Une trentaine de croyances qui circulent depuis des décennies, passées une par une : ce qui est faux, ce qui est vrai, et ce qui est vrai à moitié. À utiliser comme un index, sachant qu’une règle vaut pour toutes : une réponse doit toujours être accompagnée de son explication. On ne dit pas “tu as tort”, on dit “tu as tort parce que”. Devant une explication logique, personne ne peut répondre autre chose que “c’est vrai”.
Sur la morsure et la domination
”Un chien qui a mordu a pris le goût du sang et remordra”
Faux. Le goût du sang n’existe pas chez le chien. Un chien nourri au cru ne devient pas mangeur d’humains, pas plus qu’un steak haché ne vous donne envie de mordre un passant.
Sachez d’où vient cette croyance : elle sert d’excuse à ceux qui sont désarmés devant un chien qui a mordu. “Il a pris le goût du sang, il faut le piquer” évite d’être compétent et masque des lacunes.
Ce qui compte réellement, c’est la raison pour laquelle il a mordu. Qu’il ait eu tort ou raison n’est même pas le sujet.
”Il faut soumettre son chien sur le dos”
Faux, et dangereux. Le plus souvent, vous détruisez son caractère et sa personnalité, et vous obtenez un chien peureux, timide, mal assuré. Ce sont ceux-là qui mordent le plus.
Dans la nature, personne ne met personne sur le dos. C’est toujours le chien qui s’y met de lui-même sous la pression, queue rentrée pour masquer les parties génitales, parfois avec une petite miction. L’autre, s’il veut appuyer, s’assoit ou se couche sur lui, puis s’en va quand c’est calmé.
Trois raisons de ne jamais le faire : c’est totalement anormal pour un chien d’y être placé physiquement, cela va contre nature, et le conflit dure beaucoup trop longtemps : le temps de l’attraper, de le retourner, de se mettre au sol et d’attendre qu’il se calme, l’action que vous vouliez sanctionner est terminée depuis longtemps.
Attention enfin : beaucoup de chiens se mettent sur le dos non par soumission mais pour réclamer des gratouilles. Ce geste n’a de valeur que si toute la séquence comportementale est cohérente. La bonne image est celle-ci : sur un chien qui vous connaît parfaitement, un simple regard suffit à le faire descendre, basculer sur le côté et lever les pattes de lui-même. Vous relâchez le regard, terminé. Personne n’a touché personne, et la séquence est complète.
”Le chien ressent la peur”
Vrai. Nous émettons tous des chimiosignaux, quel que soit l’état : peur, joie, tristesse. Le chien capte l’odeur et la relie au contexte.
Sur un chien réactif à l’humain, la chaîne est simple : il perçoit la peur, il grogne, la personne s’éloigne, et il associe cette odeur à cette séquence.
Conséquence professionnelle directe : ayez conscience de vos capacités du moment. Si un chien vous impressionne, même parfaitement gentil, n’y allez pas. Il sentira que cette odeur n’est pas celle de quelqu’un d’affirmé et de tranquille, et il pourra vous mettre en difficulté.
”Un chien peut être jaloux”
Vrai, mille fois. Mais tout est contextuel et s’inscrit dans une logique de groupe.
L’arrivée d’un enfant qui fait qu’on ne s’occupe plus de lui, qu’on ne le sort plus, qu’on ne joue plus : il peut s’en prendre à l’enfant, ayant identifié la source du changement.
Il peut aussi se montrer jaloux d’autres personnes ou d’autres chiens qui vous approchent. Le plus souvent, cette jalousie se mêle à un problème de positionnement : le chien estime que vous n’avez pas à entrer en contact avec l’autre. Mais il existe aussi des chiens parfaitement bien placés qui n’acceptent simplement pas qu’on touche un autre chien, parfois par inquiétude pour leur propriétaire. Votre rôle est alors clair : stop, couche-toi, et on caresse. Ce n’est pas au chien de décider quand il passe à l’action.
Sur les règles de vie
”Le chien ne doit jamais manger avant nous”
Faux, et fondé sur une incohérence. Ce qui est vrai, c’est autre chose.
Si vous le nourrissez avant, faites-le à distance raisonnable de votre repas : vous mangez à 20 h, il mange à 18 h. Il doit avoir oublié qu’il a mangé. Ou bien vous le nourrissez après.
