Le couple maĂźtre/chien

Le couple maĂźtre/chien

Comment Ă©tudier un binĂŽme, quels ordres installer et pourquoi, comment travailler sur le maĂźtre autant que sur le chien, et comment construire un cours, individuel puis collectif. C’est le module qui transforme les connaissances des chapitres prĂ©cĂ©dents en pratique de terrain.

L’étude du binĂŽme

Analyser avant de parler

En arrivant, la premiĂšre chose Ă  faire est d’observer le chien sans rien dire, du coin de l’Ɠil, pendant que vous discutez. Il vous donnera une quantitĂ© d’indications.

Que fait-il ? RĂ©clame-t-il un cĂąlin en permanence ? Va-t-il constamment sur son maĂźtre, lui saute-t-il dessus ? Se couche-t-il tranquillement, Ă  vos pieds, aux pieds de son maĂźtre, en travers d’un passage, sur le pas d’une porte ? Est-il nerveux, anxieux, aboyeur ? Voyez-vous des rougeurs sur une patte ?

Sur ce dernier point, attention au vocabulaire : signalez simplement “il est un peu rouge Ă  la patte”, et laissez le propriĂ©taire enchaĂźner sur le fait qu’il se lĂšche. N’employez pas le mot mutilation : vous le connaissez, il n’est pas fait pour eux.

Les questions Ă  poser

Sur la position dans la famille : qui s’occupe du chien, qui le nourrit, qui le sort, qui le travaille ? Quelles sont ses prĂ©rogatives ?

Sur les rĂšgles de vie : oĂč dort-il, a-t-il accĂšs Ă  l’étage, combien de sorties par jour, Ă  quel moment et par qui est-il nourri, y a-t-il un rituel de repas ? Le rituel classique, assis, pas bouger, on pose la gamelle, on autorise. Ou bien c’est Ă  disposition, ou bien il n’y a rien, ou bien c’est toujours au mĂȘme endroit, ce qui est une erreur : c’est du conditionnement, le chien ne rĂ©flĂ©chit plus.

Sur la cohĂ©rence : le canapĂ© est interdit mais tolĂ©rĂ© de temps en temps, ou bien il a le droit de monter sur les genoux pour rĂ©clamer un cĂąlin. Sur un chien sans problĂšme, ce n’est pas un souci. Sur un chien qui devient rĂ©actif, ce sont prĂ©cisĂ©ment ces micro-dĂ©tails qu’il faudra corriger.

Sur la rĂ©activitĂ©, et lĂ  il faut fragmenter. Les gens rĂ©pondront “il aime tout le monde”, suivi d’un “sauf si
”. Demandez donc : a-t-il des problĂšmes avec les autres chiens, en laisse ou dĂ©tachĂ©, avec les mĂąles ou les femelles ? Que fait-il face Ă  un chien un peu rĂ©actif : il se soumet, il s’enfuit, il joue ? Avec les humains : dans la rue attachĂ©, dans la rue dĂ©tachĂ©, Ă  la maison quand des amis viennent ? A-t-il dĂ©jĂ  mordu ou pincĂ© ?

Plus vous fragmentez, plus il est facile de rĂ©pondre. Rappelez-vous que la personne est sous tension et attend beaucoup de vous : une question globale n’appelle qu’une rĂ©ponse globale, et vous perdez les dĂ©tails.

Sur la gestion des contacts, des espaces et de la nourriture : peut-on passer à cÎté de lui quand il mange sans risque ? Et pour ses jouets, son panier ? Y a-t-il des piÚces interdites ? Reste-t-il seul sans détruire ?

VĂ©rifier ce qu’on vous dit

On ne croit personne sur parole, et pas par mĂ©fiance : c’est le meilleur moyen de partir dans la mauvaise direction.

L’exemple qui revient toujours : “la chambre, c’est interdit”. Allons-y, montrez-moi comment vous l’interdisez. Et que font-ils ? Ils ferment la porte. Ce n’est pas un interdit, c’est un moyen physique d’empĂȘcher un accĂšs. Ce n’est pas de l’éducation.

Un vrai interdit Ă©ducatif, c’est la porte ouverte, le chien qui ne franchit pas le seuil, et quoi qu’il se passe Ă  l’intĂ©rieur, jouet, ballon, nourriture, il n’entre pas. Dans la tĂȘte du chien, une porte fermĂ©e ne signifie aucun interdit : elle signifie qu’il n’a pas de solution pour entrer. Ce que nous voulons, c’est un impact psychologique qui lui fasse comprendre qu’il existe des rĂšgles.

