Le test de Campbell est une batterie dâĂ©preuves censĂ©e Ă©tablir le tempĂ©rament dâun chiot de sept semaines. Ce module en dĂ©taille le protocole officiel, puis explique pourquoi il faut refuser de le pratiquer tel quel, et ce quâon peut faire dâutile Ă la place quand un Ă©leveur ou un futur propriĂ©taire vous demande dâĂ©valuer une portĂ©e.
Quel est le but du test ?
Il sâagit dâun test destinĂ© Ă se faire une idĂ©e prĂ©cise des rĂ©actions dâun chiot face Ă des manipulations, Ă un moment prĂ©cis. Câest une photographie, censĂ©e dĂ©terminer le tempĂ©rament.
Il comporte cinq volets : lâattraction sociale, lâaptitude Ă suivre le maĂźtre, le test de contrainte, le test de dominance sociale et le test de dignitĂ©. Chacun est notĂ© de A Ă E selon une grille dâattitudes.
Conditions de rĂ©alisation, telles quâelles sont prescrites
Les chiots sont testĂ©s au cours de leur septiĂšme semaine. Lâexaminateur, idĂ©alement le futur propriĂ©taire, amĂšne le chiot seul dans une zone calme et isolĂ©e, sans distraction possible, et que le chiot ne connaĂźt pas. Le lieu est Ă©ventuellement nettoyĂ© entre chaque chiot.
Les tests sont pratiquĂ©s une seule fois par chiot, sans prĂ©paration, avec douceur mais de façon neutre, sans encouragement ni louange. On ne tient pas compte du fait que le chiot urine ou dĂ©fĂšque. Pour chaque volet, on observe attentivement lâattitude et notamment le port de queue.
Pourquoi ce test est dangereux
Lisez ces conditions et empilez-les. Le chiot est placĂ© dans un endroit quâil ne connaĂźt pas. Il est retirĂ© Ă sept semaines. Il est arrachĂ© en un instant Ă sa fratrie et Ă sa mĂšre. Et une personne qui nâa aucune lĂ©gitimitĂ© Ă ses yeux, quâil dĂ©couvre Ă lâinstant, lui applique un test de contrainte.
La premiĂšre rencontre avec un humain extĂ©rieur Ă son Ă©leveur consiste donc Ă le contraindre gratuitement. Câest le meilleur moyen de gĂ©nĂ©rer des troubles du comportement. La personne qui a conçu ce test lâa probablement fait de bonne foi ; elle est passĂ©e complĂštement Ă cĂŽtĂ©.
Le déroulé, volet par volet
Attraction sociale. PrĂ©tendument rĂ©vĂ©latrice du degrĂ© dâadaptation sociale, de confiance et dâindĂ©pendance. On couche doucement le chiot au milieu du lieu, on sâĂ©loigne de quelques mĂštres Ă lâopposĂ© de lâentrĂ©e, on sâagenouille et on lâattire en frappant doucement dans les mains. On note sâil vient, queue haute ou basse, en hĂ©sitant, ou pas du tout.
PremiĂšre difficultĂ© : coucher un chiot de sept semaines au milieu dâune piĂšce sans quâil bouge, il faudrait expliquer comment. DeuxiĂšme : il nây a aucun maĂźtre, seulement quelquâun qui connaĂźt le chiot depuis vingt-cinq secondes. TroisiĂšme : serait-il anormal quâun chiot prĂ©fĂšre aller vers son Ă©leveur plutĂŽt que vers un inconnu ? Non. Ce qui serait rĂ©vĂ©lateur dâune timiditĂ©, câest un chiot qui va se cacher derriĂšre lâĂ©leveur alors que vous ĂȘtes lĂ , ce qui nâest pas ce que le test mesure. Et le seul Ă©lĂ©ment de bon sens de ce volet est de sâagenouiller : plus vous baissez votre centre de gravitĂ©, plus vous ĂȘtes accueillant, ce qui resservira pour le rappel.
Aptitude Ă suivre le maĂźtre. On part debout Ă cĂŽtĂ© du chiot, on sâĂ©loigne en marchant normalement, en sâassurant quâil a vu le dĂ©part. Une absence de suite rĂ©vĂ©lerait un caractĂšre trĂšs indĂ©pendant.
Câest un doublon du prĂ©cĂ©dent, et le rĂ©sultat dĂ©pend entiĂšrement du lieu : le mĂȘme chiot ira vers la porte sâil sait que sa mĂšre est derriĂšre, et vous suivra sâil sait quâelle nây est pas. Quant Ă lâinterprĂ©tation, elle est fausse. Un chiot qui ne vous suit pas ne vous fait tout simplement pas confiance et ne comprend rien Ă ce que vous faites. Ce nâest pas de lâindĂ©pendance, câest au mieux de la timiditĂ© passagĂšre.
Le vrai chien indĂ©pendant, câest presque lâinverse : un chien sĂ»r de lui, qui va vers tout le monde, et qui nâa plus besoin de la prĂ©sence de son maĂźtre pour avoir les bonnes rĂ©ponses parce quâil pense les avoir toutes.
Test de contrainte. Le plus grave. On couche le chiot au sol, on le roule âgentimentâ sur le dos, on le maintient dâune main sur la poitrine pendant 30 secondes, et on note sâil lutte vigoureusement, sâil se dĂ©bat, ou sâil accepte.
