Cas pratiques

Cas pratiques

Ce module met en situation tout le chapitre communication : une dizaine de comportements quotidiens, et pour chacun l’éventail complet des causes possibles. Le fil conducteur est toujours le mĂȘme, et il est rĂ©pĂ©tĂ© Ă  la fin : pour un mĂȘme comportement, vous pouvez avoir des causes opposĂ©es. Sans lecture d’ensemble, vous poserez le mauvais diagnostic.

Le chien qui bĂąille

Plusieurs causes possibles. Le mimĂ©tisme : il vous a vu bĂąiller, ou il a vu d’autres chiens le faire, et il ne sait mĂȘme pas pourquoi il le fait. C’est le cas le plus rare. La fatigue : le mĂ©canisme est le nĂŽtre, le bĂąillement envoie de l’oxygĂšne au cerveau et permet de repartir. Et le signal d’apaisement, qui rejoint en rĂ©alitĂ© l’évacuation d’un stress, d’une frustration, d’une incomprĂ©hension ou d’une anxiĂ©tĂ©.

L’application est directe en sĂ©ance. Quand ça devient trop compliquĂ© ou que le travail dure trop longtemps, le chien bĂąille. C’est le signal qu’il faut sortir vainqueur rapidement : on conclut sur une rĂ©ussite, on dĂ©tend, on l’envoie s’amuser cinq minutes, et on revient seulement s’il est apte Ă  revenir.

Notez enfin qu’un chien peureux bĂąille excessivement souvent, parce que tout le gĂȘne et que tout est anxiogĂšne.

Le chien qui gratte le sol aprÚs avoir éliminé

Trois motifs. DĂ©poser des phĂ©romones sur son territoire, marquer son passage. DĂ©poser des phĂ©romones pour se rassurer, pour Ă©vacuer du stress. Ou le mimĂ©tisme pur : il a vu d’autres chiens le faire et il reproduit, sans savoir pourquoi. Le plus souvent, le maĂźtre trouve ça amusant, ce qui valide le comportement au passage. Il n’y a lĂ  rien d’anormal, il faut simplement le savoir.

Le chien qui se roule dans les excréments ou les cadavres

Les raisons sont multiples et parfois contradictoires selon le contexte.

Il peut chercher Ă  se dĂ©barrasser d’une odeur de propre aprĂšs un lavage. Il peut se rouler dans les excrĂ©ments d’un animal qui l’impressionne, soit par une forme d’allĂ©geance, soit au contraire pour dissuader les prĂ©dateurs, en misant sur la seule communication olfactive : les grosses bĂȘtes sentiront cette odeur-lĂ  et ne viendront pas. Il peut enfin s’agir d’une stratĂ©gie de chasse, le camouflage olfactif permettant de s’approcher du gibier.

Et il y a le cas le plus agaçant : le chien qui adore ça, simplement. Deux options alors : l’accepter, ou installer un marqueur nĂ©gatif d’une valeur supĂ©rieure au plaisir qu’il en tire. Ce qui suppose d’ĂȘtre assez vif pour l’anticiper.

Le chien qui monte ses congénÚres

C’est l’exemple le plus riche en causes. Il peut chercher Ă  se reproduire, y compris face Ă  une femelle stĂ©rilisĂ©e : une stĂ©rilisation faite au mauvais moment laisse persister des odeurs qui induisent tous les mĂąles en erreur. SymĂ©triquement, un mĂąle castrĂ© peut ĂȘtre perçu comme une femelle par les autres mĂąles, qui ne parviennent plus Ă  le situer, et se faire chevaucher.

Il peut vouloir attirer l’attention de son maĂźtre, ce qui arrive trĂšs souvent : Ă  chaque tentative il dĂ©clenche un “non”, un “descends”, donc une interaction.

Il peut ĂȘtre frustrĂ© : il veut jouer, il dĂ©borde, mais il ne sait pas comment s’y prendre, faute d’avoir vu assez de chiens ou d’en voir encore. Trop nerveux et trop excitĂ©, il fait n’importe quoi.

Il peut affirmer son statut sur un chien trÚs affirmé, ou simplement évacuer de la pression.

Il existe enfin un cas plus rare : le chien qui monte un congĂ©nĂšre, ou un humain en particulier, parce qu’il ne sait pas comment lui tĂ©moigner son attachement. S’il le fait avec un ou deux individus et qu’il n’a par ailleurs aucun problĂšme de positionnement, cette lecture tient. S’il le fait avec tout le monde, c’est un problĂšme.

Reste le mimétisme, sur des chiens instables observés trop souvent, et les causes hormonales déjà évoquées.

