Comment un chien comprend rĂ©ellement ce que nous lui disons, pourquoi le mot compte moins que lâattitude, et comment les propriĂ©taires valident sans le savoir les comportements dont ils se plaignent. Le module se termine sur lâanthropomorphisme, et sur la seule version de celui-ci qui soit vraiment dangereuse.
Le chien ne comprend pas des mots, il comprend une séquence
On entend souvent quâun chien ne saisirait quâune vingtaine de mots, un peu plus si lâapprentissage a Ă©tĂ© poussĂ©. Câest faux. Il nây a aucune limite au nombre de mots quâun chien peut apprendre : deux cents, mille, davantage, si le temps et ses capacitĂ©s le permettent. La seule condition est que chaque mot corresponde Ă une action prĂ©cise.
Ce quâil comprend tient en trois termes : phonĂ©tique, action, consĂ©quence. La consĂ©quence Ă©tant un marqueur, positif ou nĂ©gatif, suivi ou non dâune rĂ©compense. Rien dâautre.
Le mot en lui-mĂȘme nâa donc aucune valeur. Vous pouvez apprendre le coucher avec âhippopotameâ ou âbicycletteâ : du moment que le son est associĂ© Ă lâaction et que lâaction est renforcĂ©e, le chien fera le lien. Cela rappelle que le malentendu vient toujours de notre cĂŽtĂ©, parce que nous privilĂ©gions le langage.
Le chien vous lit, en permanence
Le chien est un scrutateur de nos gestes, et sa capacitĂ© dâobservation dĂ©passe largement la nĂŽtre. Il regarde la posture, la position du corps, lâattitude, les mimiques. Il perçoit les variations de rythme cardiaque et de tempĂ©rature corporelle.
Un exemple parlant : sur un chien extrĂȘmement affirmĂ©, il a suffi quâune personne se tienne plus courbĂ©e que dâhabitude Ă cause dâun mal de dos pour que le chien la regarde et envisage un instant de prendre sa place. Rien ne sâest produit, mais le signal avait Ă©tĂ© lu.
Câest lĂ que se joue la remarque que vous entendrez souvent chez vos clients : âavec vous ça marche, avec nous ça ne marche pasâ, alors quâils reproduisent exactement les mĂȘmes gestes. La diffĂ©rence est dans la façon dâĂȘtre, dans les regards quâon pose ou quâon Ă©vite, dans le port de tĂȘte, dans les mouvements dâĂ©paule. Vous amĂšnerez vos clients sur ce terrain progressivement et sans technique, mais pour vous, câest essentiel.
Ne disposant pas de langage, le chien est obligé de déchiffrer dans nos macro et micro-signaux ce que nous attendons de lui. Vous prenez votre veste et vos chaussures : il sait par observation que vous sortez, et il frétille ou il apporte sa laisse. Il distingue parfaitement les baskets de course de la tenue de travail.
ConsĂ©quence pratique sur la routine : elle nâest pas bonne pour tous. Les chiens trĂšs peureux ont besoin de routines fortes. Les chiens trĂšs affirmĂ©s ont au contraire besoin quâon la casse, pour quâils ne puissent pas anticiper au point de croire que ce sont eux qui vous autorisent Ă sortir.
Le mauvais timing de la punition
Lâexemple canonique : un chien rappelĂ© qui ne revient pas, quâon rappelle cinquante fois, et quâon punit quand il arrive enfin. Il associera le rappel Ă la punition, et vous aurez le plus grand mal Ă le faire revenir la fois suivante.
La rĂšgle est nette : quand le chien est dans lâaction souhaitĂ©e, celle du retour, vous nâavez Ă aucun moment le droit de punir. Ce qui est tout autre chose que le cas dâun chien connaissant parfaitement lâordre, quâon corrige, Ă la longe par exemple, au moment oĂč il part dans lâautre sens ou continue Ă jouer en ignorant le rappel. Jamais sur le retour.
Vos mimiques comptent autant que le geste. Si le chien revient pendant que vous ruminez visiblement votre agacement, il ne comprendra pas que son retard était fautif : il comprendra que revenir vous met de mauvaise humeur. Et la prochaine fois, il ne reviendra plus du tout.
