Les accessoires

Les accessoires

Revue du matĂ©riel d’éducation et de petite rééducation : ce que chaque objet fait rĂ©ellement, quand il sert, et quand il ne sert Ă  rien. Le matĂ©riel de grosse rééducation (manchettes, tenues d’homme d’attaque) n’est pas traitĂ© ici : cela ne se voit qu’en pratique.

Les laisses

La laisse classique fait un mĂštre Ă  un mĂštre trente au maximum. Les plus agrĂ©ables Ă  manipuler sont en cuir ; celles en nylon sont trĂšs rĂ©sistantes. Le point de vigilance n’est pas la sangle mais le mousqueton : c’est lĂ  que ça casse.

La longe est l’une de vos meilleures amies. Ayez-en au moins deux. Une de 5 mĂštres pour le travail en ville, notamment le suivi naturel, ou pour laisser du mou Ă  un chiot qui n’avance pas en laisse tout en lui montrant qu’on peut s’éloigner. Et une de 20 mĂštres, obligatoire pour le travail en extĂ©rieur : rappel, suivi naturel, ordres de base, repositionnement confortable.

La laisse en chaĂźne n’a qu’un seul usage : le chien ou le chiot qui mordille sa laisse quand rien d’autre n’a marchĂ©. Un coup de dent dedans et il comprend que ce n’est pas agrĂ©able. Elle est lourde et dĂ©sagrĂ©able Ă  travailler, donc on l’utilise une semaine et on n’en parle plus.

La laisse enrouleuse est Ă  proscrire. ComplĂštement dĂ©ployĂ©e, vous n’avez plus aucun contrĂŽle. Elle est nulle comme longe, bien trop lourde au bout et impossible Ă  laisser traĂźner au sol. Et elle est inutile comme laisse, puisque marche en laisse veut dire ici : que la laisse fasse un mĂštre ou cinquante, il doit marcher au mĂȘme endroit. À cela s’ajoute qu’elle ne se ramĂšne pas quand un chien tire au bout, et qu’une fois enclenchĂ©e elle exerce en permanence une pression inconsciente sur le chien. Elle a Ă©tĂ© inventĂ©e pour rĂ©pondre Ă  une demande impossible : “je veux qu’il marche lĂ , mais qu’il puisse s’éloigner quand j’en ai envie”. Aucun chien ne peut comprendre cela. Soit on fait de la marche en laisse, soit on laisse de l’espace, et on peut parfaitement alterner en travaillant en longe.

Les colliers

Le collier plat. Préférez les modÚles qui ferment à anneaux, pratiquement indestructibles, aux fermetures à clip, qui cassent trÚs facilement sur des chiens un peu puissants.

Le licol. Il prend le museau et vous manipulez le chien par lĂ . PrĂ©sentĂ© comme une aide Ă  la marche en laisse, il contraint le chien Ă  marcher, ce qui n’est pas de l’éducation. Et c’est surtout dangereux : sur un chien nerveux ou rĂ©actif qui ne serait pas gĂȘnĂ© par la contrainte, on risque une atteinte des cervicales, avec des accidents mortels documentĂ©s.

Le lasso. Utile ponctuellement, notamment en refuge, sur des chiens qu’on n’arrive pas Ă  encolĂ©rer : on passe la tĂȘte et on obtient un premier lien. Il permet aussi une prise trĂšs haute, ce qui aide certains chiens Ă  se remettre en marche. Mais la prise est souvent mauvaise, les modĂšles Ă©pais sont dĂ©sagrĂ©ables pour vous comme pour le chien, et surtout il n’émet aucun bruit : le chien s’y habitue, tire, s’étrangle, et l’intĂ©rĂȘt pĂ©dagogique disparaĂźt.