Le vrai fondement du principe est que le chien ne doit pas quémander à table. Il a parfaitement le droit d’être à côté, vous pouvez donner des restes, à la main ou dans une assiette, à condition qu’il ne quémande pas, que vous puissiez l’envoyer à distance si vous le voulez, qu’il ne vole pas, et que l’on puisse passer à côté de sa gamelle sans risque.
Et le point vraiment important : ne regardez pas votre chien manger. Ce n’est pas la cour des miracles, et le message peut être très mal interprété.
En pratique, adaptez-vous : chez des gens investis et cohérents, expliquez qu’avant ou après n’a pas d’importance. Chez des gens où tout est flou et où il y a beaucoup à remettre en place, dites que le chien mangera systématiquement après, pour simplifier, et vous en rediscuterez plus tard.
”Il ne doit jamais nous devancer en sortant”
À moitié vrai, à moitié faux.
D’un point de vue comportemental, c’est faux : dans une meute, le leader n’est pas celui qui marche devant, et ce n’est pas lui qui ouvre la marche. Que le chien passe la porte en premier ou en second n’a guère d’importance.
D’un point de vue éducatif, en revanche, faites passer les maîtres devant, parce que cela les oblige à fractionner le départ, et que les dix ou quinze premières secondes de balade sont les plus importantes : pas bouger, on ouvre la porte, on passe devant, pas bouger, on referme, couché, et on part.
Et en balade détachée, les chiens sont presque toujours devant, mais ils gardent un œil sur vous parce qu’ils savent que c’est vous qui décidez de la direction. Dans la nature, c’est exactement pareil.
”Il ne faut jamais céder à une demande de jeu ou de caresse”
Faux, sauf dans les cas d’hyperattachement où c’est effectivement problématique.
Le reste du temps, c’est du bon sens : quand vous avez envie, vous jouez ; quand vous n’avez pas envie, vous ne jouez pas. Il est même très intéressant qu’un chien vous sollicite : cela signifie qu’il vous considère comme sa source de jeu et de bonheur, comme son vecteur positif. Même chose pour les caresses.
La seule chose qui compte est d’être aussi capable de dire “là je n’ai pas envie, va t’occuper”.
”Jamais de canapé ni de lit”
Faux comme règle absolue. Techniquement, ce ne sont pas forcément les endroits les plus stratégiques.
Mais quand vous arrivez chez des gens où il y a beaucoup à revoir, poser “personne dans le lit, personne sur le canapé” évite d’emblée une potentielle protection de ressources et supprime des zones de friction. Autant les retirer pour pouvoir avancer.
Cela se décide au cas par cas : selon la position du canapé, qui peut être stratégique ; selon la présence d’autres animaux, qu’il pourrait vouloir surveiller de là-haut ; selon les prérogatives que cela lui donnerait. Si un chat cohabite et se sent dérangé, interdisez au chien de monter partout, pour que le chat garde des zones de tranquillité. Mais énormément de chiens peuvent monter sur un canapé sans que cela pose de problème à personne.
”Il ne faut jamais laisser un chien sauter sur nous”
L’idée que le chien qui saute veut vous dominer se vérifie dans un cas sur dix. Le chien qui veut dominer ne saute d’ailleurs pas : il vous accroche, il pose ses pattes sur vous, il vous le fait comprendre autrement.
Les neuf autres sautent parce qu’ils ne savent pas dire bonjour : hyperexcités, jamais éduqués sur ce point, ils font n’importe quoi. Exactement comme un chien qui bondit sur tous les congénères n’est ni dominant ni agressif : il est foufou et il n’a rien compris au codage.
”Il ne faut jamais lui interdire l’accès à des pièces”
Ou plutôt son contraire, qui est vrai, mais pas pour la raison qu’on donne.
Il n’y a pas de pièce à interdire en soi : la cuisine, la chambre, la salle de bains, peu importe, la pièce n’a aucune valeur. Ce qui a de la valeur, c’est le message : dans cet endroit-là, moi j’ai le droit et toi non.
Et ce n’est pas “pour montrer que vous êtes le chef”. C’est pour lui apprendre la notion d’interdit, qui débouche sur le renoncement et sur la gestion des frustrations, et qui évite un chien qui aboie dès que vous vous éloignez. Plus le cadre de vie est clair, plus c’est facile pour lui.
”Mon chien doit dormir dans son panier”
Faux. Ce qu’il doit absolument, c’est pouvoir y aller quand on le lui demande, et comprendre que le panier est un endroit agréable. Qu’il y aille naturellement est le signe que vous avez bien travaillé.
