂ©gĂ©tales, ce qui est plutĂŽt bon signe. Simplement, âsans cĂ©rĂ©alesâ ne veut pas dire âmeilleur pour le chienâ.
Lâalimentation crue
Le rĂ©gime le plus connu est le BARF, lâun des rĂ©gimes crus parmi dâautres.
Est-ce cohĂ©rent pour le chien ? Oui, sans rĂ©serve. Est-ce meilleur que des croquettes ? Globalement oui, Ă deux conditions : quâon soit honnĂȘte, et quâon ne fasse pas nâimporte quoi.
LâhonnĂȘtetĂ© dâabord. On vous prĂ©sente ces rĂ©gimes comme ce qui se rapprocherait le plus de la façon dont le chien se nourrirait dans la nature. Or dĂšs quâon ajoute des complĂ©ments alimentaires, câest bien que la ration proposĂ©e est incomplĂšte, sinon ces complĂ©ments nâexisteraient pas. Et quand ces complĂ©ments sont des poudres dâalgues ou de moules de Nouvelle-ZĂ©lande, rappelons quâaucun chien ne part en canoĂ« rĂ©cupĂ©rer des moules.
Il existe dâautres rĂ©gimes crus qui, eux, ne nĂ©cessitent pas de complĂ©ment. Ceux-lĂ sont intĂ©ressants, Ă condition dây mettre des matiĂšres premiĂšres de qualitĂ©. Et lĂ , la rĂšgle est prĂ©cise : la viande doit ĂȘtre propre Ă la consommation humaine du dĂ©but Ă la fin de la chaĂźne. Pas propre Ă la consommation humaine Ă la sortie de lâabattoir, avec un coup de tampon, puis une chaĂźne du froid non respectĂ©e jusquâau carton livrĂ© chez vous. Boucher ou supermarchĂ©, peu importe, mais la chaĂźne complĂšte doit tenir.
Câest un coĂ»t, ne nous mentons pas : soit on commande de la mauvaise marchandise et cela ne coĂ»te pas plus cher que des croquettes, soit on fait les choses correctement et le prix monte un peu.
Sur lâargument des bactĂ©ries et des salmonelles brandi par les anti-cru : câest parfois vrai, mais la capacitĂ© du chien Ă ingĂ©rer et traiter des bactĂ©ries est trĂšs supĂ©rieure Ă la nĂŽtre, et cela ne lui fait aucun mal. Ce nâest donc pas un bon argument.
Un point de prudence en revanche : un chien adulte nourri aux croquettes depuis toujours quâon ferait passer au cru du jour au lendemain, ou mĂȘme sur une transition dâune ou deux semaines, risque dâĂȘtre perturbĂ©. Son estomac nây est plus habituĂ©. Et nâoublions pas que des milliers dâannĂ©es de domestication ont fait Ă©voluer lâappareil digestif : ce quâil savait faire il y a 15 000 ans, il ne le fait plus au mĂȘme niveau.
Enfin, quand un client décide de passer au cru, faites-le travailler avec son vétérinaire : un rendez-vous pour le rationnement et la méthode. Le travail main dans la main avec le vétérinaire fait partie du métier.
La pùtée
En qualitĂ©, on est le plus souvent sur du bas de gamme, fabriquĂ© avec les dĂ©chets de lâindustrie.
Elle est surtout rĂ©pandue chez les petits chiens et les chats : il nâexiste pas de grand format, pour la raison simple quâil en faudrait deux ou trois kilos par jour pour un grand chien. Sur un grand chien, câest donc non ; sur un petit chien, il faut aller regarder le dĂ©tail.
Attention aux calculs : le taux dâhumiditĂ©, dâenviron 10 % sur une croquette, est bien plus Ă©levĂ© sur de la pĂątĂ©e, et il est quasiment impossible dâen dĂ©terminer le taux de glucides.