Le collier Ă©trangleur, dit Ă  anneaux. À l’achat, vĂ©rifiez que les deux anneaux sont assez grands pour laisser passer les boucles. Le principe : il se resserre, puis se desserre naturellement. Ce qui fait sa spĂ©cificitĂ©, c’est le bruit, le claquement des anneaux : c’est lui qui doit agir en prioritĂ©, et c’est ce qui le rend trĂšs prĂ©cis en marche en laisse, au moment exact oĂč l’on veut que le chien se repositionne. Plus l’indication est claire, plus c’est facile pour le chien.

Son second usage est la mise en sĂ©curitĂ© en rééducation : contrairement Ă  un collier en nylon, souple et qui se dĂ©forme, il permet un arrĂȘt net si le chien vous charge.

Position honnĂȘte sur cet objet : en Ă©ducation de base, il ne manquerait Ă  personne s’il disparaissait, et on ne s’en sert quasiment jamais. En rééducation, il sert, mais on l’impose seulement quand l’usage technique le justifie. Quand on peut s’adapter au client sans changer le rĂ©sultat final, on s’adapte.

Le collier Ă  pointes (torcatus). À l’origine, les pointes Ă©taient vers l’extĂ©rieur et servaient Ă  protĂ©ger le chien lors de combats contre des loups ou de grosses bĂȘtes. L’objet a Ă©tĂ© retournĂ© en prĂ©tendant simuler la morsure de la mĂšre sur ses chiots.

En thĂ©orie, on ne s’en sert jamais. Un seul cas peut faire rĂ©flĂ©chir : la personne qui ne peut plus du tout sortir son chien, qui ne veut pas s’en sĂ©parer, qui refuse d’apprendre et d’investir, et qui vous place devant l’alternative “soit on trouve une solution, soit on le fait piquer”. Dans cette impasse-lĂ , plutĂŽt que de refuser le client et de condamner le chien, on peut accepter de dĂ©marrer ainsi, en s’en servant mieux que quiconque, et en bifurquant le plus vite possible vers autre chose. C’est une sortie de crise, jamais une mĂ©thode.

Le collier Ă©lectrique. Jamais en premiĂšre intention. Jamais avant d’avoir refixĂ© un cadre de vie. Jamais tant que vous n’ĂȘtes pas certain que le chien est trĂšs attachĂ© Ă  son maĂźtre, sinon Ă  la premiĂšre dĂ©charge il fuit au lieu de revenir.

Le seul cas d’usage : le rappel, sur un chien dont les instincts, de chasse notamment, sont si ancrĂ©s que tout le reste a Ă©chouĂ©, et quand l’alternative rĂ©elle est de le garder attachĂ© toute sa vie. La question mĂ©rite alors d’ĂȘtre posĂ©e. On ne s’en sert jamais pour un chien qui refuse de se coucher, un chien sauteur, ni sur de la rĂ©activitĂ© congĂ©nĂšre ou humaine, oĂč l’on ne ferait que renforcer l’énervement.

Une remarque pour dĂ©dramatiser sans rien minimiser : essayez-le sur vous en montant les niveaux. À 1, 2, 3, on ne sent rien ; vers 6 ou 7, cela commence Ă  picoter. Une dĂ©charge Ă  ce niveau fait nettement moins de dĂ©gĂąts qu’un Ă -coup au collier plat, ou qu’un chien qui tracte dans un harnais. Mis au maximum et dĂ©clenchĂ© sans rĂ©flexion, l’objet fait Ă©videmment des dĂ©gĂąts. Tout est dans la cohĂ©rence de l’usage, et cela ne s’apprend qu’en pratique.

Les museliĂšres

La museliĂšre de type panier, qui laisse le chien respirer et ouvrir la gueule tout en l’empĂȘchant de mordre. Moins jolie, souvent impressionnante, mais la plus confortable pour le chien.

DĂ©tail technique Ă  ne pas nĂ©gliger : la petite languette du bas n’est pas dĂ©corative, elle sert Ă  passer un collier Ă  l’intĂ©rieur pour que le chien ne puisse plus retirer sa museliĂšre. On y pense beaucoup mieux aprĂšs s’ĂȘtre retrouvĂ© une fois face Ă  un chien qui veut vous mordre et qui vient de la faire tomber.