Pour le reste, il choisit son couchage selon la température : s’il fait 45 degrés et que vous avez du carrelage, il ira sur le carrelage, et il aura raison. Il peut aussi vouloir dormir près de vous, et c’est très bien : c’est aussi à cela que sert un chien.
Réserve, comme toujours : sur un chien qui a des troubles du comportement ou qui régule les passages, l’envoyer au panier prend un tout autre sens.
”Il faut interdire le contact enfant-chien”
Jamais de la vie, sauf chien à problèmes avérés, prédation sur enfant en particulier.
Ce que vous devez faire, c’est laisser l’enfant à sa place d’enfant aux yeux du chien. Si vous accordez à un enfant des prérogatives d’adulte aux yeux du chien, celui-ci finira par ne pas être d’accord, et c’est là qu’il y a des problèmes.
Sur un chien stable, on n’interdit pas le contact : on éduque l’enfant, on apprend au chien la tolérance, et on lui donne un moyen de s’extraire. Ce moyen peut être de venir vers vous : à vous de connaître assez votre chien pour comprendre que cela signifie “je ne me sens pas bien”, et d’arrêter les bêtises.
Interdire le contact reviendrait au contraire à lui montrer une relation de cause à effet : je suis puni et envoyé ailleurs à cause de l’enfant. C’est ainsi qu’on crée des drames.
Sur les races, la physiologie et l’alimentation
”Il y a des races gentilles et des races méchantes”
Faux. À la naissance, tous les chiens sont dépourvus du sentiment de peur, sans aucune agressivité.
Ensuite, la génétique joue son rôle, ainsi que le vécu de la mère pendant la gestation. Mais au sein d’une même race, vous aurez neuf individus très sympathiques et un plus difficile. Rappelez-vous la proportion : environ 20 % de génétique, 80 % de vécu, d’apprentissage maternel et d’expériences.
Ce qui existe, en revanche, ce sont des races avec des besoins et des constructions génétiques qui demandent plus d’attention : certains chiens sont bien plus fins et attentifs à leur environnement, et s’ils constatent que le maître est bancal ou que la structure n’est pas nette, ils mettront le foyer en difficulté là où d’autres n’y verraient rien.
”Les chiens catégorisés sont plus méchants”
Non. Ils naissent comme les autres, et les catégories ont été déterminées par des humains.
La bonne question, celle qu’il faut savoir poser intelligemment : un rottweiler ou un staff a-t-il une capacité à faire des dégâts supérieure à celle d’un bichon ? Oui, en gabarit et en puissance. Pas en méchanceté.
La loi visait à encadrer les chiens potentiellement plus dangereux au sens de puissants, pas plus méchants. Qu’elle ait été mal faite, qu’elle contienne des races qui ne devraient pas y être et en oublie d’autres, ou qu’elle mériterait d’être refondue pour offrir de l’éducation à tout le monde, c’est un autre débat, et la réponse est oui. Mais la distinction méchant / puissant doit être tenue avec rigueur, parce que c’est elle qui donne de la valeur à votre parole.
”Un berger allemand gardera forcément la maison”
Il n’est pas idiot : vers une quinzaine de mois chez les mâles, un peu plus tôt chez les femelles, il connaît son territoire et sa place, et il vous alertera si quelqu’un passe. Comme beaucoup de chiens.
Garder au sens de prendre l’initiative à votre place n’a rien à voir avec la race : c’est un problème de positionnement dans le foyer.
Rassurez surtout les propriétaires inquiets, très nombreux avec les rottweilers et les malinois. Le rottweiler a une croissance intellectuelle lente, et à dix ou douze mois ses maîtres ont l’impression d’avoir un bisounours qui se laisse faire par tout le monde. C’est dommage que cela les inquiète : si le chien restait ainsi toute sa vie, ce serait zéro problème. Il prendra son rôle naturellement à maturité. Le vrai danger de cette inquiétude est de donner trop tôt des prérogatives trop importantes à un jeune chien immature, qui ne saura pas les gérer. C’est ainsi qu’on fabrique des chiens mordeurs.
”Un chien qui réclame tout le temps a faim”
Peut-être, mais cela ne tient pas qu’à l’alimentation. Les questions, dans l’ordre : mange-t-il assez ? A-t-il été déparasité, car les vers captent les nutriments ? La nourriture lui convient-elle, l’assimile-t-il ? Et enfin : a-t-il manqué de nourriture quand il était petit ?