Donc vĂ©rifiez tout, sous forme d’exercice, Ă  la cool, jamais comme un interrogatoire.

Les motivations du client

Question essentielle et rarement posĂ©e : qu’attend-il de vous ?

Certains ont un chien rĂ©actif Ă  l’humain et ne veulent travailler que l’obĂ©issance de base, parce que la rĂ©activitĂ© leur convient : le chien est toujours tenu, il n’a jamais mordu, et cela impressionne. Votre rĂŽle est d’expliquer la dangerositĂ© rĂ©elle, et de prĂ©ciser au passage qu’un chien sympathique avec tous les humains n’en rĂ©agira pas moins en cas d’agression. MĂȘme chose pour les petits chiens : aucun ne naĂźt hargneux, ce sont des dĂ©fauts d’éducation.

DĂ©terminez aussi le temps que le client est prĂȘt Ă  consacrer, ce qui est accessible dans ce foyer et ce qui ne le sera jamais. Et quand la demande est trĂšs spĂ©cifique : on commence par les bases, et on verra ensuite pour aller plus loin.

Expliquer, toujours

Le matériel est le terrain le plus fréquent de désaccord, et il fonctionne dans les deux sens.

Un client au collier plat Ă  qui vous voudriez faire adopter un Ă©trangleur vous dira qu’il a peur de faire mal. Expliquez le mode de fonctionnement, puis, comme c’est presque toujours possible : “aucun problĂšme, on peut le faire au collier plat, je vais vous montrer, on verra ensuite si on doit Ă©voluer”. Faites un pas vers lui, et montrez que vous ĂȘtes ouvert, non pour faire bien, mais parce que vous devez l’ĂȘtre.

Le scĂ©nario inverse est frĂ©quent : un chien au collier Ă©trangleur parce qu’un club l’a prescrit, qui tire comme un sourd parce que l’outil a Ă©tĂ© mal employĂ©. Il faut alors savoir dire l’inverse : je ne suis pas un bisounours, mais lĂ , cela a Ă©tĂ© mal utilisĂ©, on passe au collier plat.

Le harnais mĂ©rite une explication Ă  part. Sauf cause mĂ©dicale, on n’apprend pas la marche en laisse avec un harnais. Les modĂšles avec prise sur l’avant, avec un plastron, mettent le chien en position de combat dĂšs qu’on tire : c’est comme poser la main sur son poitrail et appuyer, dĂšs que vous relĂąchez, il part. Expliquez-le, et les gens qui galĂšrent depuis des mois vous rĂ©pondront qu’ils vont acheter un collier plat l’aprĂšs-midi mĂȘme.

MĂȘme chose pour la museliĂšre, dont vous aurez besoin pour travailler en sĂ©curitĂ©. Fournissez un tutoriel, filmez-vous, laissez dix jours pour le travail. Et rassurez : la museliĂšre est un outil, pas un mode de vie, et dĂšs qu’on pourra la retirer, on la retirera.

Et sur l’éternel affrontement autour de la friandise, rappelez ce qu’elle est : un leurre, exactement comme un boudin, une balle ou un stylo. Un moyen de diriger le chien sans le manipuler. Ils n’ont simplement pas la mĂȘme valeur : la friandise joue sur la gourmandise, un instinct primaire ; le boudin joue sur le plaisir de mordre, sur la dĂ©charge de pression et sur l’interaction avec le propriĂ©taire, ce que certains chiens prĂ©fĂšrent Ă  tout.

Les clients ont besoin de comprendre. Une fois que vous avez expliquĂ©, dans 99,9 % des cas ils sont contents, ils vous font confiance, et ils appliqueront. Si vous n’avez pas de plaisir Ă  expliquer, ce mĂ©tier n’est pas pour vous.

Éduquer ou dresser

En langage courant, c’est la mĂȘme chose et il ne faut pas s’en prĂ©occuper. Si l’on veut le dĂ©tail :

Éducation : tout ce qui relĂšve de la façon de vivre avec les humains. Destruction, solitude, gestion des espaces, comportement en sociĂ©tĂ©, comportement en ville, socialisation, ouverture sensorielle au monde.

