Éducation et règles de vie

Éducation et règles de vie

Il ne s’agit pas encore de dressage, mais des règles à installer dans le foyer pour que tout se passe bien sur toute la vie du chien. Le module part de la clarté, passe par le “non” et la punition, traite le cas des repas, puis déroule une série de situations quotidiennes qui reviendront chez tous vos clients.

La clarté, base de tout

Un mot, une règle, une fois

La règle de base, c’est la clarté. Si vous dites une chose le lundi, ne dites pas le contraire le mardi.

La clarté, c’est aussi le mode d’action. Quand vous prononcez un mot une fois, ne le répétez pas cinquante fois sous prétexte qu’il n’a pas obéi : cela signifie simplement qu’il y a un problème avec la première fois, et c’est ce problème qu’il faut régler.

Exemple : vous rappelez, il ne vient pas. Inutile de répéter “au pied” cinq cents fois, de courir, de vous agiter. Sur l’instant, vous récupérez votre chien ; ensuite, longe de vingt mètres et on travaille, ou travail de posture et de recul pour l’aspirer vers vous. Dites-vous toujours que s’il ne fait pas, c’est qu’il n’a pas compris, ou qu’il a compris qu’il avait le droit de ne pas le faire.

C’est la source de la quasi-totalité des problèmes que vous trouverez chez les gens.

Deux illustrations : le canapé et la marche en laisse

Le canapé. Un membre de la famille dit oui, l’autre non, un troisième “oui mais pas le mercredi quand j’ai des amis”. Cela finit toujours, systématiquement, par quelqu’un de mordu.

La règle de départ est donc : on interdit, parce qu’au départ on interdit tout. Quand le chien est stable, qu’il a compris la notion d’interdit, et que son tempérament montre qu’il ne débordera pas, on pourra lui accorder la prérogative : tu peux monter, et tu descends quand je te le demande.

Pourquoi cet ordre ? Parce que chez un client vous ne connaissez au départ ni le tempérament du chien ni la capacité des maîtres à gérer. Votre rôle est de les prémunir et de vous prémunir. Les mois passent, vous travaillez ensemble, vous constatez que ce chien-là n’est absolument pas à cheval sur la discipline : alors oui, s’ils en ont envie, ils pourront autoriser.

La marche en laisse. Le schéma habituel : cinq minutes où le chien fait ce qu’il veut parce qu’il doit faire ses besoins ; cinq minutes où il faut absolument que ça marche ; puis demi-tour et retour à la maison en tirant, parce qu’il n’y a plus le temps. C’est l’éternel recommencement : le maître jure qu’il en fait à chaque balade, mais comme il n’en fait que 25 ou 30 %, le chien la désapprend, et surtout il comprend que la règle est à la carte.

Apprendre le “non” suppose d’avoir appris le “oui”

Tout le monde veut apprendre le non. Or si le chien ne sait pas quand c’est bien, il ne peut pas savoir quand c’est mal. D’où le “mon non ne marche pas” que vous entendrez partout.

Le commencement, c’est : “oui, très bien”, “oui, excellent”, “ça, c’est bien”. Puis “non”. Changement de voix, d’intonation, de volume, avec du rythme : ce n’est pas interdit.

Beaucoup réduisent le oui à la croquette ou au jouet et oublient de parler à leur chien. On peut faire les deux, mais montrez-lui aussi des émotions. Il doit pouvoir vous lire : dans votre attitude, votre façon de vous tenir, vos messages, il y a les moments où vous êtes content et ceux où vous ne l’êtes pas.

Les punitions

Punir, oui, mais toujours avec un plan B

Si punir veut dire dire non, alors oui, il faut punir. Le principe fondamental est celui-ci : il ne peut pas y avoir de punition sans savoir ce qu’on propose juste après. S’il y a un non, il y a forcément une proposition derrière : un objet qui fait dériver, une activité, une redirection. Sans plan B, le chien refera la même chose indéfiniment.

Deux exemples pour mesurer la portée du principe.

Le chien réactif aux vélos ou aux congénères : c’est non, fermement, un à-coup s’il le faut, et on avance. Mais une fois le passage franchi, il faut lui proposer un objet ou une activité qui lui permette de relâcher la pression.