Dans ce dernier cas, il vit dans la panique du manque, et la solution est contre-intuitive : mettez-lui de la nourriture en quantité astronomique, plusieurs gamelles, en surveillant le risque de retournement d’estomac, pour qu’il constate qu’il ne pourra pas tout finir et qu’il n’y a aucune raison de paniquer.
Exactement le même mécanisme existe pour l’eau. On lit souvent qu’il faut retirer l’eau à un chiot pour qu’il ne fasse pas pipi ; les plus futés en concluent que l’eau va repartir, et comme boire est un besoin vital, ils vident tout dès qu’elle revient, jusqu’à devenir frénétiques. Même solution : mettez-lui des litres devant lui et partez. Il boira, il en aura assez, il se relaxera.
”Un chien stérilisé devient obèse”
Faux, ce n’est pas une fatalité. Après stérilisation, l’organisme réclame environ 20 % d’énergie en moins pour fonctionner. Deux options, donc : augmenter la dépense physique de 20 %, ou réduire la ration de 20 %.
Les croquettes “stérilisées” sont une belle arnaque : souvent de moins bonne qualité, avec des fibres solubles qui gonflent et nettement moins de protéines. Un chien peut parfaitement manger la même croquette toute sa vie. Dans la nature, il n’y a pas de proies pour les jeunes et de proies pour les adultes : tout le monde mange la même chose, en quantités différentes selon les besoins.
”Il halète parce qu’il a soif”
Pas forcément. Il halète le plus souvent parce qu’il a chaud, en récupérant l’air ambiant avec sa langue.
Il peut aussi haleter parce qu’il est stressé, dans un contexte anxiogène, parce qu’il a couru, parce qu’il se sent mal à l’aise, parce qu’il a envie de vomir, ou par inconfort digestif. Il peut aussi avoir soif, mais ce n’est pas une obligation.
”Les petits chiens ont besoin de moins d’exercice”
Faux et archi-faux, et c’est un vrai piège.
Beaucoup de petits chiens ont des rapports poids-puissance remarquables, et nombre d’entre eux, les terriers notamment, ont été créés pour chasser et débusquer. Ils sont incroyablement endurants. Ils ont besoin d’au moins autant d’exercice que les grands, et souvent de plus.
C’est précisément pour cela que tant de petits chiens vrillent : on croit qu’ils se contentent du tour du pâté de maisons, et on obtient des chiens à fleur de peau qui démarrent sur les humains comme sur les chiens.
”Les petits chiens coûtent moins cher”
Vrai, mais pas dans les proportions qu’on imagine. Maladies mises à part, le vétérinaire se paie au poids, et l’alimentation coûte moins cher. Les laisses coûtent pareil, les colliers à peine moins.
Un chien de 5 kg ne coûte pas dix fois moins qu’un chien de 50 : deux à trois fois moins. La différence n’a rien d’extraordinaire.
Sur ce que le chien comprend
”On ne peut pas éduquer un chien adulte”
Faux. Le chien apprend jusqu’à la fin de sa vie.
Ce qui est plus long, c’est de désapprendre ce qu’il a mal appris et qu’il tient pour une certitude : on ne parle alors plus d’éducation mais de rééducation. Selon les cas, le problème disparaîtra ou sera fortement atténué. C’est plus difficile parce qu’il s’est endurci, renforcé, et qu’il est persuadé que la vie fonctionne ainsi.
”Mon chien n’a pas la notion du temps”
Faux, et cette idée a la vie dure parce qu’elle sert à soutenir l’idée qu’il ne pourrait pas savoir qu’il a fait une bêtise.
Le chien a la notion du temps par plusieurs canaux. L’odeur d’abord : chaque moment de la journée a une odeur spécifique, qu’il associe. La luminosité ensuite. Et enfin les rituels sonores : le bruit de la voiture, celui des clés.
Il ne vous dira pas qu’il est 19 h, mais il sait parfaitement quand arrive le petit matin, quand on est en pleine journée, quand tombe la nuit, et vers quel moment vous rentrez. Nous regardons la pendule ; lui compile les odeurs, les sons et la lumière.
”Un chien qui remue la queue est content”
Jamais. Un chien qui remue la queue exprime une surcharge émotionnelle, positive ou négative.
Si l’idée est si répandue, c’est que dans la vie ordinaire cette charge est le plus souvent positive : vous rentrez chez vous, il est content de vous voir. Mais un chien qui va passer à l’attaque peut parfaitement remuer la queue, et un chien qui ne gère plus sa surcharge aussi.
