Destruction et solitude sont traitĂ©es ensemble parce quâelles sont indissociables, et il faut y ajouter la propretĂ© : ces trois sujets forment un cercle, et aucun ne se rĂšgle isolĂ©ment. Ce module distingue les trois types de destruction, donne le protocole de la solitude, et explique pourquoi le mode de vie doit ĂȘtre rĂ©glĂ© avant tout le reste.
La destruction physiologique
Est-il normal quâun chiot dĂ©truise ? Oui, absolument. Il ne sait pas ce quâil a le droit de mĂąchouiller : le monde des humains nâest pas le sien.
Trois raisons physiologiques. Il dĂ©couvre le monde avec sa gueule : il met tout en bouche, câest ainsi quâil apprend. Il fait ses dents, donc il a mal et il a besoin de mĂąchouiller. Et il a besoin de muscler sa mĂąchoire, ce qui est inscrit dans son ADN.
Le point technique Ă retenir : selon la partie de la gueule sollicitĂ©e, il travaille sur trois axes de dĂ©veloppement, le mordillement incisif, le fond de mĂąchoire molaire, et lâarrachement, câest-Ă -dire tirer. Il lui faut donc les trois pratiques : des matiĂšres tendres, des matiĂšres dures, et de quoi tirer ou dĂ©raciner, dehors ou avec une corde Ă la maison. Sâil nâa pas assez de matiĂšres Ă disposition, il se servira chez vous, tout naturellement.
Interdit, plan B, et jouets
Lâapprentissage repose sur deux notions : la frustration et lâinterdit.
Lâinterdit, câest le couple âça, nonâ / âça, ouiâ. Il vous faut donc des jouets dâoccupation de matiĂšres variĂ©es (molle, dure, corde, bois, kong) et des jouets dâinteraction. Le message est toujours le mĂȘme : le canapĂ© est Ă moi, câest non ; tiens, prends ça. Vous faites dĂ©river la destruction vers un jouet de substitution.
Distinction Ă faire respecter : les jouets dâoccupation restent Ă disposition, les jouets dâinteraction ne restent pas Ă disposition. Câest ce qui les dĂ©finit, plus que le fait dâĂȘtre dedans ou dehors.
Vous devez toujours pouvoir rĂ©cupĂ©rer les jouets de votre chiot. Toujours. Ce sont vos jouets, vous les lui prĂȘtez : câest ainsi quâon Ă©vite la protection de ressources. Pendant le jeu, entraĂźnez le mĂ©canisme : je prends, je redonne, je prends, je redonne. Parfois vous lui laissez, parfois vous gardez.
Lâerreur inverse est frĂ©quente et coĂ»teuse. Chez ceux qui ne jouent pas assez, les seuls moments oĂč lâon retire quelque chose au chiot sont ceux oĂč il avale une bĂȘtise : un mouchoir, un sopalin, une chaussette. On panique, on arrache de la gueule, terminĂ©. Le chiot ne retient quâune chose : on me prend et on ne me rend jamais. Il se met Ă garder ses objets, puis Ă garder nâimporte quoi.
Sur les jeux de tirage, lâidĂ©e quâil faudrait toujours gagner est fausse. SĂ©parez les moments : quand vous valorisez une action, tirez un peu puis laissez-lui la corde, et regardez sa fiertĂ© en faisant le tour du jardin avec ; quand vous travaillez les autocontrĂŽles et son positionnement, prenez et gardez, parce que vous lâavez dĂ©cidĂ©.
La frustration, elle, se travaille par lâobĂ©issance de base : le coucher, le âpas bougerâ devant la gamelle. Le chiot apprend Ă se contenir, Ă attendre, Ă comprendre que tout ne lui est pas dĂ» immĂ©diatement. Un chiot qui nâa pas appris la frustration rĂąle, aboie si vous tardez Ă donner le jouet, et va mastiquer votre canapĂ©.