Le chien de chasse dont le rappel ne s’installe pas : aucune technique classique ne marche parce qu’il ne peut pas renoncer à pister. Ici, le plan B n’est pas un objet, c’est une activité : installer des pistes trois fois par semaine, en longe, “cherche”, vingt minutes, une heure, deux heures selon son niveau. Il assouvit un besoin inscrit dans son patrimoine génétique, il devient plus clair mentalement, et surtout vous pouvez enfin dire non ici parce qu’il sait qu’il pourra là-bas. À la fin, il comprend : collier et laisse ordinaires, pas de pistage ; harnais et longe spécifiques, autorisé. Les rappels dits impossibles se règlent ainsi.

Autre exemple, le chiot qui attaque un meuble. Il le fait pour se faire les dents, pour vous interpeller, par besoin de mastiquer, ou simplement parce qu’il ignore que c’est interdit. Le “non” seul ne sert à rien : il se retournera et râlera. On dit non, puis on demande quel besoin il voulait assouvir, et on propose des jouets de matières différentes. Message clair : pour mastiquer, c’est ça ; ça, non.

Le renforcement du non est possible quand il ne suffit pas : la bouteille contenant des cailloux, secouée juste après le non, en augmente l’intensité.

Les fausses bonnes idées de punition

L’isolement d’un chien réactif à l’humain par peur. Des visiteurs arrivent, le chien mord parce qu’ils le dérangent, et on le punit en le mettant dehors ou dans une pièce sombre. Vous venez de lui donner exactement ce qu’il voulait : ne plus voir ces humains. Il en conclut que mordre fonctionne, et il mordra à chaque fois.

Le “poteau”, à réserver et à manier avec précaution. Sur un chien qui se comporte très mal dans un groupe de chiens, on peut le mettre “au poteau” : non pas l’attacher, mais assis, pas bouger, dos aux autres chiens, sans regarder personne, pendant que vous reprenez la gestion du groupe. C’est aussi une façon de le titiller un peu, et de lui faire comprendre qu’il ne peut pas mettre le désordre à sa guise. Cela doit rester exceptionnel, et réservé à un niveau de pratique où vous lisez déjà bien les chiens.

L’ultra-positivisme, enfin, est le vrai danger symétrique : “je ne dis jamais non à mon chien, je renforce les bons comportements et je ne dis rien sur les mauvais”. Vous obtiendrez des chiens incapables de renoncer, de gérer leurs émotions et leurs frustrations, incapables de savoir ce qui est bien ou mal, sans aucune notion d’interdit. Donc émotionnellement instables. Il faut les deux.

Les repas

Le discours habituel veut que le chien mange tranquille, seul, dans une pièce isolée. La position ici est inverse, pour le chiot, et c’est une question de sécurité.

Il doit y avoir une vie autour du chiot qui mange. Pas une agression : on ne plonge pas sur lui, on ne va pas lui prendre ses croquettes. On lui demande simplement de comprendre qu’il peut y avoir de l’activité autour de sa gamelle, et qu’il n’a pas le droit de s’attribuer un périmètre de dix mètres dans lequel il mordrait quiconque entre. Cela se fait intelligemment : “pas bouger”, on pose, on autorise, et si des enfants sont présents on les prend avec soi pour que rien ne se passe n’importe comment.

Fait tôt, le chiot trouve cela banal : il y a du monde, il se passe des choses, personne ne veut lui prendre sa nourriture, donc aucune raison d’être hostile.

Fait à l’inverse, en isolant et en interdisant à tout le monde d’approcher, vous obtenez des adultes réactifs qui ne laissent aucun droit à l’erreur. Et avec des invités ou des enfants, on ne maîtrise pas tout : l’ami qui passe chercher un verre d’eau, l’enfant qui traverse la cuisine, c’est ainsi qu’il y a des morsures.

Une fois le travail fait, rien n’empêche de le faire manger au calme, il y sera plus tranquille. C’est un ordre : d’abord l’apprentissage, ensuite le confort.

Le même raisonnement vaut pour le panier. Le dogme “personne n’a le droit d’y aller, c’est l’endroit du chien” prépare le jour où un enfant y va pendant un anniversaire. Avec un chiot, on peut au contraire s’y rouler soi-même, y dormir un instant, le laisser râler un peu, l’inviter à venir, interagir : lui montrer que personne ne va lui voler son panier. Cela ne veut pas dire aller le déranger quand il y dort ; cela veut dire que si quelqu’un s’y trouve, ce n’est pas un drame.