C’est un piège classique : “il a l’air content”, et il vous attrape. D’autres éléments sont à prendre en compte.
”Le chien n’a qu’un maître”
Faux. Il peut en avoir plusieurs, qu’il percevra simplement différemment. Il comprend vite avec qui on peut rire et avec qui on ne peut pas, qui est plus facile à embobiner. Obéir à un seul ne signifie pas n’avoir qu’un maître, cela signifie qu’il a repéré que l’autre est plus fragile.
Et cela s’éduque : on peut parfaitement apprendre à un chien qu’avec l’un on ne joue pas physiquement, et qu’avec l’autre on peut mordiller.
Mais il faut s’en donner les moyens : si une seule personne nourrit, sort, soigne, joue et travaille, alors oui, à la fin il n’y a qu’un maître.
Une précision technique sur les chiens de l’armée, où l’on veut délibérément un maître unique : le but est d’accélérer la phase d’attachement, de créer très vite un couple maître-chien extrêmement fort, le chien voyant son maître comme son seul moyen de continuer à vivre. Cela ne veut pas dire qu’un chien militaire ne pourrait pas avoir deux maîtres : simplement, cela rallongerait le processus.
”Si je punis mon chien, il ne va plus m’aimer”
Sur l’instant, il ne vous appréciera pas beaucoup, et c’est normal : se faire réprimander n’est agréable pour personne.
La distinction à faire est ailleurs. Une punition qui dure deux jours abîme réellement la relation : le chien ne comprend plus rien, il ne se souvient même plus du motif, et il conclut que vous avez un problème. Ce ne sont pas les cinq secondes de sanction qui font les dégâts, ce sont les 48 heures d’attitude anormale.
Punir sur le coup, en revanche, c’est votre rôle et votre responsabilité. Avec deux conditions : il y a presque toujours un plan B derrière, et la punition cesse dès que le mauvais comportement cesse. Il mâchouille un pied de table, “stop”, il arrête, on donne un jouet de dérivation, et on sourit.
Et si vous rentrez et découvrez une destruction : vous n’étiez pas là, aucun plan B n’est possible, gardez le sourire. Si vous faites la tête, il ne comprendra rien, deviendra plus anxieux, et détruira davantage.
Sur la vie sociale et la protection
”Les chiens n’aiment pas les chats”
Faux, et l’inverse aussi. Ce sont deux espèces aux modes de communication diamétralement opposés : ce qui veut dire oui chez l’un veut dire non chez l’autre, les mimiques, les attitudes et les déplacements ne se ressemblent pas.
Élevés ensemble, ils apprennent l’un de l’autre et développent des relations remarquables, comme un chien peut le faire avec un lapin ou un hamster. Tout dépend de l’éducation, du mode de vie, de la socialisation et du temps qu’on leur laisse pour apprendre à communiquer.
Attention en revanche à une distinction essentielle : “mon chien aime le chat de la maison” n’est pas “mon chien aime tous les chats”. Dehors, tout ce que fait un chat inconnu est un appel à la poursuite, et sa communication n’a rien à voir avec celle du chat de la maison.
”Si mon chien ne joue pas avec les autres chiens, il est malheureux”
Une vie sociale riche avec les congénères, c’est bien, et c’est mieux. Mais s’il vit chaque contact comme quelque chose de négatif, il vaut mieux qu’il n’en ait pas.
Le bonheur se juge à la réaction : ce qui fait mon plaisir peut faire votre malheur, et vous y forcer vous rendrait malheureux.
Souvenez-vous aussi que vous êtes sa meute, et que vous pouvez parfaitement assouvir ses besoins sans qu’il rencontre d’autres chiens. La vraie question est : y prend-il du plaisir ? Si non, votre travail se limite à ce qu’il ne leur fasse pas de mal. Qu’il n’ait aucun copain est son choix, pas le vôtre.
”En appartement, on ne peut pas prendre un grand chien”
Énorme bêtise. Posez la question autrement : jouez-vous au ballon avec votre chien dans le château de Versailles ? Faites-vous des courses-poursuites à l’intérieur d’une immense maison ? Jamais.
À l’intérieur, un chien dort, ou s’occupe avec un jouet. Ce qui compte, c’est le temps qu’il passe à faire des choses dehors.