Le chien qui se couche ou s’assoit sur les pieds de son maütre

Regardez bien : le mĂȘme geste couvre deux comportements exactement opposĂ©s. D’un cĂŽtĂ©, un chien qui marque son autoritĂ© auprĂšs de son maĂźtre. De l’autre, un chien qui se sent rassurĂ© prĂšs de lui et qui cherche le contact.

Il peut aussi montrer aux autres que ce maĂźtre est le sien, et dans ce cas gare au chien qui s’approche. L’hypothĂšse du rĂ©chauffement est en revanche trĂšs rare.

C’est pourquoi la consigne toute faite “un chien ne doit jamais s’asseoir sur les pieds de son maĂźtre” est une grosse bĂȘtise : certains chiens ont besoin de ce contact et se laissent guider par lui. Repousser systĂ©matiquement un chien qui vient lĂ  est une erreur.

Le chien qui lĂšche

Plusieurs causes, dont une majeure. Pour se dĂ©tendre : l’action de lĂ©cher libĂšre des endorphines. Quand un client dit “mon chien me lĂšche de façon frĂ©nĂ©tique, ça me saoule”, la question Ă  poser est celle de la dĂ©pense, physique et mentale. Le plus souvent, il ne sort pas assez ou se contente du tour du pĂątĂ© de maisons. RĂ©glez la dĂ©pense et le lĂ©chage s’arrĂȘte.

Parce que le maĂźtre l’a encouragĂ©, ce qui prolonge le point prĂ©cĂ©dent : le chien s’ennuie, il lĂšche, le maĂźtre excĂ©dĂ© le repousse avec les mains, et pour un chien les mains qui s’agitent deviennent des pattes, donc un appel au jeu. Comportement validĂ©, tout est gagnĂ©.

Pour quĂ©mander de la nourriture : c’est un comportement naturel, celui du chiot qui lĂ©chait les babines de sa mĂšre, ce qui explique le chien qui lĂšche votre bouche.

Pour le goĂ»t : la sueur est salĂ©e, d’oĂč le lĂ©chage insistant au retour d’une sĂ©ance de sport. Les larmes ont aussi trĂšs bon goĂ»t pour lui, ce qui ne dit rien de sa capacitĂ© Ă  ressentir votre tristesse, mais invite Ă  ne pas surinterprĂ©ter.

Le chien qui tourne avant de se coucher

L’explication la plus frĂ©quente est qu’il vĂ©rifie qu’il n’y a pas de bĂȘte dans le couchage : un tour, deux tours, trois tours, et il s’installe quand il est sĂ»r. S’y ajoutent l’aplanissement de l’herbe et le dĂ©pĂŽt d’odeurs, qu’il fait de toute façon en marchant dessus.

Le chien qui enterre jouets et friandises

D’abord un comportement normal : il met de cĂŽtĂ© pour plus tard. Mais on a aussi observĂ© mieux : le chien qui enterre, puis part sur de fausses pistes pour Ă©garer un Ă©ventuel voleur. Et l’enfouissement sert Ă©videmment Ă  masquer les odeurs.

Ce comportement s’exploite : c’est l’instinct utilisĂ© pour le cavage, la recherche de truffes, oĂč l’on entretient le grattage en faisant trouver au chien quelque chose d’agrĂ©able Ă  l’endroit voulu.

La queue qui remue

À ne surtout pas lire comme un signe de joie exclusivement. C’est la traduction d’un Ă©tat Ă©motionnel, quel qu’il soit : joie, stress, anxiĂ©tĂ© ou colĂšre.

Le chien qui simule l’acte sexuel sur la jambe de son maütre

Une cause médicale possible, un dérÚglement hormonal, mais les causes comportementales dominent : un problÚme de positionnement dans le foyer, ou au contraire une difficulté à gérer ses émotions et son attachement pour son maßtre.

LĂ  encore, le grand Ă©cart est total entre les deux lectures. Une fois la situation et l’environnement correctement analysĂ©s, la rĂ©ponse est Ă©vidente ; sans cette analyse, elle a une chance sur deux d’ĂȘtre Ă  l’opposĂ© de ce qu’il faut.

Le maĂźtre mot : association

Pour un mĂȘme comportement, vous pouvez avoir les opposĂ©s. Si vous foncez tĂȘte baissĂ©e ou si votre lecture n’est pas assez prĂ©cise, vous poserez le mauvais diagnostic, comme tous ceux qui se trompent Ă  chaque fois. Vous tromper pour vous-mĂȘme est sans gravitĂ© ; planter les gens et les chiens l’est beaucoup moins.

On prend donc le recul nĂ©cessaire, on observe l’ensemble, et on affine ensuite selon ses connaissances.