La partie la plus concrĂšte de la formation : le premier rendez-vous client, puis une sĂ©rie de cas rĂ©els dĂ©roulĂ©s du diagnostic au plan de travail. Ces exemples sont construits volontairement Ă partir de morceaux venus de tous les chapitres prĂ©cĂ©dents, pour montrer une chose : il nâexiste aucun mode dâemploi, et câest la comprĂ©hension dâensemble qui permet de trouver la solution.
Le premier rendez-vous
Bloc 1 : ce que vous voyez en arrivant
Cette premiĂšre analyse ne se dit pas, elle se garde en tĂȘte.
OĂč est le chien quand vous sonnez ? Comment se passe votre arrivĂ©e : le maĂźtre contrĂŽle-t-il son chien ? Lâattrape-t-il au collier, lâattache-t-il, lâenferme-t-il, le laisse-t-il faire nâimporte quoi ? Et vous, dans tout ça, que se passe-t-il ?
Ăcoutez aussi comment il parle : celui qui rĂ©pĂšte quinze fois âpas bougerâ avant de finir par attraper son chien vous a dĂ©jĂ dit lâessentiel. Sur un chien joyeux avec des problĂšmes dâobĂ©issance, vous savez avant mĂȘme dâavoir parlĂ© que le sujet est peut-ĂȘtre seulement la prĂ©cision : quand tu parles, tu dois pouvoir assumer ce que tu dis.
Autre exemple : le client attrape son chien au collier, le chien est un peu haut en intensitĂ©, et pendant lâentretien il vous dit le trouver de plus en plus tendu Ă la maison alors que dehors ça va. Vous avez vu la scĂšne : il le charge dâĂ©motions et le met sur les starting-blocks. En retirant ces petites choses, vous rĂ©cupĂ©rerez trĂšs vite la situation.
Notez enfin la posture, les dĂ©placements et lâattitude : il vous saute dessus, il arrive timide, il a une piloĂ©rection, la queue rentrĂ©e ou bien droite, il se fige, il va chercher un jouet pour vous appeler au jeu, il aboie parce que vous dites bonjour Ă son maĂźtre, ou il vous voit et va se coucher sans plus sâoccuper de vous.
Bloc 2 : les questions
Avertissement prĂ©alable, et câest la premiĂšre erreur due au stress : on enchaĂźne les questions apprises par cĆur et on nâĂ©coute plus les rĂ©ponses. Or ce sont les rĂ©ponses qui nous intĂ©ressent.
La liste nâest pas exhaustive et sâadapte : sur un chiot, la propretĂ© ressort ; sur un chien de quatre ans, on ne sây attarde pas.
Ă quel Ăąge lâavez-vous eu, dâoĂč vient-il, quel Ăąge a-t-il ? Trois questions essentielles. AdoptĂ© Ă un ou deux ans, il y a un passif inconnu Ă creuser. RĂ©cupĂ©rĂ© Ă deux mois en animalerie et pas propre Ă neuf mois ? Vous savez dĂ©jĂ pourquoi : il a vĂ©cu sous plexiglas et a Ă©tĂ© habituĂ© Ă faire lĂ oĂč il dort.
Est-ce votre premier chien ? Sans aucune discrimination : il sâagit de savoir si vous avez affaire Ă quelquâun qui a des acquis, Ă©ventuellement mauvais, ou Ă quelquâun de vierge, plus mallĂ©able mais en dĂ©ficit de connaissances. Demandez ce quâil a lu et ce quâon lui a expliquĂ© avant.
Composition du foyer et qui sâen occupe. Y a-t-il des enfants, de quel Ăąge ? Qui joue, qui nourrit, qui sort, qui emmĂšne chez le vĂ©tĂ©rinaire ? Beaucoup vous diront âil nâĂ©coute pas mon mariâ, et vous dĂ©couvrirez ensuite quâun seul des deux fait tout.
Combien de temps sort-il ? Et allez jusquâau bout, parce que le piĂšge est rĂ©el. âCinq fois par jour, quatre heures dehorsâ peut signifier quatre heures dans le jardin. La bonne formulation : combien de fois et combien de temps par jour votre chien sort-il en dehors de chez vous, jardin compris ? Et : attachĂ© ou dĂ©tachĂ© ? Une heure de marche en laisse autour du quartier nâa pas la mĂȘme valeur quâune demi-heure dĂ©tachĂ©e.
