Le module le plus long de la formation, et celui qui sâutilise comme un index : une vingtaine de troubles passĂ©s en revue, avec pour chacun les causes possibles et la direction de travail. Le fil conducteur ne change jamais : chercher la cause avant le symptĂŽme, distinguer mĂ©dical et comportemental, et couper la rĂ©ponse quand le comportement a Ă©tĂ© validĂ© par le maĂźtre.
Peur, vol et aboiements
La peur
PremiĂšre analyse : le chien va-t-il sur son maĂźtre, ou cherche-t-il Ă fuir ? Lâindication est capitale. Sâil vient dans les jambes de son maĂźtre, câest relativement simple : il attend une rĂ©ponse, et la rĂ©ponse nâest pas la bonne. Sâil cherche Ă fuir, câest plus grave : il a cessĂ© dâattendre quoi que ce soit de son maĂźtre, il nâa plus confiance.
RĂ©partition habituelle : 20 % de gĂ©nĂ©tique, 80 % de socialisation et dâexpĂ©riences. Sây ajoutent trois causes frĂ©quentes.
Des prĂ©rogatives trop lourdes. Confiez des responsabilitĂ©s Ă un chien peureux sans mĂȘme vous en rendre compte et il perdra le fil : il fuira, il mordra, ou il fera nâimporte quoi. Exemple concret : le laisser se placer devant vous quand des humains arrivent revient Ă lui dire âtu accueillesâ. Sâil nâen est pas capable, il panique. PlacĂ© Ă cĂŽtĂ© de vous, votre jambe lĂ©gĂšrement en avant, il reçoit le message inverse : je mâoccupe de tout, ne tâoccupe de rien.
Le traumatisme mal associĂ©. Vous mettez un Ă -coup sur la laisse au moment exact oĂč une voiture passe : il attribue lâĂ -coup Ă la voiture, et vous fabriquez un chien peureux des voitures.
La maladie, la sienne ou celle de son maĂźtre. Sâil sent son maĂźtre affaibli, il peut prendre naturellement le relais de lâorganisation. Sâil nâen a pas la structure mentale, cela tourne mal.
Le traitement. Un chien peureux a besoin dâune organisation extrĂȘmement claire et stricte pour se sentir rassurĂ©. Quand vous mangez, il est au panier Ă quatre mĂštres. Pour sortir, il se couche Ă un mĂštre de la porte et attend quâelle sâouvre. CanapĂ© interdit, chambre interdite. Aucune place au doute, aucune autre possibilitĂ© imaginable. Plus câest carrĂ©, plus il se dit quâil nâa plus besoin de sâinquiĂ©ter.
Surtout pas de compassion. Parler, toucher, caresser, sâaccroupir : vous renforcez lâattitude. On ne renforce pas une peur, on ne peut pas augmenter une peur ; on augmente en revanche la rĂ©activitĂ© qui en dĂ©coule. Ce dont il a besoin, câest de quelquâun Ă cĂŽtĂ© de lui qui soit sĂ»r, fiable, correct dans sa dĂ©marche.
Pas de contact forcĂ©. En arrivant chez des gens, ne cherchez surtout pas Ă toucher le chien. Laissez-lui de lâespace pour observer. Laissez-le dĂ©tachĂ©, naviguer, ne le regardez pas, ne lui parlez pas : devenez un Ă©lĂ©ment de dĂ©cor. Il doit avoir le temps de comprendre que vous nâĂȘtes ni un danger ni une menace, et que vous ne vous intĂ©ressez pas Ă lui, ce quâil recherche.
Quand vient le moment du contact, en extĂ©rieur, utilisez la rĂ©cupĂ©ration en Ă©toile : longe de vingt mĂštres, vous la tenez, le maĂźtre part. Le chien fonce pour le rejoindre ; vous le faites pivoter, et Ă chaque pas vers vous, vous ramenez de la longe. Jamais de force : câest toujours le mouvement du chien qui vous permet de mouliner. Quand il arrive Ă votre niveau, ne le mettez pas en laisse, ne touchez pas le collier : demandez au maĂźtre de revenir vers vous. Câest le maĂźtre qui fait le retour, jamais lâinverse.