Dressage : optimisation des compĂ©tences du chien dans un but prĂ©cis. Souvent les chiens d’utilitĂ©, mais pas seulement : l’assis, le couchĂ©, le pas bouger, le au panier en font partie, et ils sont un facilitateur d’éducation.

Les deux s’emboütent. À part se trouve la marche en laisse, qui n’est vraiment ni l’un ni l’autre : on ne parle pas quand on l’apprend, tout passe par l’attitude et le naturel.

Restent les tricks (la patte, le beau, twist, roule, pan). Sans utilitĂ© quotidienne, ils crĂ©ent une vraie dynamique relationnelle et sont vecteurs de sourire. Dans un foyer Ă©puisĂ© par de petits problĂšmes, un chien capable de faire rire des invitĂ©s remet une ambiance et crĂ©e de la complicitĂ©. Ce n’est pas rien.

Les ordres

Les rĂšgles de montage

Jamais deux personnes qui donnent un ordre. Si un membre du couple dit “couchĂ©â€, l’autre ne surenchĂ©rit pas. La personne qui parle va toujours au bout de ce qu’elle dit sans ĂȘtre interrompue, et le seul qui puisse interrompre, si c’est opportun, c’est vous.

Au dĂ©part, on rĂ©compense systĂ©matiquement. Tout le temps, sans aucune limite. La question du “quand arrĂȘte-t-on ?” viendra ; la rĂ©ponse est : quand vous l’aurez dĂ©cidĂ©. Et Ă  mesure que les exercices se compliquent, le chien ne fera parfois pas alors qu’il veut la rĂ©compense : c’est lĂ  que naĂźt le “si tu ne fais pas, je ne te donne pas”, et qu’il se met Ă  obĂ©ir aussi parce qu’il a compris que vous avez de l’autoritĂ©.

Séances trÚs courtes. Sur une heure de rendez-vous, le chien travaille quinze minutes maximum, fractionnées en tranches de cinq minutes ; le reste du temps, vous expliquez.

RarĂ©fiez l’objet de motivation. Si l’on travaille Ă  la balle, le chien n’y a droit que quand vous ĂȘtes lĂ , ou dix minutes par jour quand les propriĂ©taires travaillent, et ensuite on range.

Toujours sans stimulation au dĂ©part. Un chien incapable d’un couchĂ© dans son salon n’a rien Ă  faire Ă  un passage piĂ©ton. On monte la stimulation progressivement.

Travaillez en statique et en dynamique, puis mĂ©langez : reste dynamique puis pas bouger, pas bouger puis dĂ©part en courant, au pied dynamique puis arrĂȘt statique. Plus ça va vite, plus c’est dur, plus le chien progresse.

Ajoutez enfin l’absence visuelle : pas bouger dans le salon, vous passez dans la salle de bain, il ne vous voit plus, vous revenez, bravo. Tout peut commencer à la maison.

L’assis

C’est une position neutre : personne ne domine, personne n’est soumis.

Il s’acquiert trĂšs vite pour une raison mĂ©canique : les chiens Ă©tant plus petits que nous, ils lĂšvent la tĂȘte pour nous regarder, ce qui crĂ©e un point de compression en bas de la colonne, sans douleur, et les amĂšne naturellement Ă  s’asseoir.

D’oĂč le piĂšge, et c’est l’ordre le plus casse-gueule : tout le monde vous dira “l’assis, c’est acquis”. Non. Le chien s’assoit dĂšs que vous avez quelque chose d’intĂ©ressant en main ; cela ne veut pas dire qu’il maĂźtrise l’assis Ă  cinquante mĂštres sur demande. On le travaille comme les autres.

Le couché

C’est un ordre de soumission, au sens le moins pĂ©joratif du terme. Le message est : maintenant tu te couches, cette situation tu ne sais pas la gĂ©rer, ce n’est pas Ă  toi de la gĂ©rer, je prends le relais.

C’est donc un message apaisant. Vous partez en avant, le chien est couchĂ© derriĂšre vous, il ne se passe rien, et il commence Ă  prendre confiance : celui-lĂ  gĂšre.

Le pas bouger

Essentiel, on s’en sert en permanence, et il sert l’objectif zĂ©ro tension.

Un vĂ©lo passe, le chien veut y aller, “pas bouger” : laisse dĂ©tendue, aucune pression, aucun mauvais message, et une voix stable qui n’indique pas au chien que vous paniquez. Le vĂ©lo passe, le chien n’a pas bougĂ©, mĂȘme s’il est figĂ© : rĂ©compense. À ce niveau-lĂ , on sort des chiens de la prĂ©dation sur les humains, les vĂ©los, les petites bĂȘtes.