Idem pour les jouets : on ne les laisse pas s’accumuler dans le panier comme une réserve intouchable. On prend, on joue, on reprend, on redonne, et on habitue le chiot à voir ses maîtres aller au panier, récupérer un jouet, le poser ailleurs, rejouer.

Le principe général : comportez-vous normalement. Quand le jouet d’un enfant traîne par terre, vous vous baissez, vous le prenez, vous le rangez. Pour le chien, c’est pareil. Ce n’est pas de l’anthropomorphisme, c’est la vie ordinaire. Dès que vous vous mettez des barrières psychologiques et que vous forcez le trait, vous devenez fébrile, et c’est là que surviennent les accidents.

Les problématiques du quotidien

Le chien qui a peur de sa gamelle

Causes possibles : la matière ne lui plaît pas, le bruit de la gamelle quand elle bouge l’effraie, ou un événement traumatique s’est produit pendant qu’il mangeait.

Une gamelle en inox avance et résonne quand il mange, ce qui suffit à paniquer certains chiens. Trois solutions simples : fixer la gamelle au sol, changer de matière (plastique), ou changer de lieu de repas, notamment si une bouteille ou un cadre est tombé pendant qu’il mangeait.

Le chien qui boude sa gamelle du jour au lendemain

Causes médicales d’abord : douleur empêchant la mastication, corps étranger coincé dans la gueule, problème d’odorat, croquettes trop riches, mal adaptées ou surdosées.

Causes comportementales ensuite : la dépression, rare ; les friandises en trop grand nombre en dehors des repas, très courant ; et le caprice. Jeudi croquettes plus steak haché, vendredi croquettes sèches : accrochez-vous. Les chiens ne sont pas bêtes.

La consigne pendant la période chiot : la même chose tout le temps, croquettes ou alimentation crue, peu importe. Quand le mécanisme est acquis, vous pourrez intégrer des extras. Et si le chien est assez futé pour faire du chantage, donnez la gamelle en plus petite quantité et servez l’extra à part, dans une assiette : tu as mangé ça, donc tu as accès à ça, et jamais l’inverse.

Le chiot qui mord sa laisse

Quatre cas de figure.

Il la prend pour un jouet. Quand il mord, vous tirez dans l’autre sens : c’est une interaction de jeu, exactement comme une corde. La réponse est donc de tout lâcher dès qu’il mord, le jeu s’arrête. À travailler dans un endroit calme, jamais en pleine rue au milieu des voitures.

Il fait ses dents. Cela signale sans doute qu’il ne mastique pas assez le reste du temps.

Le comportement a été renforcé jusqu’à devenir un trouble installé. Passez alors sur une laisse en chaîne : un coup de dent et il constatera que c’est nettement moins agréable que le cuir.

Il veut couper le lien. Il veut aller dans un sens, vous dans l’autre, et il a compris que c’est la laisse qui l’en empêche. Deux options : la laisse en chaîne, ou l’approche plus fine, une longe qui lui laisse de la distance et lui permet de vous suivre plus naturellement. Vous sortez ainsi de l’épreuve de force, et c’est votre travail d’en sortir vos clients : “tu ne veux pas me suivre ? vas-y”, et vous constaterez que le “vas-y” fait cinq mètres, parce que le monde extérieur fait bien trop peur à un tout petit.

Poussé plus loin, cela devient le suivi naturel : longe de dix à quinze mètres, une forêt, et le chien découvre que s’en aller signifie vous perdre. Le maître retrouve le sourire, la complicité revient, et l’on réintègre progressivement la laisse, éventuellement une laisse de cinq mètres en rue au début, accompagné par un éducateur.

Pensez enfin au trop-plein d’énergie et au manque de dépense, qui produisent aussi ce comportement.

Le chien qui a peur de son collier

S’il y a eu un vrai traumatisme (un collier qu’on lui a jeté à la figure), mettez un harnais pour le moment. Ce n’est pas l’outil de travail habituel, mais vu tout ce qu’il y aura à traiter par ailleurs, on ne s’entête pas : le chien retrouve le sourire et on amorce le travail.

Si c’est plus léger, la méthode est la même que pour tout objet : je prends le collier, récompense ; je prends le collier, phase de jeu ; je repose le collier. On inverse la démarche, prendre le collier ne signifie plus le mettre.

Le timing est décisif : le chien ne doit surtout pas conclure que c’est sa peur qui déclenche le jeu. Vous prenez donc le collier et le jouet dans le même geste. S’il ne s’agissait que d’une gêne, il se focalisera sur le jouet et ne fera plus attention au collier. Répartissez ces phases de jeu sur une semaine, tous les jours, sans stresser, puis attachez.