Autres avantages : on peut y passer des friandises pour rendre l’apprentissage agrĂ©able, et en rééducation elle permet dans certains cas de laisser boire le chien.

Les museliĂšres pour brachycĂ©phales, bouledogues anglais et français, sont de forme trĂšs diffĂ©rente et n’ont pas cette languette, donc sont un peu moins sĂ»res. L’objectif reste d’empĂȘcher la morsure, et elles rendent de grands services sur ces chiens, notamment en rĂ©activitĂ© congĂ©nĂšre.

La museliĂšre en nylon, la plus courante, cumule trois inconvĂ©nients : nettement moins solide, elle n’empĂȘche pas forcĂ©ment la morsure, et elle empĂȘche le chien d’ouvrir la gueule et de respirer librement. Elle reste utilisable sur un chien qui ne la portera presque jamais, pour aller se faire soigner par exemple, d’autant que certains modĂšles ont des ouvertures sur le dessus qui permettent un apprentissage progressif. Sur les cas compliquĂ©s, ou sur un chien qui doit la porter en permanence, ne l’utilisez pas.

La museliĂšre de frappe est renforcĂ©e sur le devant pour permettre Ă  des chiens de sĂ©curitĂ©, d’utilitĂ© ou de sport de haut niveau de percuter des zones prĂ©cises. C’est un usage strictement professionnel, et ce sera votre rĂŽle d’expliquer pourquoi elle n’a rien Ă  faire dans la vie courante, mĂȘme si c’est celle que prĂ©fĂšrent ceux qui aiment avoir un chien impressionnant.

Rappel qui vaut pour tous les modĂšles : la museliĂšre doit vous accompagner partout, et tout chien doit apprendre Ă  la porter, mĂȘme sans obligation lĂ©gale, ne serait-ce que pour pouvoir ĂȘtre soignĂ© en sĂ©curitĂ©.

Les accessoires éducatifs

Le clicker. Un bruit neutre, sans Ă©motion, puisque vous ne parlez pas. En Ă©ducation de base, on s’en sert trĂšs peu, sauf chez des maĂźtres qui ont de rĂ©els problĂšmes de gestion Ă©motionnelle. Sur des troubles du comportement, lĂ©gers ou lourds, avec des maĂźtres dont l’émotion est justifiĂ©e, il devient utile prĂ©cisĂ©ment pour retirer l’émotion. Toute autre utilisation est contre-productive et ajoute un objet de plus entre vous et le chien. C’est un outil, pas un mode de vie.

Le sifflet Ă  ultrasons. Le son est perçu par le chien et non par l’humain. Ce n’est pas un produit magique : si vous conditionnez le retour, le chien reviendra, exactement comme avec un “au pied” suivi d’une rĂ©compense ; si vous ne conditionnez rien, il ne se passera rien. Son intĂ©rĂȘt rĂ©el est ailleurs : sur des chiens qui s’éloignent beaucoup, chiens de chasse notamment, ce son porte bien plus loin que la voix. Ce n’est donc pas nul, Ă  condition de dire la vĂ©ritĂ© sur ce que c’est.

Le pet corrector. De l’air comprimĂ©, rien de plus : ni bombe au poivre ni produit agressif. Le bruit interpelle le chien et interrompt le comportement. Utilisable sur des aboiements intempestifs, des sauts, et en rééducation.

Deux rĂšgles : servez-vous-en le moins possible et pour traiter une seule chose, pas cinquante, sinon le chien s’y habitue et cela devient banal. Et chaque fois qu’il existe une solution Ă©ducative permettant d’éviter l’objet, prenez l’option Ă©ducative. Si vous ĂȘtes vraiment obligĂ© d’utiliser un objet, utilisez-le, mais intelligemment.