Beaucoup en parlent, trĂšs peu savent ce que câest. Ce module prĂ©sente le modĂšle en trois zones qui circule partout, explique pourquoi il est faux tel quâon lâapplique, et dĂ©fend une position Ă contre-courant : on entre dans la zone de confort, presque toujours.
Le schéma classique
Le modÚle habituel décrit trois zones :
- Bleu : le chien est Ă lâaise, il Ă©volue en confiance.
- Jaune : il cherche une solution pour sâextraire, des signaux dâinconfort apparaissent.
- Rouge : il a peur et réagit en fuyant ou en attaquant, il ne peut plus raisonner, la zone est dangereuse.
La lecture pratique quâon en fait : quand vous ĂȘtes dans le bleu, aucun problĂšme ; dans le jaune, il commence Ă se poser des questions ; dans le rouge, il ne rĂ©flĂ©chit plus.
Pourquoi ce modĂšle produit des chiens mordeurs
Regardez ce que vous enseignez au chien quand vous appliquez cette rĂšgle.
Vous arrivez dans le jaune, le chien Ă©met des signaux, et vous reculez dans le bleu. Vous venez de lui apprendre que ces signaux font reculer. Dans le rouge, sur un chien Ă forte intensitĂ©, câest pire : il grogne, montre les dents, charge, et tout le monde sâĂ©carte, parce que câest toujours ce qui sâest produit. RĂ©sultat, plus personne nâentre jamais dans cette zone rouge, et câest ainsi quâon fabrique des chiens mordeurs.
Ce qui se passe réellement quand on y entre
Lâaffirmation selon laquelle le chien ne raisonnerait plus dans le rouge ne tient pas Ă lâĂ©preuve du terrain.
Quand vous entrez dans cette zone, le chien muselĂ© bien entendu, personne ne vous demande dây aller la fleur au fusil, et quâil vous percute avec son maĂźtre, dents dĂ©pliĂ©es Ă lâintĂ©rieur de la museliĂšre, il se produit quelque chose de dĂ©cisif : pour la premiĂšre fois de sa vie, il constate que cela ne vous fait rien. Vous ne reculez pas. Vous ne rĂ©agissez pas non plus, il ne sâagit pas de rĂ©pondre, il sâagit de lui montrer que ça ne marche pas.
Câest prĂ©cisĂ©ment lĂ quâil se met Ă raisonner, et non lâinverse. âLa solution que jâemploie depuis toujours ne fonctionne pas.â Certains chiens viennent au contact une seule fois, constatent lâĂ©chec, et le travail peut commencer.
Et la vraie question est celle quâil se pose ensuite : que se passe-t-il, du cĂŽtĂ© de cet humain ? Si vous ĂȘtes calme, avec la bonne attitude, il finit par se dire que depuis des annĂ©es il mord, grogne et saute pour rien, et que les humains ne sont peut-ĂȘtre pas si dangereux. Vous prenez au passage une autoritĂ© naturelle sans rien faire, vous le perturbez intellectuellement, vous lâobligez Ă se poser les bonnes questions, et vous pouvez amorcer un travail de qualitĂ©.
Le problĂšme pratique de ceux qui nây entrent jamais
Lâautre Ă©cole propose de travailler par Ă©loignement progressif : on commence Ă 500 mĂštres, puis 400, puis 300. BientĂŽt il faudra des talkies-walkies.
La question Ă se poser en premier est toujours la mĂȘme : comment font vos clients ? Un particulier avec un chien rĂ©actif Ă lâhumain, comment fait-il pour le sortir faire ses besoins ? Si votre rĂ©ponse est quâil faut espĂ©rer que dans deux ou trois ans lâhabituation produise un rĂ©sultat, que fait le chien pendant ces deux ou trois ans ? Il fait ses besoins sur le balcon et ne sort plus.
Ajoutez-y lâirrĂ©alisme : vous nâavez pas le pouvoir de faire Ă©vacuer une ville. Les gens que vos clients croisent dehors ne vont pas se maintenir en zone bleue parce quâils connaĂźtraient le modĂšle. Une mĂ©thode que lâenvironnement rend inapplicable nâest pas une mĂ©thode, et quand elle est en plus illogique, elle devient dangereuse.