Le timing, et ce quâil ne faut pas faire
Comme pour la propretĂ© : vous le voyez faire, ânonâ, vous donnez un jouet. Si le canapĂ© est mort, il est mort. Si vous ne lâavez pas vu faire, il est inutile de sâĂ©nerver : on met le chien dans une autre piĂšce et on nettoie, jamais devant lui, sans quoi il y verra un jeu.
En rentrant, sâil y a eu des dĂ©gĂąts, on ne sâĂ©nerve pas, on garde le sourire, on fait semblant. On dit bonjour comme si de rien nâĂ©tait, on le sort, puis on nettoie. Si vous rentrez fĂąchĂ©, votre chiot deviendra anxieux de votre retour, mĂȘme avec les gens les plus gentils du monde.
Isoler le chiot aprĂšs une bĂȘtise ne sert Ă rien. Il lâa faite parce quâil ignorait que câĂ©tait une bĂȘtise, vous nâĂ©tiez pas lĂ pour rediriger, et câest peut-ĂȘtre surtout le signe dâun manque de dĂ©pense. Pire : beaucoup de chiens recherchent lâisolement, auquel cas vous renforcez le comportement.
Sur les fleurs de Bach, diffuseurs, citronnelle et compagnie : cela ne peut pas fonctionner. Ces prĂ©parations sont coupĂ©es Ă 99 % dâalcool, et si le comportement change, câest par euphorisation. En revanche, lâeffet placebo sur le propriĂ©taire peut ĂȘtre un alliĂ© : si quelquâun y croit dur comme fer, laissez-le acheter son diffuseur, cela ne fera pas de mal au chien, et travaillez. LâinconvĂ©nient est quâil attribuera le rĂ©sultat au diffuseur plutĂŽt quâĂ vous. Ce qui compte, câest que le chien aille bien.
Autre fausse bonne idĂ©e : disperser des croquettes dans la maison pour occuper le chien pendant votre absence. Il part sur du pistage, sa tension nerveuse monte, monte, et quand une croquette devient inaccessible sous le canapĂ©, il gratte jusquâĂ tout casser. Seul, il ne peut pas se rĂ©guler, et au sommet de lâexcitation il dĂ©truit.
La destruction pathologique
On bascule dans le pathologique quand cela dépasse six à huit mois.
Le protocole : remettre de la dĂ©pense physique et mentale, remettre de lâobĂ©issance en sâaxant sur la frustration et le âpas bougerâ, et trouver impĂ©rativement un jouet qui permette dâĂ©vacuer la pression, seul comme en votre prĂ©sence. Il faut ensuite travailler le bouton on/off : monter trĂšs haut en excitation, redescendre trĂšs vite.
Et il faut chercher la cause. Lâune des plus frĂ©quentes est lâanxiĂ©tĂ© de sĂ©paration liĂ©e Ă lâhyperattachement, quand le dĂ©tachement nâa pas Ă©tĂ© fait. Le signe qui ne trompe pas : il ne dĂ©truit que vos affaires, celles qui portent votre odeur. Cela ne se travaille pas comme une destruction ordinaire.
Attention aussi aux causes matérielles : un chiot qui mange le placo peut manquer de calcium ou de minéraux, dont le placo est riche, comme certaines peintures et certains sols.
Un mot sur le panier : au calme, mais surtout pas isolĂ©. Pas dans un passage, pour quâon ne lâenjambe pas, et pas avec vue sur les accĂšs, ce qui Ă©vite le flicage des entrĂ©es et sorties, source dâexcitation puis de destruction.
La destruction par provocation
TroisiĂšme cas, souvent mal lu. Manque dâautoritĂ©, cadre flou, manque dâinteractions : le chiot adopte une attitude provocante.
Il ne provoque pas contre vous. Il a compris que cette attitude dĂ©clenche une interaction, et câest lâinteraction quâil cherche. Câest tout le point Ă comprendre pour ne pas se tromper de rĂ©ponse.
Solitude et Ăąge
On commence lâapprentissage trĂšs tĂŽt, doucement, vers deux mois et trois semaines ou trois mois selon le chien.