L’avantage du jardin est réel mais limité : il permet de le sortir pour ses besoins sans aller dans la rue, et de le dépenser un peu les jours de grande fainéantise. À la fin, appartement ou maison, tout le monde se retrouve au même endroit : dehors, en forêt, dans un parc, en balade.
”Pour qu’il ne s’ennuie pas, mieux vaut en avoir deux”
Cela dépend entièrement de l’état du premier.
Si le premier va bien, est parfaitement éduqué, que ses besoins sont couverts et qu’il n’a pas de troubles : oui, prenez-en un second. Au pire ils s’ennuieront à deux, mais ils joueront et s’épanouiront ensemble.
Si le premier va mal, et l’ennui chronique en fait partie, c’est non. Prenez-en deux, trois ou quarante-cinq, ce sera toujours le même désordre, et ce sera pire : il faudra deux fois plus de temps alors que vous n’en aviez déjà pas assez pour un seul, et tout le monde développera des troubles.
”Mon chien doit manger à heure fixe”
Sur le fond, d’un point de vue comportemental, cela n’a aucune importance.
Si les chiens mangent presque tous à heure fixe, c’est simplement parce que nos vies sont réglées : vous partez à 9 h, il mange vers 8 h 30 ; vous rentrez à 18 h, il mange avant ou après votre dîner.
Le seul cas problématique est le chien devenu capricieux sur l’horaire, qui fait une crise quand ce n’est pas l’heure. Et là encore, la cause est souvent le maître qui s’est mis en tête que c’était une règle absolue. Si un soir vous sortez et qu’il mange à minuit, il tournicotera vingt minutes puis ira se coucher, et il ne se passera rien. Si c’est grave pour vous et que vous le lui faites sentir, alors ce sera grave pour lui.
”Mon chien me protégera si je suis agressé”
Pas forcément. Il peut partir en avant et mordre à pleine gueule ; mordre du bout des dents, en picotant, parce qu’il ne sait pas s’y prendre ; aboyer en espérant faire fuir ; ou reculer à mesure que la situation avance et vous laisser seul. Il est même déjà arrivé, très exceptionnellement, que des chiens se liguent avec l’agresseur : question de stratégie, sur un chien sans relation forte avec son maître face à un agresseur perçu comme plus fort.
Naturellement, presque instinctivement, un chien défend ses propriétaires. Sa manière de le faire et sa capacité à le faire, c’est autre chose.
Mais surtout, ce sont des questions à ne pas se poser. Hors cadre professionnel, vous êtes responsable de vous-même, de votre entourage, de votre chien, de votre maison : s’il y a un problème, c’est à vous de le gérer, pas à votre chien de finir à l’abattoir pour ça.
L’état d’esprit à transmettre est celui-ci : oui il protégera, et surtout j’espère qu’il n’aura jamais à le faire. En cas d’accrochage avec quelqu’un, le premier réflexe devrait être de chercher un arbre pour attacher ses chiens avant de s’expliquer. Non par lâcheté, mais parce qu’il est hors de question qu’un chien parte à l’aventure, même quand on a raison : c’est ainsi qu’on marque un chien à vie, qu’il finit par mordre un humain, qui lui met un coup de pied, et que les dégâts s’enchaînent.
On prend un chien pour qu’il partage sa vie et qu’il apporte quelque chose. Si la vie l’amène un jour à intervenir, elle l’y amènera. Mais on ne prend jamais un chien pour cette raison-là.
Sur le marquage
”Seuls les mâles lèvent la patte”
Faux. Les femelles lèvent la patte elles aussi, et certaines vont jusqu’à lever les deux. Elles marquent également leur territoire, selon leur position et leur tempérament.
”Tous les mâles marquent à l’intérieur”
Faux. Beaucoup ne marquent jamais à l’intérieur, pour plusieurs raisons cumulées : ils ont l’occasion de marquer suffisamment dehors, ils ont parfaitement compris la propreté (même si le marquage n’est pas la propreté), et surtout leur place est très clairement déterminée dans leur foyer.
Ce qui déclenche le marquage intérieur, c’est en général un mouvement environnemental. Un mâle de trois, quatre ou cinq ans sans aucun problème peut se mettre à marquer quand vous intégrez un nouveau chien, parce que toutes les cartes sont redistribuées. Il faut alors analyser précisément quelles prérogatives lui ont laissé penser qu’il pouvait le faire, et s’il y a concurrence entre les deux.
Mais il peut aussi être simplement dérangé par un événement, au point de déposer des odeurs qui le rassurent. Ce n’est jamais une fatalité.