Rapprochez les intervalles. LâidĂ©al est de travailler un peu tous les jours ; sinon, trois jours dâintervalle maximum. Un chien peureux rechute trĂšs vite, sur une mauvaise rencontre ou une mauvaise rĂ©action le lendemain de votre visite. Et ne laissez jamais partir un client du premier rendez-vous sans instructions trĂšs claires, notĂ©es.
En balade, marchez dans le mĂȘme couloir que le chien, juste Ă cĂŽtĂ©, sans chercher Ă prendre la laisse, en discutant avec le maĂźtre. Vous vous faites accepter, et vous pourrez prendre le relais si le maĂźtre coule.
Remettez le chien au travail rapidement. ObĂ©issance, sport, peu importe. La raison est dĂ©cisive : une sĂ©ance passĂ©e Ă approcher et dĂ©sensibiliser nâa aucune finalitĂ© de rĂ©compense. DĂšs quâon repasse sur un assis, un couchĂ©, un pas bouger, un Ă©loignement, on finit toujours par dĂ©clencher une rĂ©compense, et le chien voit la vie autrement tout en reprenant confiance en son maĂźtre.
Qui parle ? En temps normal, le maĂźtre, toujours, et câest lui qui finit ce quâil a commencĂ© ; vous pouvez appuyer son mot par un peu dâautoritĂ©, pas plus. Si vous le sentez couler, prenez le relais entiĂšrement : Ă ce moment-lĂ , le maĂźtre ne parle plus du tout. On assume toujours ce quâon dit Ă un chien.
Lâaxe : le chien doit consulter son maĂźtre. Cela passe par le travail, la gestuelle, et par le retrait de tout ce qui parasite la communication du maĂźtre. Parle-t-il Ă son chien quand celui-ci a peur ? Sâaccroupit-il ? RĂ©compense-t-il au mauvais moment ? Cherche-t-il Ă dĂ©tourner lâattention alors que cela renforce lâattitude ?
Le mot fait ensuite le reste : le chien a peur des voitures, âpas bougerâ, il se focalise sur le mot, capte lâattention de son maĂźtre, la voiture passe, il ne dĂ©clenche pas, on rĂ©compense.
Un signe de rĂ©ussite contre-intuitif Ă annoncer dâavance : les chiens trĂšs peureux font trĂšs peu de bĂȘtises. Si ce que vous mettez en place fonctionne, le chien va se mettre Ă faire des bĂȘtises. PrĂ©venez le maĂźtre que câest bon signe et quâil faudra laisser faire.
Pour une phase dâapproche directe : accroupissez-vous, mettez-vous de biais, coupez le regard, ne vous intĂ©ressez pas Ă lui, et laissez-le venir. Et si vous disposez dâun chien Ă©quilibrĂ©, servez-vous-en : manipulez-le, caressez-le, jouez avec lui devant le chien peureux. Les signaux positifs quâil envoie feront le travail.
Le vol
Le chien est un animal opportuniste : voler est normal pour lui, puisque le mot nâexiste pas dans son vocabulaire. De la nourriture sur une table, pourquoi pas ?
Trois leviers. Remettre des rĂšgles et un cadre dans un foyer oĂč il nây a aucun interdit, aucune piĂšce fermĂ©e, des jouets accessibles en permanence. Installer lâordre âpas touchĂ©â, qui renforce le cadre et accĂ©lĂšre lâapprentissage. Et surtout, faire comprendre que tout ce qui est posĂ© en hauteur nâest plus accessible.