Le protocole tient en une séquence, et si vous la respectez, en général tout roule :
- Dépense physique et mentale.
- Besoins faits.
- Vous rentrez, vous laissez deux ou trois jouets nouveaux, de types de mastication différents.
- Vous vous absentez cinq minutes.
- Au retour, vous faites la fĂȘte. Vous retirez les jouets laissĂ©s, vous en mettez deux ou trois autres Ă disposition, et la vie reprend.
Sur le retour, une position assumĂ©e : autant le dĂ©part peut ĂȘtre banalisĂ© pour les chiens qui en ont besoin, autant le retour du maĂźtre doit toujours ĂȘtre quelque chose de gĂ©nial. Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui Ă©vite les chiots anxieux du retour, qui se demandent ce quâils ont fait quand on les accueille froidement. Seule exception : les chiots qui font des pipis de joie, avec lesquels on tempĂšre un peu.
Certains chiens, vous le verrez, ont besoin quâon leur dise au revoir : câest du conditionnement, et cela les rassure.
La solitude se construit aussi par la confiance. Plus il apprend Ă rester seul dans de bonnes conditions, plus il prend confiance ; plus vous le sortez et lui faites dĂ©couvrir le monde, plus il est sĂ»r de lui ; plus il est sĂ»r de lui, moins il panique, moins il dĂ©truit, mieux il reste seul. Et un peu dâobĂ©issance trĂšs tĂŽt, non pas pour la compĂ©tition mais pour interagir (se coucher, ne pas bouger devant la gamelle), lâentraĂźne Ă maintenir un Ă©tat Ă©motionnel stable, ce qui est exactement ce quâon lui demande quand il est seul.
Enfin, lâhyperattachement doit ĂȘtre traitĂ© de front avec les maĂźtres, et cela demande de la cohĂ©rence : on ne rĂ©pond pas Ă toutes les sollicitations ; on ne prend pas le chien avec soi pour aller se laver ou aux toilettes ; on apprend le âau panierâ, qui permet dâenvoyer le chien Ă distance et de mettre un peu dâespace, pendant les repas par exemple ; et quand le chiot revient sans cesse rĂ©clamer du jeu ou une caresse, on ignore parfois. Pas tout le temps, et sur une pĂ©riode courte, mais câest important.
Dépense physique, dépense mentale, homéostasie
Câest le fil conducteur de tout le module. Un chien qui se dĂ©pense physiquement et mentalement dort. Un chien qui dort ne dĂ©truit pas, ne fait pas ses besoins Ă lâintĂ©rieur, et ne fait pas de bĂȘtises.
DâoĂč le diagnostic Ă poser en premier. Un chiot qui dĂ©truit frĂ©nĂ©tiquement tout ce qui passe, votre pantalon, vos mains, le canapĂ©, nâa pas un problĂšme de destruction : il a un problĂšme de dĂ©pense et de mode de vie. Tant que le mode de vie nâest pas rĂ©glĂ© chez vos clients, aucun levier sur la destruction ne fonctionnera.
Tout cela relĂšve de lâhomĂ©ostasie, la capacitĂ© du chien Ă rĂ©guler son Ă©tat interne face aux stimulations. Et cela vaut comme rĂšgle gĂ©nĂ©rale : on ne peut pas travailler le problĂšme quâon a sous les yeux sans avoir rĂ©glĂ© les quatre ou cinq autres qui lâont prĂ©cĂ©dĂ©.
Pour finir sur le lien avec la propretĂ© : il y a la propretĂ© en votre prĂ©sence et celle hors de votre prĂ©sence. Pour espĂ©rer la seconde, il faut apprendre la solitude. Un chien qui ne sort pas et nâest pas Ă©panoui ne se traitera ni en destruction ni en solitude ; un chien quâon a disputĂ© au retour ne se traitera pas en solitude. Il existe des protocoles simples et clairs pour tout, mais rien ne sâisole.