Le chien régulateur

Le chien régulateur

Le module le plus court du chapitre communication, et l’un des plus tranchĂ©s. Il rĂ©pond Ă  trois questions : ce qu’est rĂ©ellement un chien rĂ©gulateur, ce qu’il peut faire, et pourquoi l’idĂ©e telle qu’elle circule aujourd’hui est Ă  la fois surestimĂ©e et dangereuse.

Ce qu’est un chien rĂ©gulateur

Un chien régulateur est un chien bien éduqué, bien dans ses pattes, solide sur les codes et la communication canine. Point. Ni plus, ni moins.

Il n’y a aucune magie derriĂšre le mot, et c’est d’ailleurs le mot lui-mĂȘme qui pose problĂšme. “Compagnon de travail” ou “chien d’assistance” dĂ©crirait bien mieux ce dont il s’agit : un chien capable, dans certaines situations, de faciliter la communication, de permettre au chien d’en face de vous accepter plus vite, de rĂ©gler un blocage.

Ce qu’il fait bien

Deux usages oĂč il n’a pas d’équivalent.

La voiture. Face Ă  un chien malade ou anxieux en voiture, il n’existe rien de mieux que de faire monter Ă  cĂŽtĂ© de lui un chien parfaitement stable et manifestement heureux d’y aller.

L’apaisement d’un chien fougueux. Un chien bien codĂ©, carrĂ©, remettra en place en langage canin le chien un peu foufou qui saute sur tout le monde, bien mieux qu’une intervention humaine.

Le principe est le mĂȘme dans d’autres configurations : face Ă  un chien peureux des humains, vous pouvez caresser, brosser et jouer avec votre chien devant lui, pour lui montrer par l’exemple.

Ce qu’il ne fait pas, et la ligne rouge

Le chien rĂ©gulateur ne se substitue pas Ă  l’éducateur. On ne le lĂąche pas en espĂ©rant qu’il remette d’autoritĂ© tous les chiens Ă  leur place, et le vendre ainsi est un mensonge.

La raison de fond est celle-ci : nous vivons dans le monde des humains, et dans ce monde-lĂ , seuls les humains ont les bonnes rĂ©ponses. Un chien peut rassurer, faciliter, dĂ©bloquer. Mais qui peut enseigner les rĂšgles de vie humaines, sinon un humain ? Le raisonnement se retourne d’ailleurs parfaitement : lĂąchĂ© au milieu d’une meute de loups, c’est les loups qu’il faudrait observer, parce qu’eux seuls sauraient indiquer comment y rester en vie.

La limite est donc claire : un chien qui vous assiste et vous ouvre la porte, oui ; un chien censĂ© rĂ©gler les problĂšmes pendant que vous restez assis, non. C’est impossible, et c’est dangereux pour le chien d’en face.

Sur la formation de chiens régulateurs

Il n’y a pas lieu d’y croire, et c’est un avis assumĂ©. Il faut d’abord trier selon le tempĂ©rament : un chien qui n’a pas de façon innĂ©e les affinitĂ©s et les capacitĂ©s du leader ne rĂ©gulera rien. Ce ne sont pas des chiens capables de prendre le leadership, ce ne sont pas des chiens qui aiment ça, et cela ne s’enseigne pas.

En revanche, ce qui est possible et qui se fait dĂ©jĂ  pour les chiens guides d’aveugles : Ă©duquer trĂšs tĂŽt des chiots pour en faire des adultes bien dans leur tĂȘte, donc potentiellement capables de rĂ©guler. La mĂšre commence l’apprentissage avec ses petits dĂšs quatre semaines ; Ă  cinq ou six semaines, tout le monde la suit en balade, et cela Ă©veille les chiots.

Un compagnon de travail rĂ©ellement solide est un atout. Un pseudo-chien rĂ©gulateur, comme il en circule beaucoup, gĂ©nĂšre trois fois plus de troubles qu’il n’en rĂšgle.