Il sert aussi la frustration, la solitude et le dĂ©tachement (le chien apprend que son maĂźtre peut ĂȘtre Ă  distance sans que ce soit la fin du monde), et le renoncement : “pas bouger”, vous envoyez la balle, il n’y va pas. En dynamique, c’est encore plus fort : il part sur la balle, donc sur un processus de poursuite, et vous cassez la sĂ©quence d’un simple “pas bouger”.

Le au pied

C’est le rappel. Mise sous tension, on/off, gestion des Ă©motions : vous envoyez la balle, et Ă  mi-chemin, “au pied”. Vous cassez la sĂ©quence par un retour dynamique, ce qui est trĂšs diffĂ©rent d’un blocage.

Il conditionne aussi toute la dĂ©pense physique : un chien qu’on ne peut pas dĂ©tacher finit par pĂ©ter les plombs.

Point important : tous les chiens, sans exception, peuvent apprendre le rappel. Les nordiques, un akita, un chien primitif : aucune limite.

Deux configurations. Soit le suivi naturel est acquis et vous complĂ©tez par du rappel de prĂ©cision, et vous avez gagnĂ©. Soit il ne l’est pas, et dĂšs que vous dĂ©tachez, ça part : vous ne pouvez pas rĂ©pĂ©ter “au pied” cent fois dans une balade. Travaillez alors en longe : Ă  chaque fois qu’il arrive au bout, posez le pied sur la longe. Il comprend vite le pĂ©rimĂštre, et le travail peut commencer.

Le rappel rĂ©vĂšle aussi le placement hiĂ©rarchique. Le chien que vous rappelez, qui se retourne, revient, fait une petite piste d’un cĂŽtĂ©, une autre de l’autre, puis arrive : ce n’est pas vous qui l’avez rappelĂ©, c’est lui qui a choisi de venir, et il a dĂ©cidĂ© du timing. Inutile de crier. Souvent, c’est un chien trĂšs gentil qui a simplement un peu le melon. On rarĂ©fie l’objet de rĂ©compense, on ajoute de la motivation, on corrige quelques rĂ©glages du quotidien. Sur un chien trĂšs affirmĂ©, en revanche, cadre de vie ultra strict, et le rappel s’amĂ©liorera.

Une mise au point s’impose sur la sanction. On rĂ©pĂšte qu’il ne faut jamais sanctionner sur un rappel. C’est incomplet. Un chien qui ne connaĂźt pas l’ordre, on ne le dispute jamais. Un chien revenu Ă  vos pieds, on ne le dispute jamais. Mais un chien sur lequel les bases ont Ă©tĂ© posĂ©es, qui connaĂźt l’ordre et qui ne revient pas, peut tout Ă  fait ĂȘtre repris, y compris Ă  distance : on le rappelle Ă  l’ordre, on retourne Ă  son point de dĂ©part et on recommence. Ne pas obĂ©ir et ne pas comprendre sont deux choses diffĂ©rentes.

Le reste

Le chien colle la jambe, dĂ©tachĂ©, et oublie le monde extĂ©rieur. C’est l’équivalent dynamique du pas bouger, et sur bien des situations il est supĂ©rieur, parce qu’il ne fige rien.

Comparez : en “pas bouger”, vous vous Ă©cartez et vous attendez quarante secondes qu’un chien passe. En “reste”, les deux sont en mouvement et l’action dure dix Ă  quinze secondes.

Un bĂ©nĂ©fice qu’on n’attend pas : plus vous restez en mouvement, moins vous faites peur aux gens. Un maĂźtre qui s’écarte et fige son chien fait penser aux passants qu’il y a un problĂšme. Un maĂźtre qui dit “reste” et continue de marcher les rassure. Et des passants rassurĂ©s adoptent des attitudes normales, ce qui facilite tout, et rend au maĂźtre le plaisir de promener son chien.

L’apprentissage commence en laisse, ce qui peut sembler paradoxal, avant de passer au dĂ©tachĂ©.

Le pas touché

Il apprend Ă  renoncer et Ă  gĂ©rer ses Ă©motions, et il renforce l’apprentissage du non-vol, pour la nourriture comme pour les objets : fils, chargeurs, tĂ©lĂ©phone, tĂ©lĂ©commande, paquet de mouchoirs. Travaillez-le intelligemment en posant ses propres jouets sur la table basse : posĂ©s, ils ne sont plus Ă  lui.

