Les comportements

Les comportements

Un module court mais trĂšs utile sur le terrain : la distinction acquis / innĂ©, les comportements agonistiques, et surtout la mise au point sur la dĂ©tresse acquise et l’impuissance apprise, deux termes que vous entendrez employĂ©s Ă  tort en permanence.

Acquis et inné

Acquis veut dire appris. Inné veut dire inscrit dans la génétique, présent à la naissance, sans apprentissage nécessaire.

Ce n’est pas une nuance de vocabulaire : un comportement innĂ© ne se supprime pas comme on efface un apprentissage, et cela conditionne la façon de le travailler. Cela ne veut pas dire qu’on ne travaille pas les comportements innĂ©s, au contraire, mais qu’on ne s’y prend pas de la mĂȘme maniĂšre.

Les comportements agonistiques

Ce sont les comportements dont le but est de rĂ©gler une situation de conflit. Le mot est plus large que “agressivitĂ©â€ : il couvre aussi bien les postures de menace que les postures d’apaisement et la fuite.

Retenez cette amplitude. Un chien qui s’apaise, un chien qui fuit et un chien qui menace font trois choses diffĂ©rentes qui relĂšvent de la mĂȘme fonction : sortir du conflit.

La détresse acquise

Le terme est employĂ© Ă  tort et Ă  travers ; le protocole d’origine, lui, est parfaitement dĂ©fini. On place un chien dans une cage, on lui inflige des dĂ©charges Ă©lectriques, et quoi qu’il fasse, la dĂ©charge ne s’arrĂȘte jamais. À un moment, le chien comprend qu’aucun comportement de sa part n’y change quoi que ce soit : il se couche, cesse de lutter, et renonce.

La consĂ©quence logique est celle-ci : dĂšs qu’il existe un plan B, il n’y a pas de dĂ©tresse acquise. Un plan B, c’est un comportement attendu qui, exĂ©cutĂ©, arrĂȘte net la stimulation. À partir de lĂ , on est ailleurs. Il est donc quasiment impossible, dans la vie courante, de mettre un chien en dĂ©tresse acquise.

L’impuissance apprise est le terme de remplacement, apparu quand le premier est devenu trop connu pour rester efficace dans le dĂ©bat. Il dĂ©signe la comprĂ©hension, par le chien, qu’il devra renoncer faute d’autre solution. LĂ  encore, tout dĂ©pend de ce que vous faites. Si le chien comprend qu’il ne peut pas aller mordre la passante, mais qu’en mĂȘme temps vous lui montrez la voie qui lui rapporte quelque chose, le mot n’a rien d’inquiĂ©tant. Si en revanche le chien vit en permanence sans solution, sans jeu, sans Ă©ducation cohĂ©rente, alors oui, et on n’est plus trĂšs loin de la dĂ©prime.

Les deux accusations que vous entendrez

“Le chien est en dĂ©tresse acquise parce que vous partez travailler.” C’est faux, et vous aurez Ă  rassurer les propriĂ©taires lĂ -dessus. Les destructions sont un comportement normal chez un chien qui n’a pas appris ; il ne fait mĂȘme pas une bĂȘtise Ă  ses yeux. Un chien peut parfaitement rester seul. Ce qui compte rĂ©ellement, c’est la qualitĂ© de ce que vous faites avant de partir et en rentrant : si le retour se fait systĂ©matiquement dans la mauvaise humeur, la reproche et la fatigue, alors le problĂšme existe, mais il n’est pas lĂ  oĂč on le dit.

“L’à-coup et le demi-tour en marche en laisse apprennent au chien Ă  ne plus lutter.” Si vous n’utilisiez que ces deux registres, on pourrait au moins commencer Ă  discuter du terme. Mais mĂȘme ainsi, le raisonnement cloche : dĂšs que le chien marche Ă  la jambe, la tension disparaĂźt, les demi-tours cessent, et cette suppression est dĂ©jĂ  une forme de rĂ©compense. Et si l’on travaille intelligemment, on ajoute un R+ quand il est Ă  la bonne place : il n’y a alors plus d’impuissance du tout, puisqu’on installe un confort et qu’on le renforce.

Le cas oĂč le mot est justifiĂ©

Il existe, et c’est celui qu’il faut savoir repĂ©rer : le chien qu’on travaille trop longtemps et trop durement. Observez la courbe pendant un cours. Ça monte, ça monte, puis d’un coup ça chute : le regard part dans le vide. C’est la rupture, le chien ne peut plus intellectuellement. Si vous continuez encore deux heures, vous le mettrez effectivement en Ă©tat d’impuissance.

Observez les chiens de vos clients et ceux que vous travaillez : Ă  un moment, ils vous disent qu’ils ne peuvent plus. C’est lĂ  qu’on s’arrĂȘte, et c’est le seul endroit oĂč ce vocabulaire prend vraiment son sens.