Sur ce dernier point, les gens ne mettent en hauteur que la nourriture, et câest une erreur. Posez-y aussi ses jouets : le chien qui constate que la balle Ă laquelle il a toujours droit devient inaccessible dĂšs quâelle est posĂ©e quelque part reçoit un message trĂšs puissant. Variez les supports pour quâil gĂ©nĂ©ralise.
Le chien aboyeur
Commencez par identifier le type dâaboiement : demande, frustration, jeu, garde, peur, hurlement, anxiĂ©tĂ©.
Aboiement de demande : supprimez la rĂ©ponse, et seulement cela. Il aboie pour quâon ouvre la porte du jardin ; si vous ouvrez, lâaboiement ouvre la porte. Coupez la rĂ©ponse, il finira par sâarrĂȘter, puis par ne plus aboyer.
Aboiement de jeu ou de frustration : faites redescendre la pression par de lâobĂ©issance. Le âprends / donneâ fait redescendre lâĂ©tat Ă©motionnel immĂ©diatement et permet de relancer le jeu plus vite tout en lui apprenant Ă se gĂ©rer. Ajoutez des exercices de frustration : âpas bougerâ, vous envoyez la balle, sâil y va câest non et on recommence. LâidĂ©e est quâil apprenne quâĂ trĂšs haute intensitĂ©, il faut rester Ă un seuil qui permet encore dâĂ©couter.
Aboiement de garde : la seule solution est de lui apprendre Ă aboyer. Utilisez le dĂ©clencheur naturel, la sonnette par exemple : il aboie, âaboieâ, excellent, rĂ©compense. Une fois le mot posĂ©, le âstopâ devient possible. Si le mot ne suffit pas, trois ou quatre gouttes dâeau sur la tĂȘte aprĂšs le âstopâ font comprendre le lien. Et dĂšs quâil sâarrĂȘte, on rĂ©compense.
Aboiement de peur : on travaille la confiance en son maĂźtre. La manipulation physique par le maĂźtre, sur certaines zones du corps comme le thorax, peut interrompre le comportement, mais uniquement en cas de confiance extrĂȘme, ce qui est trĂšs rare. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, moins on touche, mieux le chien combat ses mĂ©fiances.
Le cas du facteur, qui mĂ©rite dâĂȘtre compris en entier. Du point de vue du chien : quelquâun sâapproche tous les jours de sa propriĂ©tĂ©, sâarrĂȘte, touche quelque chose Ă lâentrĂ©e du territoire ; le chien aboie furieusement, et lâintrus sâĂ©loigne aussitĂŽt. Le chien a gagnĂ©. Il aboiera plus fort le lendemain, et ce renforcement se rĂ©pĂšte tous les jours pendant des annĂ©es.
Câest le type mĂȘme du mĂ©canisme qui sâauto-valide sans que vous puissiez intervenir. La solution passe par une obĂ©issance de trĂšs haut niveau : âpas bougerâ, âcouchĂ©â, le facteur dĂ©pose, le chien ne bouge pas, et quand le facteur repart, vous dĂ©clenchez une phase de jeu. Variante encore meilleure si vous connaissez ses horaires : lancez le jeu cinq minutes avant son arrivĂ©e. Lâintrus devient alors banal, voire positif.
Le chien qui hurle
Le comportement est mal documentĂ© chez les canidĂ©s. Le plus souvent, il sâagit de mimĂ©tisme : une sirĂšne de pompiers, un klaxon, et le chien reproduit le son. Dans la nature, le hurlement servirait surtout Ă appeler la meute, ou Ă signaler une position ou un danger, avec une rĂ©serve : beaucoup dâespĂšces jugent au contraire plus intelligent de se taire devant un danger.
Sâil hurle au moment de votre dĂ©part, il appelle des chiens entendus autour, ou il vous appelle parce quâil est en mal-ĂȘtre. On travaille alors la solitude et on vĂ©rifie la dĂ©pense physique et mentale, en rĂ©installant des exercices de dĂ©tachement comme le âpas bougerâ en lâabsence du propriĂ©taire.