Trois objections. Dâabord, on ne mĂšne jamais dâĂ©preuve de force avec un chien ou un chiot : vous perdrez systĂ©matiquement. Ensuite, on prĂ©tend mesurer une acceptation de la domination sociale chez un chiot qui nâa rien connu dâautre que sa fratrie, sa mĂšre et son Ă©leveur, et qui nâa donc aucune idĂ©e de ce dont il sâagit. Enfin, tout cela repose sur lâidĂ©e que seule lâĂ©preuve physique permettrait de dĂ©terminer un profil.
Le rĂ©sultat est prĂ©visible : maintenez nâimporte quel chiot sur le dos trente secondes alors quâil ne vous connaĂźt pas, il se dĂ©battra presque toujours. Et sâil ne se dĂ©bat pas, ou sâil nây arrive pas, tout ce que vous gagnez, câest de le marquer pour la vie, de gĂ©nĂ©rer des troubles, de le rendre rĂ©actif Ă lâhumain. On peut trouver que trente secondes, ce nâest rien. Ă cet Ăąge, câest comme si vous le faisiez pendant cinq ans.
Regardez dâailleurs comment cela se passe entre chiens : il nâarrive quasiment jamais quâun chien mette physiquement un autre chien sur le dos. Ce qui agit, câest lâimpact psychologique : les dĂ©marches dâapproche, les attitudes corporelles, parfois viriles, dents dĂ©pliĂ©es comprises, poussent lâautre Ă prendre de lui-mĂȘme une posture de soumission. Il se couche, part sur le cĂŽtĂ©, se met sur le dos, parfois jusquâĂ la miction. Un humain peut lui aussi faire coucher un chien sans le toucher, par la seule prĂ©sence. Les chiens qui en rajoutent en se plaçant au-dessus exagĂšrent, souvent parce quâils ont perdu du codage Ă©tant petits, et il vous reviendra de leur dire dâarrĂȘter.
Un mot sur la manipulation, qui vaut pour toute la formation : elle représente 1 à 2 % de ce que vous faites. La contrainte utile est psychologique et intellectuelle. Et il faut noter que les démonstrations de mise sur le dos se font toujours sur de trÚs petits chiens ; on en reparlera quand on les fera sur des chiens de 50 ou 60 kilos.
Test de dignitĂ©. On soulĂšve le chiot par le ventre, les deux mains entrelacĂ©es, et on le tient ainsi trente secondes, sans aucun contrĂŽle de sa part, avant de le reposer et de le ramener prĂšs de sa mĂšre. Ses rĂ©actions indiqueraient sâil accepte votre âdominanceâ.
PrĂ©cision de vocabulaire utile ici : hiĂ©rarchie et domination sont deux choses distinctes. On peut ĂȘtre hiĂ©rarchiquement au-dessus sans aucune interaction physique ; quand on parle de dominant-dominĂ©, il y a systĂ©matiquement interaction physique.
Sur le fond, ce volet touche Ă quelque chose de rĂ©el mais le manque complĂštement : lâhabituation Ă la manipulation, qui est trĂšs importante, notamment pour le vĂ©tĂ©rinaire. Mais elle se fait plus tard, pas trente secondes dâaffilĂ©e, avec un portĂ©, une redescente et une rĂ©compense, jusquâĂ ce que le geste devienne banal. Ici, il nây a ni renforcement ni apprentissage, et rien de naturel : entre eux, les chiens ne se soulĂšvent jamais par le ventre.
Ce quâil faut faire Ă la place
Les rĂ©sultats du test nâont aucun intĂ©rĂȘt. En revanche, la demande de dĂ©part est lĂ©gitime : un Ă©leveur ou un client peut vous demander dâĂ©valuer une portĂ©e, et câest un excellent terrain de partenariat.
Ce qui marche, en douceur, sur des chiots de sept semaines :
- Mettre le chiot un peu Ă lâĂ©cart de la portĂ©e et sâaccroupir, sans rien forcer, pour voir sâil vient naturellement vers vous ou sâil se rĂ©fugie derriĂšre lâĂ©leveur.
- Observer les tempĂ©raments dans la portĂ©e : celui qui est plus foufou, plus dynamique, celui qui tapote un peu sur ses frĂšres et sĆurs, celui qui est en retrait, celui qui joue moins.
- Observer les interactions avec la mĂšre : les chiots qui nâont pas vraiment envie de se laisser faire par elle auront du caractĂšre, et seront donc Ă rĂ©server Ă des gens habituĂ©s ou au moins peu susceptibles de commettre des erreurs.
- Se placer dans un endroit ouvert avec la femelle et ses chiots, sans toucher les chiots, et se laisser approcher par la mĂšre pour la caresser si elle est dĂ©tendue. Vous montrez alors aux chiots que lâinteraction avec lâhumain est positive, puisque leur mĂšre est contente.
Le but de tout cela est dâorienter : tel chiot conviendra mieux Ă tel profil de maĂźtre. Câest ce que vous pouvez rĂ©ellement apporter.
Ce sujet compte, parce que câest souvent le point de dĂ©part pour le maĂźtre. Expliquez aux Ă©leveurs et aux vĂ©tĂ©rinaires, faites Ă©voluer les pratiques, et Ă©vitez que des chiots commencent leur vie avec des troubles gĂ©nĂ©rĂ©s par les humains avant mĂȘme dâavoir commencĂ© Ă vivre.