En extĂ©rieur, il Ă©vite l’énervement inutile : votre chien farfouille, vous ne voyez pas ce qu’il fait. “Pas touchĂ©â€, vous approchez, vous regardez ; si ce n’est rien, “prends” ; si ce n’est pas possible, “pas touchĂ©, au pied”.

Et il casse la sĂ©quence en cours. Sur certains chiens, cela suffit Ă  sortir d’une protection de ressources : l’action est bloquĂ©e, le chien n’est plus dans la logique de protĂ©ger. L’exemple marquant est celui d’un dogue allemand vivant avec des chats, qui dĂ©couvrait toutes ses dents quand un chat approchait de la viande posĂ©e sur la table. Un “pas touchĂ©â€ de son maĂźtre, un “couchĂ©â€, et il ne s’est mĂȘme plus posĂ© la question. Ce n’est pas toujours suffisant, cela dĂ©pend du degrĂ©, mais c’est un facilitateur rĂ©el.

Le prends / donne

Principal bĂ©nĂ©fice : le bouton on/off. Prends, donne, prends, donne. Quand vous pouvez lancer une phase de jeu d’un mot et l’arrĂȘter net d’un autre, le chien a une gestion Ă©motionnelle de trĂšs haut niveau : un seuil d’homĂ©ostasie assez Ă©levĂ© pour gĂ©rer presque toutes les situations, et par apprentissage.

Plus il progresse, plus vous montez : vous l’excitez sur le “prends”, vous jouez, et au sommet de l’excitation, “donne”, et il doit apprendre à retomber.

Il a par ailleurs la mĂȘme utilitĂ© que le pas touchĂ© sur la garde d’objet, car beaucoup de chiens considĂšrent qu’un objet lĂąchĂ© au sol ne se protĂšge plus. Et il permet de fragmenter : donne, il lĂąche, assis, recul pour prendre de la distance, pas bouger, Ă©ventuellement pas touchĂ©, puis vous lui rendez. Plus vous dĂ©coupez, moins le chien stresse, et plus il comprend que rien n’est Ă  lui mais qu’il a accĂšs Ă  tout tant qu’il se comporte normalement.

Le suivi naturel

Ce n’est pas un ordre, c’est la comprĂ©hension par le chien qu’il doit rester dans un pĂ©rimĂštre. Il ne doit jamais vous perdre de vue, et il doit comprendre qu’il ne peut pas vous perdre parce qu’il a besoin de vous. Cinquante ou soixante mĂštres ne posent aucun problĂšme, et il peut parfaitement ĂȘtre devant, du moment qu’il se retourne.

D’oĂč la mĂ©thode d’apprentissage : on part se cacher, on bifurque sur le cĂŽtĂ© pendant qu’il est devant, on cherche Ă  le surprendre, pour qu’il comprenne que c’est vous qui dĂ©cidez oĂč va la meute.

Le bĂ©nĂ©fice est Ă©norme : une balade oĂč l’on dit cinq fois “au pied” au lieu de cinq cents. Sans suivi naturel, on sature le chien de mots, et l’on se sature soi-mĂȘme Ă  parler en permanence. C’est le complĂ©ment indispensable du rappel.

La marche en laisse

Elle doit commencer tît, surtout si le chien pùsera 80 kg à l’ñge adulte. Mais tît ne veut pas dire deux mois : plutît trois mois, trois mois et demi.

La raison est dĂ©cisive. Jusqu’à trois mois et demi, on est en pleine imprĂ©gnation, et on ne peut prendre aucun risque de mauvaise interprĂ©tation. Un Ă -coup au moment oĂč une voiture passe et vous fabriquez un chien peureux des voitures. Pire encore, et c’est un raisonnement Ă  pousser jusqu’au bout : si vous travaillez Ă  la friandise et qu’une moto passe bruyamment devant un chiot de deux mois et demi, vous ĂȘtes en train de rĂ©compenser l’attitude qu’il vient d’avoir. Pas sa peur, qu’on ne peut pas renforcer, mais l’attitude. Il n’y a pas le feu.

Avec un chiot, travaillez au maximum dĂ©tachĂ© ou en longe : plus il suit naturellement, plus c’est fluide, moins il faut de mots, moins on le fatigue.