Profitons-en pour dĂ©monter une autre arnaque : les croquettes dont la forme assurerait un dĂ©tartrage ou un nettoyage des dents. Câest faux. Un chien gobe 90 % de ce quâil avale et mĂąche trĂšs peu. Ce nâest donc pas ce qui lui lave les dents, et un chien nourri Ă la pĂątĂ©e ne fera pas plus de tartre quâun autre, Ă condition de pouvoir mĂąchouiller quelque chose de temps en temps.
Les os Ă mĂącher et les friandises
Les os Ă mĂącher du commerce sont la plupart du temps fabriquĂ©s avec des dĂ©chets de lâindustrie du cuir : câest Ă peu prĂšs ce qui existe de pire sur le plan nutritionnel. Mieux vaut demander un gros os Ă son boucher, qui le donnera souvent, ou en prendre un au supermarchĂ©.
Les bois de cerf sont une bonne alternative naturelle. PrĂ©cision utile : on ne coupe pas les bois du cerf, ils tombent et se renouvellent, on les ramasse au sol. Câest lâune des solutions les plus naturelles pour assouvir le besoin de mastication. Une rĂ©serve toutefois : certains chiens adultes nâont quâun objectif, dĂ©truire, et sont capables de se briser les dents dessus. On surveille systĂ©matiquement, et on ne laisse jamais ce type dâobjet Ă disposition sans surveillance.
Les friandises du commerce sont nutritionnellement les plus mauvaises, mais ne vous en Ă©mouvez pas et expliquez-le aux gens : ce sont des friandises, elles ne sont pas lĂ pour nourrir mais pour rĂ©compenser. Tant quâon nâen donne pas des quantitĂ©s dĂ©raisonnables, il nây a pas de problĂšme. Les versions naturelles, viande ou poisson sĂ©chĂ©s, conviennent parfaitement.
Leur intĂ©rĂȘt rĂ©el est ailleurs : les exercices Ă la friandise sont faciles Ă reproduire pour un maĂźtre, ils ne demandent pas de technique, et ils facilitent la communication. Ce nâest pas le seul moyen de rĂ©compenser, et vous chercherez au fil du travail Ă faire disparaĂźtre la friandise, et plus largement la rĂ©compense systĂ©matique, pour obtenir une obĂ©issance qui ne repose pas sur âtu fais, je te donneâ.
La position Ă tenir devant un client
Le message de fond tient en un mot : ouverture dâesprit.
Aucune Ă©tude, aucune, ne permet dâaffirmer quâon vit moins longtemps aux croquettes ou plus longtemps au cru. Il nâexiste pas non plus de relation de cause Ă effet Ă©tablie entre un mode alimentaire et une maladie. On peut soupçonner, on peut rĂ©flĂ©chir, mais aujourdâhui, techniquement, personne ne sait.
Gardez Ă lâesprit que les chiens ont longtemps mangĂ© les restes de table, ce qui nâavait rien de cohĂ©rent, et vivaient jusquâĂ un Ăąge avancĂ©. Que des croquettes de trĂšs basse qualitĂ© nutritionnelle ont accompagnĂ© et accompagnent encore des chiens jusquâĂ 15, 18 ou 20 ans. Et quâon voit aussi des chiens nourris Ă lâentrecĂŽte du boucher et aux fruits bio dĂ©velopper un cancer Ă deux ans.
Alors soyez pragmatique. Un client vous dit quâil travaille et nâa pas le temps : croquettes de qualitĂ©, et vous savez maintenant comment les choisir. Un client vous dit quâil a le temps ou quâil peut prĂ©parer Ă lâavance : oui, sous telles et telles conditions, et avec son vĂ©tĂ©rinaire.
Nâimposez jamais votre volontĂ© Ă un client. Expliquez, comprenez sa situation et ses prĂ©fĂ©rences. Le sentiment personnel peut ĂȘtre quâaller chez le boucher vaut mieux ; cela ne veut pas dire que câest obligatoire, ni que donner des croquettes revient Ă torturer son chien. Quel que soit votre camp, ne soyez jamais sectaire.