Les différents types de conditionnements

Les différents types de conditionnements

C’est le module le plus thĂ©orique de la formation, et l’un des plus utiles : conditionnement classique, conditionnement opĂ©rant, et ce qu’on en fait concrĂštement sur le terrain. Prenez-le posĂ©ment, quitte Ă  le réécouter. Le vocabulaire scientifique n’est pas l’objectif ; comprendre le mĂ©canisme l’est.

Classique contre opérant

La distinction en une phrase

Conditionnement opĂ©rant : une rĂ©ponse volontaire de l’organisme. Conditionnement classique : une rĂ©ponse involontaire, rĂ©flexe. Si ces deux phrases ne sont pas claires, ne lisez pas la suite, relisez-les.

Deux exemples. Vous sortez la gamelle, le chien se met Ă  baver : il ne maĂźtrise rien, c’est du classique. Vous prĂ©sentez une friandise, le chien s’assoit et il est rĂ©compensĂ© : il a produit l’action, c’est de l’opĂ©rant.

Cette distinction sert au diagnostic. Sur un chien peureux des humains ou rĂ©actif aux congĂ©nĂšres, la musculature des fessiĂšres se met Ă  vibrer : ce sont des indications sur l’état Ă©motionnel, donc sur une rĂ©ponse involontaire. À l’inverse, un chien de mordant sportif ou un chien de sĂ©curitĂ© fait ce qu’il a appris Ă  faire, sans que son organisme s’emballe.

Stimuli et réponses

Le vocabulaire officiel, dans l’ordre. Le stimulus neutre ne dĂ©clenche aucune rĂ©ponse au dĂ©part. Le stimulus inconditionnel dĂ©clenche par rĂ©flexe, sans apprentissage, une rĂ©ponse inconditionnelle (Ă©motion ou rĂ©flexe). AprĂšs conditionnement, le stimulus initialement neutre devient stimulus conditionnel et dĂ©clenche Ă  son tour une rĂ©ponse conditionnelle.

Traduction : un bruit neutre, un clic, suivi de la gamelle. Répétez, et le clic seul suffira, parce que le chien anticipe ce qui vient juste aprÚs.

Le conditionnement classique se mesure : intensitĂ© de la rĂ©ponse, temps de latence entre le stimulus conditionnel et la rĂ©ponse, rapport entre le nombre de prĂ©sentations et le nombre de rĂ©ponses obtenues. Les rĂ©ponses concernĂ©es sont physiologiques et involontaires : salivation, Ă©jection du lait, sĂ©crĂ©tion d’insuline, vomissement, piloĂ©rection, variations de tension ou de rythme cardiaque, rĂ©flexes.

L’opĂ©rant, lui, est un apprentissage par essai-erreur : l’animal fait un lien entre son comportement et un Ă©vĂ©nement de l’environnement, et met en jeu la musculature striĂ©e, celle du squelette. Le rat qui appuie sur un levier obtient de la nourriture.

Les stimuli discriminatifs

Un stimulus discriminatif positif annonce que la rĂ©ponse correspondante sera renforcĂ©e : le maĂźtre dit “assis”, le chien s’assoit, il reçoit une caresse. Hors de cette circonstance, le chien s’assoit tout autant, sans renforcement.

Un stimulus discriminatif nĂ©gatif annonce l’inverse : le maĂźtre dit “couchĂ©â€, le chien s’assoit, il ne reçoit rien. C’est l’exemple de la gamelle tenue en hauteur. Vous dites “couchĂ©â€, le chien fixe la nourriture, salive, aboie, tournicote, essaie des choses, puis finit par se coucher. À cet instant prĂ©cis, vous nommez et vous posez la gamelle. Ce qu’il retient au fond, ce n’est pas seulement la posture : c’est que ce qui lui est favorable, c’est de vous Ă©couter.

La frontiĂšre n’est pas Ă©tanche

Les deux catĂ©gories sont contestĂ©es et se recouvrent en pratique. Quand une boĂźte s’ouvre, le chien salive (classique) et court vers la cuisine (opĂ©rant) en mĂȘme temps.

C’est le vrai message de ce module. Sur le terrain, vous n’annoncerez jamais “lĂ  je vais faire du classique” : vous le ferez parce que la situation l’exige et que vous avez compris le mĂ©canisme. Ne pas savoir nommer scientifiquement une situation n’est pas un problĂšme tant que vous ĂȘtes performant avec le chien.

Pavlov et ses applications

L’expĂ©rience de rĂ©fĂ©rence

Une Ă©cuelle de nourriture devant un chien dĂ©clenche la salivation : rĂ©ponse inconditionnelle, liaison permanente rĂ©gie par la physiologie, d’oĂč le nom de conditionnement rĂ©pondant. On actionne une sonnerie juste avant de prĂ©senter la nourriture ; le chien oriente ses oreilles. AprĂšs un certain nombre de rĂ©pĂ©titions, la sonnerie seule, devenue stimulus conditionnel, entraĂźne la salivation.