Le travail sur le maĂźtre

C’est lui qu’il faut convaincre

En Ă©ducation de base, la rĂšgle est simple : vous montrez toujours, une fois, et ensuite c’est le client qui fait. En rééducation, il arrive que vous preniez le relais pendant quelques sĂ©ances, parce que les clients sont dĂ©passĂ©s et que vous devez crĂ©er un lien avec le chien.

Ne demandez jamais quelque chose Ă  un client sans le lui avoir montrĂ© avant. Et quand vous montrez et que ça fonctionne, c’est presque gagnĂ© : ce n’est pas le chien que vous impactez, c’est le client. “Il n’a jamais fait ça avec moi.” Les gens reprennent confiance, se disent que ça va marcher, travaillent davantage, et donc ça marche.

Alléger et fragmenter

Si le maĂźtre est en confiance, il travaille dix fois plus. Ne le surchargez pas. Fixez un cadre facile Ă  tenir : cinq couchĂ©s le matin, cinq le midi. Fragmentez au point qu’il puisse le noter en trois mots sur un carnet.

Et attaquez sa vraie problĂ©matique. En Ă©ducation, c’est souvent la propretĂ©. Faites le tour, demandez ce qu’il a lu, qui il a consultĂ©. Puis rassurez avec honnĂȘtetĂ© : dans un foyer oĂč le chiot de quatre mois et demi n’est pas propre et oĂč les deux parents travaillent, annoncez le protocole et annoncez qu’il y aura probablement encore un pipi ou un caca pendant vos absences pendant un mois ou un mois et demi. Cela enlĂšve la pression et Ă©vite qu’un accident soit vĂ©cu comme un Ă©chec.

Surveillez d’ailleurs les clients qui prennent les Ă©checs de leur chien pour eux et s’effondrent en sĂ©ance. Remontez-les en expliquant : s’il ne sait pas faire, tant mieux, on va pouvoir lui apprendre ; s’il fait mal, tant mieux, on va pouvoir lui dire qu’il fait mal, et il apprendra deux fois plus vite. Et si un exercice est trop haut pour le chien ou pour le maĂźtre, redescendez immĂ©diatement en intensitĂ© pour les faire gagner tous les deux.

Offrez enfin un objectif de vie. Le plus demandé, de loin : pouvoir emmener son chien partout, chez des amis, en vacances, au restaurant. Expliquez le chemin, et montrez.

Leur apprendre à gérer leurs émotions

Face Ă  quelqu’un qui perd le contrĂŽle, l’explication qui porte est celle-ci : Ă  chaque fois que tu cries, que tu t’énerves, tu perds de la valeur aux yeux de ton chien.

L’exemple type : “couchĂ©â€, il ne se couche pas, on tapote, on prend le collier, on l’amĂšne de force. À la fin il est couchĂ©, mais vous ne valez plus rien Ă  ses yeux, donc dans quatre minutes il ne se couchera pas davantage, parce qu’il ne vous considĂšre pas comme fiable. C’est l’éternel recommencement.

Le mĂȘme raisonnement fonde l’objectif zĂ©ro tension : moins on manipule physiquement un chien, mieux tout se passe. Vous mettez la main sur la poignĂ©e, le chien se colle Ă  la porte. Si le “recul” est appris : recul, couchĂ©, pas bouger, on ouvre, pas bouger, on sort, on ferme, on prend la laisse, on part. ZĂ©ro tension, et vous avez expliquĂ© par des mots que c’est vous qui prenez le leadership de la balade. Si Ă  l’inverse vous le prenez au collier pour le pousser, vous avez Ă©tĂ© plus fort que lui sur le moment, et vous n’avez rien construit.

La question de la récompense

Elle arrive toujours : quand arrĂȘte-t-on de rĂ©compenser ? Montrez le cheminement complet d’un exercice plutĂŽt que d’expliquer.

Sur un couchĂ© : d’abord la friandise amenĂ©e au sol, et on rĂ©compense. Ensuite on montre la friandise, on dit “couchĂ©â€ sans l’amener au sol. Puis on croise les bras, plus rien dans les mains, on dit “couchĂ©â€ ; ce sera plus long, et au moment oĂč il se couche, on sort la friandise de la poche. Vous installez le doute : a-t-il quelque chose ou non ? La rĂ©compense devient alĂ©atoire, le chien ne peut plus l’anticiper, et c’est ainsi qu’on progresse. À la fin, ce sera la voix ou la caresse, une fois que le maĂźtre aura appris Ă  s’en servir.