Comment le maĂźtre fabrique un chien aboyeur
Les vocalises sont trĂšs utilisĂ©es dans la communication du chien vers lâhomme : gĂ©missements lors des demandes, aboiements quand la demande devient impĂ©rieuse, jusquâau grognement voire Ă la morsure en cas de sociopathie. Le chien apprend Ă renforcer ses vocalises au contact de son propriĂ©taire.
Le mĂ©canisme, avec lâexemple qui revient sans arrĂȘt. Vous mettez le chien dans le jardin ou sur le balcon et vous fermez. Il aboie un peu, gratte Ă la porte ; vous ne rĂ©agissez pas, parce que ça ne dĂ©range personne. Il monte alors dâun cran et aboie Ă plein volume. LĂ vous ĂȘtes piĂ©gĂ© par les voisins, et vous ouvrez. Vous venez de lui apprendre deux choses : quâinsister fonctionne, et quâil faut aboyer trĂšs fort, tout de suite, pour tout.
DâoĂč la rĂšgle : nâentrez pas dans une guerre que vous ne pouvez pas gagner. Si lâenvironnement fait que vous cĂ©derez, ne mettez pas le chien seul au jardin. Sinon vous perdrez aussi au moment du repas, de la sortie, et de tout le reste.
Si vous dĂ©cidez dây aller, assumez jusquâau bout : il aboie, rien ; il aboie fort, rien ; il se tait et se couche, on vient jouer. Sur un jeune chien, câest rĂ©glĂ© en trois semaines Ă un mois. AprĂšs deux ans de renforcement, câest une autre affaire.
Votre rÎle pédagogique : anticiper
Parlez de ce mĂ©canisme Ă vos clients mĂȘme quand ils nâont pas le problĂšme. Les besoins du chiot Ă©voluent plus vite que les habitudes de ses maĂźtres : un chiot qui a besoin de trente minutes de sortie Ă deux mois en demandera bien plus Ă huit ou dix mois selon la race, et câest lĂ que les comportements de rĂ©clamation apparaissent.
Si les maĂźtres ont Ă©tĂ© prĂ©venus, lâincident nâaura pas lieu, ou il aura lieu une fois. Sinon, ils passeront trois mois Ă chercher avant de vous rappeler, et pendant ces trois mois le comportement aura Ă©tĂ© validĂ© Ă chaque occurrence.
Retenez la formulation gĂ©nĂ©rale : câest presque toujours lâhumain qui valide le mauvais comportement du chien, pas lâinverse. Un chien ne devient pas aboyeur tout seul ; il a aboyĂ© et il a obtenu satisfaction. Un chien grogne ou mord parce que lâhumain dâen face a validĂ© cette attitude, en fuyant ou en cĂ©dant.
Lâanthropomorphisme
En condensĂ© : câest plaquer des sentiments humains sur ce que fait le chien. Câest dangereux, mais il faut ĂȘtre prĂ©cis sur ce qui est dangereux.
Dire dâun chien heureux quâil est content ne pose aucun problĂšme Ă personne. Nos chiens sont des compagnons de vie et font partie de la famille : vouloir leur parler et leur prĂȘter des sentiments est plutĂŽt normal.
Le danger, câest de mettre les mauvais sentiments. InterprĂ©ter un grognement comme âle pauvre, on lâa dĂ©rangĂ©, il est tellement mignonâ, conclure quâun chien est dĂ©primĂ© alors quâil sâennuie Ă mourir, ou excuser un chien qui agresse ses congĂ©nĂšres par âil a eu peurâ alors que ce nâest le plus souvent pas le cas. Une fois que les gens sâenfoncent dans ces analyses-lĂ , plus aucune action juste nâest possible.
Respecter un chien, ce nâest donc pas lui faire dire tout et nâimporte quoi. Câest ne jamais oublier quâil est un chien et quâil fonctionne comme un chien, ce qui ne lâempĂȘche en rien dâĂȘtre un membre de la famille.