Les modes d'éducation

Les modes d'éducation

Clicker, leadership, mĂ©thodes coercitives, mĂ©thodes positives, mĂ©thodes traditionnelles, capture et modelage : ce module passe en revue les grandes approches, leurs avantages et leurs limites. La position dĂ©fendue est constante d’un bout Ă  l’autre : il n’y a pas une mĂ©thode, il y a l’ensemble des mĂ©thodes, parce qu’on ne travaille pas de la mĂȘme façon un chiot en Ă©ducation et un chien en rééducation, ni avec un maĂźtre qu’avec un autre.

Le clicker

C’est un outil, pas plus qu’une bouteille, une table ou un tĂ©lĂ©phone. Il Ă©met un son, un marqueur, neutre au dĂ©part, auquel vous ferez dire ce que vous voulez. Ceux qui en font un mode de vie, oĂč il faudrait “vivre et penser clicker training”, se trompent lourdement.

Ses usages rĂ©els sont prĂ©cis. La rapiditĂ© et la prĂ©cision de marquage : trĂšs utile en compĂ©tition de haut niveau, pour enchaĂźner des tricks ou marquer un comportement Ă  l’instant exact.

Le clicker nĂ©gatif, en rééducation, qui surprend souvent. Le principe : au lieu de faire suivre le clic d’une friandise, on le fait suivre de quelque chose de simplement gĂȘnant, jamais douloureux ni brutal, comme un peu d’eau sur la tĂȘte. Le chien associe le marqueur Ă  cette gĂȘne. Ensuite, en balade, quand il part Ă  la faute sur un congĂ©nĂšre ou un humain, il suffit de cliquer : il sait ce qui vient et il se ramĂšne.

Et c’est lĂ  qu’est le vrai enseignement : on n’utilise pas un seul marqueur. Quand le chien revient vers vous, vous ne dĂ©clenchez pas, puis vous enchaĂźnez avec un marqueur positif, jouet, friandise ou voix. On peut punir puis rĂ©compenser immĂ©diatement aprĂšs. Rien ne s’arrĂȘte Ă  “je punis” ou “je rĂ©compense”.

Dernier usage, souvent négligé : le clicker aide le maßtre. Face à un client incapable de gérer ses émotions et de se contrÎler face à son chien, le clicker lui permet de ne plus parler. Il émet donc beaucoup moins de signaux parasites, et tout devient plus net.

Le leadership

Est-ce utile ? Oui. Indispensable mĂȘme, si l’on veut Ă©viter les ennuis. Et cela se rĂ©sume en une phrase : ĂȘtre un leader, c’est avoir les rĂ©ponses Ă  ses questions. Rien de plus.

La comparaison avec l’enfant tient, Ă  une diffĂ©rence prĂšs, mais elle est de taille : l’enfant finit par pouvoir subvenir Ă  ses besoins, le chien jamais. Il restera donc sous votre responsabilitĂ© toute sa vie.

Puisque nous vivons dans le monde des humains, c’est aux humains d’expliquer aux chiens comment ce monde fonctionne. Le retournement du raisonnement est Ă©clairant : dans une meute de loups, ce sont les loups qu’il faudrait observer, parce qu’eux seuls sauraient enseigner comment y survivre.

D’oĂč l’existence lĂ©gitime d’interdits. Le chien qui veut traverser pour rejoindre un congĂ©nĂšre n’attend pas que le feu change : soit vous le laissez suivre son instinct et il se fera Ă©craser, soit vous dites non, parce que c’est votre travail de lui dire qu’il y a une route. Encore faut-il, pour qu’il vous Ă©coute, l’avoir Ă©duquĂ© et lui avoir posĂ© des limites.

Les méthodes coercitives

Elles n’ont rien Ă  voir avec les mĂ©thodes traditionnelles, malgrĂ© la confusion habituelle. Ce sont des mĂ©thodes qui contraignent l’animal par la force, par la manipulation physique ou par des objets : collier Ă©trangleur, collier Ă  pointes, collier Ă©lectrique.

La rĂšgle est catĂ©gorique et c’est le point le plus difficile du module : en apprentissage, jamais de mĂ©thode coercitive. Jamais. MĂȘme bien utilisĂ©e. La raison est simple : en apprentissage, le chien ne sait pas ce qu’on veut de lui, et il faut donc lui donner envie de bien faire.

L’installation des rĂšgles de vie est autre chose. Quand le chien mĂąchouille les fils, la sanction n’a rien de coercitif : c’est un non ferme, avec une voix qui change de celle de d’habitude, et surtout un plan B. Le chien s’arrĂȘte parce qu’il entend que quelque chose ne va pas, mais il ne peut pas encore savoir quoi ; vous lui offrez alors un jouet Ă  mĂąchouiller. C’est ainsi qu’il comprend que ce qui vous appartient reste Ă  vous, et que ce que vous mettez Ă  sa disposition est Ă  lui.

Sur les outils, il ne faut avoir peur ni des mots ni des objets. Le collier Ă©trangleur, ce collier Ă  anneaux, doit d’abord ĂȘtre su mettre, puis compris. Son usage premier est le marqueur : le claquement des anneaux, comme le clic du clicker. Cela peut faire sourire de mettre ces deux objets cĂŽte Ă  cĂŽte, mais c’est bien le bruit qui marque le comportement quand on cherche la prĂ©cision.

Il a par ailleurs deux propriĂ©tĂ©s utiles en rééducation d’un chien trĂšs rĂ©actif : il bloque net et prend le chien haut, ce qui est parfois une question de sĂ©curitĂ© pour vous ; et surtout, sans tension sur la laisse, c’est comme s’il n’y avait plus de collier du tout, ce qui empĂȘche le maĂźtre de vĂ©hiculer ses Ă©motions par une pression permanente.