Fait-il une activitĂ© physique ou mentale particuliĂšre ? Si non, ce nâest pas grave en soi. Si oui, attention Ă un piĂšge : la sur-obĂ©issance. Un chien conditionnĂ© Ă lâextrĂȘme, en surchauffe dĂšs quâil travaille, avec une omniprĂ©sence du maĂźtre, nâest pas un chien qui respecte son maĂźtre. Et lâinformation sert aussi positivement : âje fais du canicross avec mon huskyâ est bon signe, puisquâon rĂ©pond Ă un patron moteur ; et si la marche en laisse est un calvaire, la question suivante devient utilisez-vous la mĂȘme laisse et le mĂȘme harnais pour les deux ?
à qui obéit-il le plus ? Utile aussi parce que beaucoup confondent obéissance et amour, et se dégoûtent en croyant que leur chien ne les aime pas.
Entente congĂ©nĂšre et humaine. Vous vĂ©rifierez vous-mĂȘme, mais fragmentez : joue-t-il avec des chiens, dĂ©tachĂ©s ou non, ou ne les voit-il que dâun trottoir Ă lâautre ? Avec les humains, en laisse, sans laisse, chez lui quand on vient ?
Est-il propre ? DĂ©truit-il ? Et si oui, quoi ? Sâil dĂ©truit nâimporte quoi, on regarde vers la gestion des Ă©motions, la solitude, lâactivitĂ©, ou un simple non-apprentissage. Sâil dĂ©truit uniquement les affaires du maĂźtre, on regarde vers lâhyperattachement. Posez ces questions mĂȘme sur un adulte.
Combien de temps reste-t-il seul ? Un chien qui reste douze ou quinze heures seul change complĂštement le plan de travail : il faudra ĂȘtre imaginatif le matin, le soir et le week-end.
Que mange-t-il et combien de fois par jour ? Cela dit si lâalimentation est rĂ©gulĂ©e, et cela conditionne vos sĂ©ances : prĂ©venez de ne pas le nourrir avant votre venue, non pas pour le gaver de friandises, mais parce quâun chien qui a mangĂ© peut mourir dâun retournement dâestomac. La question ouvre ensuite sur le lieu du repas, sur la possibilitĂ© de passer Ă cĂŽtĂ©, sur les quantitĂ©s : un chien qui a toujours faim mange peut-ĂȘtre trop peu, un chien âmalpropreâ fait peut-ĂȘtre ses besoins dix fois par jour parce quâil mange trop.
Collier ou harnais ? Sans se fĂącher. Mais âil est rĂ©actif en laisseâ plus âharnais avec prise sur le devantâ vous donne immĂ©diatement une piste : chaque Ă -coup revient Ă appuyer sur son poitrail, et il ne reste plus quâĂ relĂącher pour quâil parte.
OĂč en est son Ă©ducation, ordres de base et interdits ?
Bloc 3 : vérifier, en observant
Ne vous contentez jamais des déclarations.
âIl connaĂźt le couchĂ©â : levez-vous et demandez quâon vous montre, exactement comme dâhabitude. Vous verrez tout : celui qui rĂ©pĂšte, celui qui nâa pas compris comment fonctionne le leurre, celui qui tapote la tĂȘte, prend le collier et appuie.
âLe canapĂ© est interditâ : testez, poussez le chien Ă la faute. Allez sur le canapĂ© et tapotez dessus quand il vous regarde. Sâil monte, ce nâest pas un interdit. âCette piĂšce lui est interditeâ : ouvrez la porte et jetez un gĂąteau Ă lâintĂ©rieur. Sâil entre, ce nâest pas un interdit.
Et pendant tout lâentretien, observez le chien, ce qui ne vient quâavec lâaisance. Est-il joyeux, peureux, anxieux, neutre ? RĂ©clame-t-il de lâattention sans arrĂȘt, Ă vous ou uniquement Ă son maĂźtre ? Prend-il un jouet pour aller mĂąchouiller seul dans son coin ? Va-t-il se coucher dans son panier, aux pieds de son maĂźtre, Ă cĂŽtĂ© de vous, en travers dâune porte ? Aboie-t-il pendant que vous parlez ?