Le harnais, lui, se travaille aussi, sans quoi vous perdrez collier et harnais : prendre le harnais, gâteau ; le passer autour de la tête, gâteau ; l’attacher, gâteau ; y accrocher la laisse, et on sort jouer.

Exactement le même protocole pour la muselière. Soit vous la sortez une fois tous les trente-six du mois, en arrivant chez le vétérinaire, et elle devient l’annonce d’un moment dramatique. Soit elle devient un objet de plaisir : voilà la muselière, on joue ; je te la mets au museau, gâteau ; muselière plus laisse, ça veut dire qu’on sort s’amuser. Cinq secondes, puis on l’enlève dehors et on joue. Et on monte doucement.

Le chien qui ne veut pas avancer en promenade

Causes possibles : le monde extérieur lui fait peur, il a vécu un événement traumatique en balade, la marche lui provoque des douleurs, ou c’est un caprice. Les douleurs se soignent, le sujet est clos.

S’il se fige, première question : qu’est-ce qui le fige ? Le bruit, les humains, les voitures ?

La règle ensuite : ne le forcez jamais. Beaucoup diront qu’ils forcent parce que c’est eux qui décident. On peut parfaitement être le chef sans être une brute. Ici, on n’est pas sur un refus au sens du dressage, ni sur de la désobéissance : on est sur du comportement. Ne confondez jamais les deux. (À l’inverse, sur un rappel parfaitement installé, on peut tout à fait sanctionner si le timing est bon et qu’il s’agit réellement de désobéissance.)

Donc : il se fige, vous vous arrêtez avec lui, vous ne le regardez pas, vous ne lui parlez pas, vous ne le traînez pas. Votre attitude dit “moi je n’ai pas peur, il ne se passe rien”, et il finit par se relever et repartir.

Une fois sur deux au moins, le chien qui se fige veut rentrer à la maison, seul endroit qui le rassure. Solution simple plutôt que de tirer et de risquer qu’il s’échappe du collier : prenez la voiture et allez trois rues plus loin. Il ne sait plus où il habite, il n’a plus ses repères d’odeurs, et cela se passe déjà mieux.

Et si vous venez de l’avoir, le problème est peut-être qu’il ne vous fait pas encore confiance. Emmenez-le en forêt avec une longe de vingt ou trente mètres, faites du suivi naturel : il comprend que s’en aller c’est se retrouver seul, et le lien se tisse. Trois ou quatre balades suffisent souvent à faire retomber la pression ; de retour en rue, il vous regardera autrement, parce qu’il aura compris qu’en cas de galère, c’est vous qui avez la bonne réponse.

L’erreur à ne pas commettre : jeter des croquettes devant un chien figé pour le faire avancer, comme le Petit Poucet. Vous ne renforcez pas sa peur au sens strict, mais vous validez l’attitude qu’il vient d’adopter. Si vous voulez jouer ou lancer des croquettes, faites-le avant, en partant de chez vous, avant que la peur ne se déclenche.

Faut-il laisser tout le monde toucher son chien ?

En théorie, non. En pratique, il est difficile d’écarter tous les gens qui veulent simplement caresser un chien en souriant.

La réponse pragmatique : si le chien est plutôt stable et qu’il va vers les gens en remuant la queue, dans un premier temps un contact positif ne pose pas de problème, si les gens sont d’accord. Mieux vaut un chien heureux et sans troubles, quitte à poser l’interdit plus tard, quand il est acquis. L’inverse, un chien qui a peur et veut mordre tout le monde, est infiniment plus difficile à ramener vers une vision positive de la vie.

Mais accompagnez : mettez-vous avec la personne, prenez sa main, faites renifler, valorisez. Faites un travail pédagogique. Si vous vous énervez, si vous refusez sèchement, vous mettez de la pression sur le chien sans vous en rendre compte, et c’est ainsi que les situations dégénèrent.

En conclusion

Pour des situations qui semblaient sans solution, il y a toujours une solution. Il faut l’esprit vif, de l’imagination, et deux secondes passées à se mettre à la place du chien pour comprendre ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et surtout les conséquences de ce que vous faites.

Le mot d’ordre en éducation reste la clarté, la logique et la cohérence. Et n’oubliez jamais l’autre moitié : le plaisir, le jeu et la joie sont essentiels.