La consigne n’est ni “utilisez-le” ni “ne l’utilisez pas” : c’est soyez intelligent et construit, et ne mentez jamais Ă  vos clients. Un client qui veut absolument son collier parce qu’on lui a appris comme ça, ne le prenez pas de face : demandez-lui de vous montrer comment il s’en sert. Si c’est n’importe quoi, vous pouvez lui montrer prĂ©cisĂ©ment ses erreurs et lui expliquer que pour lui et son chien, le collier plat vaut mieux. Et il arrive Ă  l’inverse qu’un collier plat ait Ă©tĂ© si mal employĂ© qu’un Ă©trangleur bien utilisĂ© se rĂ©vĂšle trĂšs efficace, sans aucune brutalitĂ©.

On se sert de tout, mais on ne violente jamais le chien, on ne le brutalise pas, on ne le frappe pas. Et pour ne pas en arriver là, on réfléchit et on apprend à se servir des outils.

Les méthodes positives

C’est la grande tendance de la derniĂšre dĂ©cennie, mais l’idĂ©e n’a rien de neuf : rĂ©compenser les bons comportements. Si vous avez suivi ce qui prĂ©cĂšde, vous constaterez que 99 % de votre temps se passera lĂ . Le 1 % restant est celui qui fait la diffĂ©rence entre un bon Ă©ducateur et un autre, parce qu’il suppose d’avoir compris comment tout cela fonctionne.

La dĂ©rive, elle, est rĂ©elle : l’ultra-positivisme, qui voudrait que le chien dĂ©cide toujours selon ses instincts et ses envies, et qu’on soit systĂ©matiquement en collaboration.

Sur les instincts : entre laisser son chien aller manger un chat et le lui interdire, la responsabilitĂ© du maĂźtre est claire. Lui apprendre Ă  ne pas traverser avant le feu vert n’est pas un cadre trop strict, c’est de la mise en sĂ©curitĂ©, pour lui comme pour ce qui l’entoure.

Sur la collaboration : on collabore Ă©videmment en permanence, mais il existe des moments, l’adolescence en particulier, oĂč l’envie du chien passe devant. Le message devient alors : on collabore toujours, mais Ă  la fin c’est moi qui ai la bonne rĂ©ponse. Ce qui n’empĂȘche pas le chien de rĂ©flĂ©chir, au contraire : c’est toujours lui qui doit prendre la dĂ©cision de faire la bonne action, et votre rĂŽle est de lui indiquer comment.

Capturer et modeler

Modeler, ou façonner, c’est rĂ©compenser les approximations successives vers le comportement dĂ©sirĂ©. Pour le coucher, le fait de s’asseoir est dĂ©jĂ  une Ă©tape sur le chemin, donc on rĂ©compense l’assis. On dĂ©compose toute la sĂ©quence.

Capturer, c’est rĂ©compenser un comportement offert spontanĂ©ment : le chien se couche de lui-mĂȘme sans qu’on ait rien demandĂ©, et on rĂ©compense. Cela fonctionne remarquablement bien sur les chiens trĂšs vifs, qui proposent cinq cents choses Ă  la minute : Ă  force, ils constatent aussi qu’une partie de leurs propositions n’est jamais rĂ©compensĂ©e, et ils Ă©teignent ces comportements. Mais cela suppose un chien rĂ©ellement force de proposition, et cela ne suffira jamais seul.

Faire réfléchir le chien : le détour

Rappel de l’apprentissage complexe : pour atteindre son but, l’animal doit ĂȘtre capable de s’en Ă©loigner. Un muret infranchissable, une personne qui appelle de l’autre cĂŽtĂ© ; le chien doit longer le mur, donc s’éloigner de son objectif, pour trouver la faille.

Construisez vos cours sur ce principe. TrĂšs peu le font. Un chien qu’on oblige Ă  rĂ©flĂ©chir devient plus intelligent et plus performant, et surtout il gĂšre les situations nouvelles avec calme, sans s’énerver ni se stresser, parce qu’il a Ă©tĂ© habituĂ© Ă  penser. Plus il trouve seul des solutions justes, parce que vous lui en avez montrĂ© deux ou trois, moins l’inconnu le paniquera.

Ce que veut dire â€œĂ©duquer en positif”

La question vous sera posĂ©e tous les jours. La rĂ©ponse tient en une phrase : Ă©duquer en positif, c’est rendre le chien et le maĂźtre heureux.

C’est rĂ©tablir l’harmonie dans le couple, rendre le sourire au maĂźtre, faire que le chien ne puisse plus causer de dommages ni ĂȘtre un danger pour lui-mĂȘme, permettre Ă  un foyer de revivre normalement et Ă  des gens de se promener Ă  nouveau dans des endroits stimulants sans que ce soit la foire d’empoigne. Le chien retrouve alors un Ă©tat Ă©motionnel correct et cesse de s’énerver pour tout.

La conclusion est sans ambiguĂŻtĂ© : toutes les mĂ©thodes s’utilisent, sans exception ni limite, du moment que c’est rĂ©flĂ©chi, que ça sert le chien et que ça sert le maĂźtre. Il faut y ajouter l’adaptabilitĂ©, parce qu’il existe des solutions meilleures dont le maĂźtre n’est pas capable, et votre travail est alors de l’y amener par un chemin dĂ©tournĂ©. Ceux qui n’utilisent qu’une seule mĂ©thode, quelle qu’elle soit, sont au minimum Ă  moitiĂ© incompĂ©tents, puisqu’il leur manque toute l’autre moitiĂ©.