Six cas concrets
Chien récupéré en refuge, trÚs peur des hommes
Montrer par un autre chien. Si vous ĂȘtes un homme, faites-le ; sinon, venez avec un homme. Prenez un chien qui adore le contact, et laissez lâhomme le caresser, jouer avec lui. Le message : il existe des hommes capables de rendre un chien heureux.
CrĂ©er le lien maĂźtre-chien avant tout. Sortez immĂ©diatement de lâĂ©ducation ingrate pour une activitĂ© enrichissante pour les deux : du pistage, de la recherche, en longe, tenue par le maĂźtre. Lâobjectif nâest pas la performance, câest de fabriquer un binĂŽme, de la confiance et du plaisir partagĂ©.
RĂ©compenser au jouet plutĂŽt quâĂ la friandise, corde, balle-corde, peu importe. Parce quâici on ne veut pas seulement valider un comportement : on veut de lâinteraction. Le maĂźtre prend le jouet et joue cinq secondes avec lui, parfois il le lui laisse, parfois non.
Puis installer le couchĂ© et le pas bouger pour pouvoir placer le chien derriĂšre la maĂźtresse quand des hommes passent. Elle se met un pas devant, elle dit bonjour, les hommes repartent, et on monte progressivement. Le message portĂ© par des mots plutĂŽt que par la contrainte physique : je suis lĂ , je mâoccupe de tout.
PrĂ©cision importante : sur un chien qui cherche Ă fuir, on pourrait penser au travail en Ă©toile avec une longe. Ici, câest une erreur. Dans le cadre dâune peur des hommes et non dâune peur du maĂźtre, ce quâil faut, câest rapprocher le maĂźtre et le chien, pas contraindre le chien Ă rester quelque part via lâĂ©ducateur.
Enfin, des balades en longe avec plusieurs humains et plusieurs chiens. Plus il y a de chiens, plus il oublie les hommes prĂ©sents, et il constate que chiens et hommes cohabitent dans la bonne humeur. La marche en laisse et le reste viendront aprĂšs : on nâest pas lĂ pour en faire un chien dâobĂ©issance de haut niveau.
Chien de 9 mois sans rappel
Ătape zĂ©ro : lâordre a-t-il Ă©tĂ© appris ? Une fois sur deux, la rĂ©ponse est non. Et si on vous dit oui, demandez Ă voir immĂ©diatement : vous dĂ©couvrirez souvent cinq cents mots, aucune gestuelle, aucun amusement.
Comprendre le timing du maĂźtre pour valider et sanctionner, puis Ă©tablir les circonstances de lâĂ©chec : dans le salon, dehors, dehors avec des humains, avec des chiens, en poursuite derriĂšre un vĂ©lo ? Sans cela on nâavance pas.
Reprendre du dĂ©but, en longe, sans aucune stimulation. On peut commencer dans la maison, puis sortir en longe pour ne jamais ĂȘtre en situation dâĂ©chec.
Chercher lâactivitĂ© exutoire. Ne vous acharnez pas sur un rappel scolaire avec un chien de chasse qui a besoin de pister. On trouve dâabord lâactivitĂ©, on dĂ©termine la frĂ©quence (une fois par semaine, trois fois, ou de trĂšs courtes sĂ©ances quotidiennes trĂšs intenses), et alors seulement on peut poser le cadre : ici tu pistes, lĂ câest non, au pied. Avec du matĂ©riel diffĂ©rent pour rendre la distinction lisible.
Chercher le bon vecteur de récompense. Chien saturé de jouets : passez aux friandises. Saturé de friandises : passez aux jouets. Saturé des deux : raréfiez pendant trois semaines et voyez ce qui reprend de la valeur.
Et surtout, pensez Ă un chien saturĂ© de rappels, qui trouve cela mortellement ennuyeux. Pour certaines races, la vraie rĂ©compense est de retrouver son maĂźtre. Suivi naturel, changements de cĂŽtĂ©, on se cache derriĂšre un arbre, on lâoblige Ă ĂȘtre attentif. Il nây a alors ni friandise ni jouet : il est simplement heureux de vous avoir retrouvĂ©, et vous pouvez faire monter cette joie.
Deux techniques utiles : sâaccroupir, ce qui baisse le centre de gravitĂ© et rend accueillant, trĂšs efficace sur un chiot ; et lâaspiration, qui consiste Ă partir en arriĂšre au moment oĂč il se retourne, pour aspirer sa course.