Sachez enfin que vous rencontrerez de plus en plus de chiens ayant dĂ©jĂ vu des Ă©ducateurs qui sont restĂ©s dans le bleu. Ces chiens sont devenus rĂ©sistants : ils ont compris quâun pas de trop suffit Ă faire reculer.
Le bleu doit finir par recouvrir tout
La bonne façon de voir les choses est celle-ci : la zone de confort du chien devrait aller jusquâĂ lâextĂ©rieur. Il faut mettre du bleu partout. Mais pour cela, il faut dâabord enlever le rouge, et ensuite le jaune.
Comprenez surtout quâun chien raisonne toujours. Il Ă©value ce qui marche et ce qui ne marche pas. Tout ce qui fait reculer marche Ă ses yeux. Tout ce qui ne fait plus reculer ne marche plus, et il doit donc chercher autre chose. Et dans ce cas, il nâexiste quâune solution qui fonctionne : se taire et vivre normalement. Quand il constate quâen ne rĂ©agissant pas il ne se passe rien, et quâon peut mĂȘme y ajouter une rĂ©compense, câest terminĂ©.
Pour un chien qui vit trĂšs mal, la zone rouge est dâailleurs sa zone Ă lui : câest lĂ quâil arrive Ă vivre, Ă respirer, Ă ne pas stresser. Votre travail est dâĂ©largir sa zone, et vous nâavez pas dâautre choix que dây entrer.
Comment on y entre
Pas nâimporte comment, et pas avec nâimporte quelle attitude. Un chien peureux, un chien offensif, un chien dĂ©fensif, un chien qui garde son territoire : ce ne sont pas les mĂȘmes approches.
On ne marchande pas avec un chien. On nâentre donc pas dans sa zone Ă coups de saucisses. Au dĂ©part dâune rééducation, aucune rĂ©compense, aucun achat du chien : vous devez gagner sa confiance par votre attitude, tout le temps. Une fois gagnĂ©e, vous pouvez amorcer des stimulations, du jeu, du travail, et des rĂ©compenses autant que vous voulez.
La raison est essentielle : on ne paie pas un chien qui a le mauvais comportement. Beaucoup de gens ont si peur quâils arrivent en lançant des saucisses dans tous les sens. Ce quâils valident, câest lâintention. Le chien peut avoir dans la tĂȘte âje vais te mordreâ, et venir chercher la saucisse : si vous validez ce moment-lĂ , Ă la fin il vous mordra.
DâoĂč la nĂ©cessitĂ© de le lire : dilatation des pupilles, attitude corporelle, positionnement des hanches et du bassin, mouvements dâintention. Ce sont ces Ă©lĂ©ments qui vous disent si vous pouvez entrer, et comment.
Et il y a une rĂšgle qui ne souffre aucune exception : une fois que vous dĂ©cidez dâentrer, vous nâavez plus le droit dâen ressortir avant dâavoir le rĂ©sultat escomptĂ©. Y aller Ă lâarrache, constater que câest compliquĂ© et partir, câest condamner le chien.
Allez-y avec sĂ©rĂ©nitĂ© et assurance. Si vous ressentez de la peur, cela ne marchera jamais. Et pratiquez, avec un professionnel : on ne part pas Ă lâaventure avec ce type de chien. Le danger nâest pas tant pour vous, câest votre mĂ©tier, que pour le chien, quâon rend chaque fois plus rĂ©sistant et plus combatif en lui confirmant que sa mĂ©thode fonctionne.
Une question dâhonnĂȘtetĂ© professionnelle
Dernier point, et il nâest pas anodin. Quand vous passez cinq ans de cours avec un chien, sauf Ă ĂȘtre vraiment mauvais, il finira de toute façon par fonctionner par habituation : il sâhabitue Ă vous. Vous nâaurez alors pas rĂ©glĂ© le problĂšme du maĂźtre, vous lâaurez enfumĂ©.
Ceux qui proposent de rester à 150 mÚtres, puis 149, puis 148, misent tout leur processus sur cette habituation. Dans un délai de deux à douze ans, ils finiront effectivement par entrer dans la zone de confort, sans doute quand le chien sera mort de vieillesse.
Votre seul objectif est dâĂȘtre utile, pour les gens et pas pour vous. Pensez toujours chien et humain : sans les deux, câest le drame Ă chaque fois. Si câest cela qui guide vos dĂ©cisions, vous comprendrez le chien dans son ensemble et vous trouverez les bonnes solutions.