Sortons de la nourriture. Vous rappelez votre chien, vous l’attrapez au collier, vous remettez la laisse. Si vous ne rattachez qu’à l’arrivĂ©e d’un humain ou d’un congĂ©nĂšre, le chien se met Ă  chercher au rappel : il a associĂ© le rattachage Ă  ce qui arrive. MĂȘme processus exactement.

Le retournement d’un dĂ©clencheur

Autre montage possible : un signal lumineux annonce une dĂ©charge. RĂ©sultat, le signal seul fait monter le rythme cardiaque, parce que l’organisme se met sous tension par anticipation.

L’application est majeure et vaut d’ĂȘtre comprise Ă  fond. On ne dĂ©tourne jamais l’attention d’un chien qui veut rĂ©agir aux vĂ©los ou aux joggeurs : au moment oĂč le vĂ©lo passe, on ne sort ni boudin ni friandise pour faire Ă©cran. En revanche, si le chien comprend qu’aller vers le vĂ©lo c’est non, et que chaque fois qu’il n’y va pas le jouet ou la friandise arrive, alors le vĂ©lo devient l’annonce d’une bonne nouvelle. Le “s’il n’y va pas” est la clĂ© de la sĂ©quence.

Une fois ce mode de raisonnement acquis, vous pouvez imaginer des dizaines de variantes en éducation et en rééducation.

La loi de l’extinction

Un comportement acquis peut se désacquérir. Si vous versez les croquettes dans la gamelle, que le chien salive, et que vous rangez tout sans le nourrir, jour aprÚs jour, il finira par ne plus saliver : croquettes dans la gamelle ne veut plus dire repas.

Cas concrets Ă  reconnaĂźtre

Le chiot vagotonique qui vomit dĂšs qu’on le place dans la voiture, avant mĂȘme le dĂ©marrage : classique. Apprendre Ă  un chien Ă  Ă©ternuer en associant un mot au chatouillement de la muqueuse nasale : classique aussi, mĂȘme si c’est vous qui produisez l’action, parce que l’éternuement reste involontaire.

L’élimination sur commande combine les deux, et c’est l’exemple Ă  retenir. Vous mettez systĂ©matiquement le chien sur l’herbe : le changement de support dĂ©clenche l’élimination, c’est du classique. Au moment oĂč il fait, vous posez le mot et vous renforcez : c’est de l’opĂ©rant. À terme, le chien dĂ©fĂšque sur commande, mĂȘme sans le support.

Deux piĂšges d’attention, Ă  connaĂźtre pour les expliquer aux clients. Le chien qui se mord la queue : ce n’est pas toujours neurologique ni un manque de sortie. Souvent, il l’a fait une fois, on l’a interrompu, on lui a parlĂ©, on s’est occupĂ© de lui, et il a compris que ça rapportait de l’attention. MĂȘme mĂ©canisme pour le chien qui boite sans avoir mal, ou qui exagĂšre un bobo parce que le bobo rapporte un gĂąteau.

La désensibilisation

Trois avertissements avant tout : elle n’est jamais garantie, elle dĂ©pend du stade Ă©motionnel du chien, et elle passe par du contre-conditionnement.

Prenons le chien qui a peur de l’orage. Il s’est conditionnĂ© seul : un jour, le bruit lui a fait peur. Ensuite, trĂšs souvent, c’est la famille qui installe le trouble en caressant, en parlant, en donnant des jouets pour lui faire oublier. Toutes ces attentions confirment au chien qu’il se passe dehors quelque chose de grave.

Le contre-conditionnement consiste alors Ă  faire exactement l’inverse. Le chien qui a peur a besoin d’une prĂ©sence, pas d’agitation : voix nette et affirmĂ©e, posture droite, attitude qui dit que cette personne-lĂ  n’a aucune crainte. Tout le monde se tait, on ne regarde pas le chien, on ne s’en prĂ©occupe pas, il ne se passe plus rien.

Autre cas : une famille dont la position aux yeux du chien n’est pas assez solide pour que sa seule attitude le rassure. On peut alors enclencher des phases de jeu juste avant le bruit, ce qui est possible en travaillant avec des enregistrements d’orage dĂ©clenchĂ©s quelques secondes aprĂšs le dĂ©but du jeu.

Enfin, n’attendez pas. Le chien fait vite d’associer la pluie Ă  l’orage qui va suivre, et vous vous retrouvez avec une panique dĂ©clenchĂ©e par la seule pluie. On intervient le plus tĂŽt possible, avant que la peur ne devienne phobie.