Et la sanction, aprĂšs comprĂ©hension parfaite de lâordre. Une mĂ©thode : la gamelle posĂ©e, le chien Ă un mĂštre, vous Ă cinq mĂštres derriĂšre. Vous rappelez une fois. Sâil ne vient pas, vous vous dĂ©placez jusquâĂ lui et vous tapotez dâun doigt sur la tĂȘte ou lâarriĂšre-train. Comprenez bien : il sâagit dâinterpeller, jamais de faire mal, pas plus quâun Ă -coup de longe. Vous ne ronchonnez pas, vous ne parlez pas, vous retournez Ă votre place et vous rappelez. Il doit simplement comprendre quâaprĂšs un âau piedâ, rien ne reste sans rĂ©ponse. Lâavantage de cette version sur la longe est de sortir du cadre de la longe, que certains chiens repĂšrent. Et assurez-vous au prĂ©alable quâil ne produit pas dâagressivitĂ© redirigĂ©e par stress.
Enfin, installer un cadre de vie avec interdits, frustration et renoncement, pour quâil devienne capable dâabandonner la cause de son non-retour.
Chien hyperdynamique, sauteur et aboyeur
Distinguer dâabord un chien hyperdynamique dâun vrai syndrome HS/HA, qui est innĂ©.
Viser la tĂȘte, pas les jambes. Sur ce profil, Ă©puiser physiquement ne fait que le rendre hyper-endurant, aprĂšs quoi il devient impossible Ă fatiguer. Il lui faut de la dĂ©pense physique, Ă©videmment, mais surtout de la dĂ©pense mentale : sport canin adaptĂ© Ă la race, agility, mordant, pistage, recherche, cavage (cachez des choses dans un champ et apprenez-lui Ă gratter), jeux de cache-cache, casse-tĂȘte. SĂ©ances courtes et trĂšs intenses.
Travailler la frustration devant la gamelle, exercice confortable parce quâil se fait en intĂ©rieur : pas bouger, on pose la gamelle, il ne bouge pas ; couchĂ© ; on se place derriĂšre et on le rappelle au pied ; on lui fait passer devant la gamelle en âresteâ ; on lâenvoie dessus et on place un âpas touchĂ©â. Sâil nâest pas gourmand, faites-le avec son jouet prĂ©fĂ©rĂ©.
DĂ©terminer pourquoi il aboie : frustration, incapacitĂ© Ă tenir en place, demande dâattention validĂ©e, ou demande dâun objet. La stratĂ©gie en dĂ©pend.
Travailler le blocage en dynamique, câest-Ă -dire un âpas bougerâ alors quâil est lancĂ© : en plein âau piedâ, ou aprĂšs avoir envoyĂ© la balle. Et le rappel sur poursuite : la balle part, il est lancĂ©, âau piedâ, il doit renoncer, faire demi-tour et revenir. Quand vous y arrivez, câest presque gagnĂ©. Ces chiens doivent apprendre le 100-0, 0-100 : le on/off.
Pour le saut Ă lâarrivĂ©e des visiteurs : main sur la poignĂ©e, âau panierâ, et tant quâil nây est pas, la porte ne sâouvre pas. Elle sâouvre, il bouge, la personne ressort, on recommence. Une fois la personne entrĂ©e et le chien maintenu au panier malgrĂ© son excitation, on lâautorise, et on caresse Ă chaque fois les premiers temps.
âJâai dĂ©mĂ©nagĂ© et mon chien dĂ©truit toutâ
Il y a perte de repĂšres.
Trouver un objet rassurant : un objet de lâancienne maison, ou un objet portant votre odeur, sur lequel il pourra reporter ses Ă©motions. En vĂ©rifiant quâil ne dĂ©veloppe pas de protection de ressources dessus.
Travailler le pas bouger avec absence du propriĂ©taire, car il manque peut-ĂȘtre surtout de confiance en lui : le maĂźtre disparaĂźt et rĂ©apparaĂźt, ou disparaĂźt et rappelle.
Faire du pistage Ă distance, sans assistance du maĂźtre. Câest diffĂ©rent du pistage en longe : le chien est dĂ©tachĂ©, il a appris en intĂ©rieur ce que veut dire âchercheâ (une croquette montrĂ©e au nez, une autre cachĂ©e), et il part seul, guidĂ© de loin Ă la voix.