Mais le vrai fond du problĂšme est ailleurs : on sur-rĂ©compense parce qu’on ne vit pas avec son chien. En balade avec un chien bien Ă©duquĂ©, on ne rĂ©compense presque jamais, parce que la balade elle-mĂȘme est la rĂ©compense : se cacher pour l’appeler, jouer avec un bĂąton qu’il ramĂšne et dĂ©pose sans qu’on lui parle. La vie devient la rĂ©compense, parce que vous ĂȘtes souriant et dĂ©tendu, donc le chien va bien. Emmener son chien se baigner est une rĂ©compense supĂ©rieure Ă  tous les gĂąteaux du monde. Et l’on n’a accĂšs Ă  ces rĂ©compenses ultimes que parce que le chien est Ă©duquĂ©.

Faire évoluer un cours

Le dĂ©roulĂ© d’une sĂ©ance

Sur une heure, le chien dispose d’environ quinze minutes de concentration. Structurez :

  • VĂ©rification des acquis, cinq minutes. “Le couchĂ©, il le maĂźtrise” : trĂšs bien, montrez-le-moi exactement comme vous le faites d’habitude. Et vous rĂ©coltez tout : celui qui rĂ©pĂšte “couchĂ©â€ quinze fois, celui qui a le gĂąteau mais n’a pas compris comment fonctionne le leurre, celui qui tapote la tĂȘte, prend le collier et appuie. Vous savez alors Ă  qui vous avez affaire et pourquoi le chien ne fait pas.
  • DĂ©briefing avec le client.
  • Dix minutes de travail.

Le rîle des bases pour l’avenir

Expliquez aux gens que l’éducation du chiot est une assurance sur l’avenir. Un chien qui a un “pas bouger” excellent restera dĂ©tachable en sĂ©curitĂ© mĂȘme lorsque, adolescent puis adulte mĂąle, il commencera Ă  se montrer un peu rĂ©actif pour des raisons hormonales, ce qui peut arriver mĂȘme quand tout a Ă©tĂ© bien fait. On lui fait passer des chiens en “reste”, on ne fige pas les situations, on ne rattache pas systĂ©matiquement.

À l’inverse, laissez le maĂźtre rattraper son chien dix fois Ă  la vue d’un congĂ©nĂšre, et vous obtiendrez un chien qui rĂ©agit Ă  tous les chiens, mĂąles et femelles confondus. Le travail devient alors bien plus difficile.

Les cours collectifs

Rencontres et cours ne sont pas la mĂȘme chose

Quand les clients demandent du collectif “pour socialiser”, sĂ©parez deux choses.

Les rencontres entre congĂ©nĂšres peuvent commencer mĂȘme si le chien ne sait rien faire, mais ce n’est pas un cours collectif : c’est une balade Ă©ducative. Et la rĂšgle d’or y est la mĂȘme qu’à l’école du chiot : toujours des adultes, stables et Ă©quilibrĂ©s, capables de dire aux jeunes qu’ils vont trop loin. Des chiots entre eux ne peuvent pas s’éduquer, pas plus que des enfants.

Le cours collectif proprement dit s’envisage aprĂšs deux ou trois sĂ©ances, quand le chien a commencĂ© Ă  progresser. La condition d’entrĂ©e : ĂȘtre capable de faire quelque chose sans stimulation. Un chien incapable d’obĂ©ir dans son salon n’a rien Ă  y faire ; la balade Ă©ducative, en revanche, lui reste ouverte.

Comment on l’anime

Limitez absolument les temps d’attente. C’est la rĂšgle qui dĂ©cide de tout.

PrĂ©parez vos exercices Ă  l’avance, construisez vos cours avant de venir. Faites jouer les gens : inventez des jeux auxquels les humains participent avec leur chien, avec des ordres Ă  l’intĂ©rieur. Le chien travaille, l’humain progresse, et personne ne s’en rend compte parce que tout le monde rigole.

Les temps de travail ingrats existent, rappel, pas bouger, ordres à distance : tout le monde y participe, personne ne reste sur le cÎté.

Travaillez par ateliers : un groupe de quatre ou cinq capables de faire du “reste” en se croisant travaille cela et va plus loin ; un groupe de trois en difficultĂ© sur le “pas bouger” travaille le pas bouger. L’objectif est que tout le monde soit en mouvement mĂȘme quand vous n’ĂȘtes pas avec eux.

