Les altérations de la communication

Les altérations de la communication

Toujours dans le volet communication : tout ce qui empĂȘche un chien d’émettre ou de recevoir correctement les signaux. C’est un module court, mais il donne des explications Ă  des cas de rĂ©activitĂ© que vous chercheriez sinon trĂšs loin, et il ouvre sur des solutions parfois ridiculement simples.

Les causes sensorielles et médicales

Toute altĂ©ration de l’équipement sensoriel entraĂźne un dĂ©ficit de communication : cĂ©citĂ©, surditĂ©, anosmie (perte de l’odorat).

Le vieillissement en est une cause majeure, par dĂ©ficit cognitif : le vieux chien interprĂšte mal les signaux Ă©mis par ses congĂ©nĂšres. D’oĂč le rĂ©flexe Ă  avoir devant un chien qui devient agressif du jour au lendemain sans raison : quel Ăąge a-t-il ? À neuf ou dix ans, une cĂ©citĂ© qui s’installe peut expliquer le changement Ă  elle seule. On envoie chez le vĂ©tĂ©rinaire pour lever le doute, et on travaille sur autre chose seulement une fois qu’il est levĂ©.

CÎté chimique, une inflammation du conduit auditif, des glandes des sacs anaux ou des glandes podales modifie la communication olfactive.

Ce que la morphologie empĂȘche de dire

La domestication a privĂ© de nombreuses races d’une partie de leurs signaux, auxquelles s’ajoutent les interventions humaines : queues et oreilles coupĂ©es, animal tenu tendu, port d’une museliĂšre.

Certaines races communiquent mal parce que leur face est peu expressive : bull-terrier, bedlington. Le bull-terrier est trùs expressif pour un regard humain, et trùs peu pour un regard de chien. Ailleurs, ce sont des oreilles pendantes difficiles à orienter, des paupiùres trùs tombantes comme chez le mñtin de Naples, ou des poils devant les yeux (bobtail, briard) qui masquent l’orientation du regard et le diamùtre de la pupille.

Les races à face plate et plissée sont difficilement décodables. Les chiens à trÚs longue babine ne peuvent presque pas la retrousser. Et la piloérection est peu visible chez les chiens à poils longs comme les lévriers, ou chez les chiens à peau nue.

Le problĂšme n’est pas cosmĂ©tique : un langage illisible est une source d’incomprĂ©hensions profondes et dangereuses, entre chiens comme entre le chien et l’homme. Un message doit ĂȘtre congruent pour passer.

Les brachycĂ©phales, Ă  la gueule Ă©crasĂ©e, portent des mimiques de chien agressif mĂȘme quand ils ne le sont pas, et se font prendre Ă  partie pour cette raison. L’akita, par sa dĂ©marche, sa posture et la lenteur de ses mouvements, peut laisser croire qu’il va attaquer alors qu’il n’en est rien. Ce sont les mauvaises rencontres accumulĂ©es Ă  cause de ces malentendus qui rendent ces chiens plus difficiles Ă  l’ñge adulte, d’oĂč l’importance de choisir les rencontres : toujours la qualitĂ© avant la quantitĂ©, et c’est votre rĂŽle de les organiser.

Le cas de la museliĂšre

Un chien muselĂ© n’envoie plus assez de messages, et certains chiens sont rĂ©actifs aux congĂ©nĂšres muselĂ©s. C’est ce qui explique la plainte rĂ©currente des propriĂ©taires soumis Ă  l’obligation lĂ©gale : “mon chien se fait attaquer sans arrĂȘt”.

Le mĂ©canisme est simple : pour le chien d’en face, la museliĂšre fait partie intĂ©grante de la mimique de celui qu’il rencontre. Il en a rarement vu, il est surpris, il ne comprend pas, et il part au carton.

La dĂ©marche de vĂ©rification est directe : si un chien trĂšs sociable se fait attaquer systĂ©matiquement quand il est muselĂ©, dĂ©muselez et observez. S’il ne se passe rien, le diagnostic est fait. L’alternative consistera alors, souvent, Ă  limiter les jeux aux chiens qui envoient les bons messages, ce que vous saurez identifier en dĂ©codant. Une consigne trĂšs simple donnĂ©e au propriĂ©taire suffit alors Ă  sĂ©curiser ses balades.

Deux exemples de solutions simples

Le bobtail rĂ©actif. Un chien Ă©tiquetĂ© trĂšs rĂ©actif, testĂ© et analysĂ©, s’est avĂ©rĂ© rĂ©actif parce qu’il voyait trĂšs peu les choses arriver : ni dĂ©codage, ni parfois mĂȘme perception, donc surprise permanente. Solution : couper les poils devant les yeux. Il restait un peu de travail, parce que les mauvaises rencontres accumulĂ©es l’avaient rendu craintif, mais sa vie est redevenue normale.

Le rhodesian ridgeback. Ce chien porte en permanence sa crĂȘte dorsale, ce que d’autres chiens interprĂštent parfois comme une piloĂ©rection permanente. Une solution consiste Ă  lui mettre un harnais, en particulier un modĂšle long sur le dos : la crĂȘte devient beaucoup moins visible, et le chien se fait nettement moins agresser. À proposer au moins pendant la socialisation, voire jusqu’à l’adolescence.

Ce dernier exemple porte un message plus large : on ne dit jamais non Ă  rien par principe. Le harnais n’est pas un outil de travail courant ici, mais quand il est bon pour le chien et bon pour le maĂźtre, il n’y a aucune raison de se l’interdire. Rien n’est dĂ©finitif, il suffit de rĂ©flĂ©chir.