Tous les ordres Ă distance vont dans le mĂȘme sens : assis, pas bouger, vous partez Ă cinquante mĂštres, âcouchĂ©â. Il dĂ©couvre quâil peut obĂ©ir alors que son maĂźtre nâest plus Ă cĂŽtĂ©, et surtout quâil nây a aucun danger Ă ce que son maĂźtre ne soit plus lĂ . Variante utile : le pas bouger pendant que des chiens ou des humains tournent autour, et que vous quittez le cercle.
Et installer des routines trĂšs prĂ©cises. Lever, sortie, repas, travail, jouet, activitĂ©, tout Ă heure fixe. Câest un peu rigide les premiers temps, mais câest exactement ce qui lui redonne des points de repĂšre et de la confiance.
Chien réactif aux vélos et aux joggeurs
La mĂ©thode surprend : on renforce la poursuite, artificiellement. Car sans la travailler, comment la travailler ? On nâa pas un stock de cyclistes Ă disposition ; une balle ou un frisbee, si.
Phase 1 : faire monter. On envoie, on envoie encore, sans rien demander. Que du plaisir et de la poursuite. Il faut vraiment que ça monte, et il ne faut pas avoir peur que ça monte trÚs haut.
Phase 2 : le contrĂŽle. Remise en longe ou en laisse. âPas bougerâ, on envoie Ă 100 %. Ă la cinquiĂšme fois, il partira : on le remet en place, on va rechercher la balle, on recommence. Vous gagnez deux choses : un chien qui comprend quâil nâa pas le droit de dĂ©sobĂ©ir, et un chien qui accepte dâĂ©couter au milieu de son excitation. Ensuite on rend tout alĂ©atoire : parfois il lâa, parfois non, parfois pas bouger, parfois au pied puis on le renvoie.
Phase 3 : le âpas touchĂ©â en pleine poursuite. Il arrive lancĂ© Ă vingt centimĂštres de la balle, âpas touchĂ©â. La gestion Ă©motionnelle que cela demande est exceptionnelle, et câest ainsi quâon lâobtient rĂ©ellement.
Le raisonnement de fond mĂ©rite dâĂȘtre retenu : chercher Ă Ă©teindre un instinct dĂ©truit une part du chien, et les mĂ©thodes employĂ©es pour cela sont parfois dures. Mieux vaut comprendre le patron moteur dominant et dire : lĂ tu peux, lĂ tu ne peux pas, et mĂȘme quand tu peux, tu ne me dĂ©sobĂ©is pas.
Un test simple pour affiner : marchez Ă cĂŽtĂ© de lui avec un vĂ©lo. Sâil attaque le vĂ©lo, il a un problĂšme avec les vĂ©los. Sâil ne fait rien, on est sur de la poursuite pure.
Et une astuce contre-intuitive pour les chiens qui coursent les joggeurs : chez certains, leur modĂšle, leur maĂźtre, nâa jamais couru devant eux, et lâattitude leur est donc Ă©trangĂšre. Se mettre Ă faire du jogging avec son chien crĂ©e un dĂ©calage qui peut suffire Ă le remettre dans le bon sens. Cela ne concernera que 5 Ă 10 % des cas, mais le principe compte : votre travail est souvent de perturber le chien, de lui montrer que ce quâil croyait nâest peut-ĂȘtre pas vrai, ce qui ouvre la porte Ă des solutions qui nâauraient pas fonctionnĂ© avant.
Chien qui mange ses excréments, uniquement sur son lieu de balade
Il ne mange que les siens, uniquement Ă cet endroit, jamais dans le jardin.
Lâexplication : il cherche Ă cacher son passage. Dans 95 % des cas, il a fait une mauvaise rencontre sur ce chemin, ou senti une odeur, ou croisĂ© un chien qui lâa impressionnĂ©.
PremiĂšre action : changer de lieu de balade et observer. Si cela suffit, câest rĂ©glĂ©.
Sinon, travail en groupe : refaire ce chemin accompagnĂ© de dix, quinze chiens, ou dâun seul sâil est grand, rassurant et impressionnant. Le message est double : tu te trompes sur les chiens, et tu te trompes sur ce lieu ; tu nâas pas besoin de cacher tes odeurs.
TroisiĂšme piste : lâennui. On tombe tous dans des routines de balade, celle quâon fait toujours, parfois au tĂ©lĂ©phone. Peut-ĂȘtre veut-il simplement de lâattention et du jeu, auquel cas des phases de jeu suffisent Ă chasser lâidĂ©e.