Sans terrain, faites des cours trùs courts, dix minutes à un quart d’heure, puis baladez-vous. Ils apprendront autant, parce qu’ils rappelleront, feront du pas bouger, reprendront leur chien en main. Évitez surtout les longues phases statiques : c’est difficile pour le chien comme pour le maütre.

Sur la composition : les chiens stables d’abord, puis les foufous, puis ceux qui sont censĂ©s gĂ©rer tout ce monde. Il n’y a pas de vĂ©ritĂ© absolue, mais la constitution du groupe ne se fait pas au hasard, et c’est souvent lĂ  que les cours collectifs pĂšchent.

Les cas particuliers

Le chien un peu chaud : il ne doit jamais ĂȘtre celui qui accueille. On le fait arriver aprĂšs les autres, quand tout le monde est en place, et seulement s’il a des bases. Et l’on ne reste pas statique.

Le chien peureux : il arrive au contraire un peu en avance. Et l’on ne reste pas statique non plus.

Retenez ce point : avec un chien agressif comme avec un chien peureux, rester en mouvement supprime environ 90 % des déclenchements.

Interrogez-vous surtout sur l’utilitĂ©. Pour un chien rĂ©actif aux congĂ©nĂšres, un cours collectif permet de travailler les ordres sous trĂšs haute stimulation ; mais c’est Ă©nergivore et cela prend du temps. Mieux vaut d’abord installer une obĂ©issance de base solide et une vraie relation avec le maĂźtre, sinon vous passerez tout votre cours avec lui. Pour un chien peureux, cela dĂ©pend du niveau d’anxiĂ©tĂ© : parfois il y a trop de chiens et chaque phase statique dĂ©clenche la panique. Quand c’est utile on le fait, quand ça ne l’est pas on ne le fait pas, et il faut expliquer que ce n’est que partie remise.

Le piĂšge du collectif : la marche en laisse

C’est le point Ă  Ă©viter. En collectif, et particuliĂšrement en milieu fermĂ©, la marche en laisse conduit systĂ©matiquement au collier Ă©trangleur pour tout le monde, parce qu’il n’y a pas la place de faire les demi-tours : on se retrouverait nez Ă  nez avec le binĂŽme suivant. L’étrangleur est alors choisi pour des raisons de flux, pas de pĂ©dagogie.

RĂ©duisez la marche en laisse au minimum, deux minutes par chien au maximum : tous les chiens dans un sens, on les fait avancer, on prend un chien, et tant qu’il ne marche pas correctement il n’a pas accĂšs Ă  ses camarades. Concentrez le cours sur le rappel, le reste, le couchĂ©, le pas bouger, qui profitent justement de la vie autour. La marche en laisse s’apprend d’abord ailleurs, et ne revient en collectif qu’une fois maĂźtrisĂ©e.

Ce qu’il faut retenir en arrivant chez quelqu’un

Analyse silencieuse du chien. RÚgles de vie. Vérification de tous les dires. Puis des cadres simples, clairs, cohérents, et surtout reproductibles par le client.

Et une exigence de langage : n’employez pas le mot homĂ©ostasie chez un client. “RĂ©activitĂ© congĂ©nĂšre” est dĂ©jĂ  parfois trop compliquĂ© : demandez comment il se comporte avec les autres chiens. Les gens ne vous prendront pas pour un idiot parce que vous parlez simplement ; ce qu’ils veulent, c’est un rĂ©sultat, et s’ils l’obtiennent vous serez toujours un hĂ©ros. Un client qui ressort en n’ayant rien compris, aprĂšs un dĂ©luge de mots savants, est le pire rĂ©sultat possible.

Vous devez enfin inspirer confiance. Ces gens Ă©taient les plus heureux du monde en accueillant leur chien et vivent aujourd’hui quelque chose qu’ils n’avaient pas prĂ©vu. On dit bonjour, on regarde, on prend le temps de discuter, on ne travaille pas le chronomĂštre Ă  la main. Vous distribuerez des friandises si vous jugez que c’est utile, pas pour vous donner une contenance.

Et gardez de l’espoir pour tout le monde, y compris quand ça rame. Personne ne s’écroule : le chien mange le mur, on va trouver une solution ; il n’est pas propre, on va trouver une solution ; tu n’arrives pas Ă  le lĂącher, on va trouver une solution. Avec le sourire.