QuatriĂšme piste : il a compris que câest le seul moyen dâobtenir une rĂ©action de vous. Et si vous lui courez aprĂšs quand il a fait ses besoins, il en conclura que vous vouliez les manger avant lui.
Le âĂ quoi ça sertâ : la diffĂ©rence entre un particulier et un professionnel
Le particulier veut la solution. Comprendre Ă quoi elle sert, câest votre travail, et câest ce qui vous permet de la trouver.
Prenez le chiot qui mordille les meubles. Au client, vous dites : un ânonâ ferme, puis on donne un jouet, et il comprendra que ce jouet-lĂ se mĂąchouille et pas le meuble.
Votre raisonnement, lui, va plus loin. Vous donnez un jouet dâoccupation, avec lequel le chien sâoccupe seul, et non un jouet dâinteraction. Le maĂźtre demandera alors, Ă juste titre, si le chien ne va pas conclure que mordre le meuble fait apparaĂźtre un jouet. La rĂ©ponse : les deux ou trois premiĂšres fois, vous donnez le jouet juste aprĂšs le non ; ensuite, ces jouets dâoccupation restent Ă disposition en permanence. Le chien ira donc naturellement vers eux, sans logique de cause Ă effet. Et pourquoi Ă disposition ? Parce que tout ce qui est Ă disposition devient banal, donc soumis Ă ses besoins rĂ©els : pas envie de mĂącher Ă 10 h, envie Ă 15 h. Ă lâinverse, les jouets dâinteraction sont rarĂ©fiĂ©s prĂ©cisĂ©ment pour que lâexcitation reste maximale Ă chaque sortie.
Trois autres illustrations du mĂȘme principe
Le chien qui marque Ă lâintĂ©rieur. Neuf clients sur dix vous diront quâil est dominant, et ce sera parfois vrai. Mais cela peut aussi ĂȘtre un chien qui a peur, chez lui ou du monde extĂ©rieur, et qui dĂ©pose ses odeurs parce quâelles le rassurent : des maĂźtres trop durs, un traumatisme (trois casseroles tombĂ©es suffisent chez un chien hypersensible), ou la panique dĂ©clenchĂ©e par les bruits de la rue. Cela peut ĂȘtre un problĂšme territorial, ou un dĂ©faut de propretĂ©.
La consĂ©quence est dĂ©cisive : si vous nâenvisagez pas la peur, vous ne rĂ©glerez pas le problĂšme, parce quâil ne se rĂšgle pas Ă lâintĂ©rieur, il se rĂšgle Ă lâextĂ©rieur. Quand il nâaura plus peur dehors, il cessera de marquer dedans. Presque aucun Ă©ducateur ne fait ce lien.
MĂȘme logique pour le chien quâon promĂšne une heure sans rĂ©sultat et qui fait ses besoins en rentrant : on ne fait que dans un endroit qui rassure.
La cage, Ă dĂ©cider par le pourquoi et non par principe. Sur un chien venu dâanimalerie, qui a mangĂ©, bu, jouĂ© et Ă©liminĂ© dans le mĂȘme espace, la cage est contre-productive dans 98 % des cas : elle reproduit exactement son conditionnement, il nâaura aucune difficultĂ© Ă y faire ses besoins. Sur un chien trĂšs peureux, en revanche, qui ne dĂ©truit pas, ne marque pas et ne fait pas dâhyperattachement, la cage ouverte peut rĂ©ellement le rassurer. Et sur un chiot qui vient dâarriver, sans problĂ©matique, elle est peu judicieuse : ce quâon veut lui dire nâest pas âsois rassurĂ© dans ta cageâ mais âsois rassurĂ© dans la maisonâ. Reste le cas des gens absents trĂšs longtemps qui craignent que le chiot sâĂ©lectrocute : on peut en discuter, ce ne sera pas la meilleure solution mais on peut obtenir un rĂ©sultat.
MĂȘme chose pour lâinterdiction dâune piĂšce. Ce nâest pas âpour lui montrer que vous ĂȘtes le chefâ : câest pour lui apprendre la notion dâinterdit, qui dĂ©bouche sur le renoncement et la gestion des frustrations, et qui Ă©vite un chien qui aboie dĂšs quâil ne peut pas vous rejoindre.
Le brossage et la gamelle, ou la question du timing. Vous brossez, il nâaime pas, vous rĂ©compensez, vous brossez, vous rĂ©compensez : parfait, câest exactement ainsi quâil faut faire. Mais sâil grogne et que vous rĂ©compensez pour lui montrer que câest un moment agrĂ©able, vous nâavez rien compris : vous validez le grognement, et il vous attrapera dans un mois, six mois ou un an.
La bonne dĂ©marche est dâanticiper : on prend la brosse et le jouet ou la friandise, et on rĂ©compense avant mĂȘme de commencer. Si malgrĂ© tout il grogne, hors douleur ou cause mĂ©dicale : on reste calme, on continue Ă brosser, et on ne rĂ©compense plus. DĂšs quâil cesse de grogner, rĂ©compense. Sur un chien plus grand, la rĂ©compense peut ĂȘtre lâarrĂȘt du brossage : tu arrĂȘtes de grogner, jâarrĂȘte et je te rĂ©compense.
Sur la gamelle, le principe est identique et lâobjectif est explicite. On pose la gamelle, on caresse ; il ne grogne pas, on donne quelque chose de meilleur que sa nourriture. On veut quâil associe le contact pendant le repas Ă quelque chose de bien, et quâil comprenne que les humains ne sont pas des concurrents. Vous mettez la main dans la gamelle, oui, mais vous arrivez avec du poulet. Sâil est hostile, on retire la gamelle : continue comme ça et tu ne manges pas.
Lâinverse, âje suis le chef donc je mets la main dans sa gamelleâ, produit deux rĂ©sultats possibles : soit câest vous quâil mord, soit il vous Ă©pargne parce que vous lâavez tapĂ© et il mordra tout le monde sauf vous.
Lâobjectif final est de pouvoir dire : ce chien ne mordra jamais quelquâun qui passe Ă cĂŽtĂ©, jamais un enfant, et il ne sera donc jamais euthanasiĂ© pour cela. Et oui, tout le reste de sa vie il mangera tranquille : on parle ici dâĂ©ducation. Mais retenez que plus vous faites vivre un chien sous bulle, plus il faut pouvoir garantir cette bulle Ă vie, et câest impossible. Un jour la porte sera mal fermĂ©e, un jour il y aura un invitĂ©.
Un dernier exemple : le couché par contrainte
La mĂ©thode ancienne consiste Ă appuyer sur la laisse pour faire coucher le chien. Elle existe, elle se pratique. Mais dĂšs lors quâon est capable de le faire coucher sans contrainte physique, il est absurde de le contraindre.
Ce nâest pas une position de camp : câest une analyse technique. Un chien habituĂ© Ă la manipulation constante, Ă qui on appuie sur lâarriĂšre-train pour lâasseoir et quâon tire au sol pour le coucher, devient plus rĂ©sistant, et le lien construit avec lui est diffĂ©rent.
Et il y a une consĂ©quence pratique : si Ă un an et demi ou deux ans ce chien entre dans un refus total malgrĂ© tout ce que vous avez repris, vous pourrez vous permettre la contrainte sur un couchĂ©, prĂ©cisĂ©ment parce que vous ne vous lâĂȘtes jamais permise avant. Cela le marquera psychologiquement. Tout lâobjectif est lĂ : perturber.
Il nây a pas de schĂ©ma prĂ©dĂ©fini
Tous ces cas ont Ă©tĂ© construits en assemblant des morceaux de chapitres diffĂ©rents. Changez un dĂ©tail et lâanalyse change avec lui.
Quiconque vous propose un catalogue, âpack de baseâ plus âmodule chien peureuxâ, ment. Ce nâest pas possible, parce que le chien est trop fin : cela dĂ©pend de la race, de lâindividu au sein de la race, de lâenvironnement, du mode de vie de la famille, de sa capacitĂ© Ă agir.
On vous donne des structures, des bases et des schĂ©mas, mais rien nâest figĂ©. Plus votre comprĂ©hension est large, plus votre analyse est fiable. Arrivez comme un robot avec une fiche, et vous ne verrez plus le chien, vous nâĂ©couterez plus les rĂ©ponses du maĂźtre, vous serez trop mĂ©canique, et vous passerez Ă cĂŽtĂ© du message que le chien vous envoyait.