Le chien qui saute
Commencez par lâattitude naturelle : quand un chien foufou saute sur un congĂ©nĂšre, la premiĂšre rĂ©action de lâautre est lâignorance totale. Il tourne la tĂȘte, prĂ©sente lâarriĂšre-train, repart. Faites de mĂȘme : on coupe tous les contacts, y compris visuels, ce que les gens ont beaucoup de mal Ă faire. On peut parler entre humains, il ne faut pas que la situation devienne anormale, mais on ne parle pas au chien, on ne le repousse pas des mains, on ne le regarde pas.
Cela rÚgle environ la moitié des cas. Pour le reste, il existe deux voies.
La voie naturelle, qui est la seconde Ă©tape entre chiens : la morsure de prĂ©vention. Ni pour blesser ni pour dĂ©chiqueter, juste un âstop, maintenant tu arrĂȘtesâ. On peut la reproduire, main au niveau du cou, trĂšs bref, impactant, puis on retire. Dans 99 % des cas le chien comprend immĂ©diatement, et cela ne se fait Ă©videmment que sur un chien enjouĂ©, jamais sur un chien peureux ou agressif. Mais le timing exigĂ© est de trĂšs haut niveau, et les propriĂ©taires nâen sont pas capables.
La voie humaine, donc Ă privilĂ©gier : le dressage. On sonne, âau panierâ, âpas bougerâ ; tant quâil nây est pas, la porte ne sâouvre pas. Elle sâouvre, il bouge, la personne ressort et on recommence. Le message est : calme-toi, et si tu veux une caresse, tu dois dâabord gĂ©rer ta frustration et apprendre Ă renoncer. Dans la rue, mĂȘme logique avec lâordre âresteâ et le travail Ă la jambe sans laisse.
Câest plus long, parce quâil faut installer les mots, mais câest la meilleure solution, et surtout celle qui crĂ©e de la complicitĂ©. Ne le vendez jamais comme du travail forcĂ© : on recrĂ©e du lien, et le saut disparaĂźt avec.
Ingestions, léchages et automutilations
Le pica
Ingestion dâĂ©lĂ©ments non alimentaires : pierres, herbe, sable. Il sâassocie souvent Ă dâautres troubles, comme lâinsomnie ou lâhyperexcitation.
Diagnostiquez avant de nommer. Un chien peut manger de lâherbe pour un inconfort digestif ou Ă cause de parasites, et des pierres pour les minĂ©raux quâil y trouve. Et un chien qui prend une pierre en gueule sans la croquer sâest simplement trouvĂ© un jouet de dĂ©rivation pour relĂącher la pression : câest bien moins grave.
Le pica vĂ©ritable concerne des quantitĂ©s importantes : deux kilos de sable, cinq kilos de pierres. LĂ , il faut sâinquiĂ©ter. On passe par le vĂ©tĂ©rinaire, en collaboration, pour trancher entre mĂ©dical et comportemental. Si câest comportemental, câest un chien qui sâennuie Ă mourir, qui manque dâexercice, et surtout dont aucun patron moteur nâest assouvi. Sur un chien de chasse qui dĂ©veloppe un pica, il nây a quâĂ lâemmener chasser.
La potomanie
Surconsommation dâeau, dâorigine mĂ©dicale ou liĂ©e au stress. Si câest mĂ©dical, vĂ©tĂ©rinaire ; si câest le stress, le chien boit pour Ă©vacuer, et il faut le remettre dans le bon sens en redĂ©clenchant ce qui lui fait plaisir.
Observation de terrain trĂšs utile : si pendant une sĂ©ance de trente minutes un chien fait cinq, six, sept allers-retours pour boire, il a probablement des remontĂ©es gastriques. Cela veut dire quâil faut le travailler moins longtemps, sinon il associera le travail Ă cette sensation et pourrait finir par refuser tout travail. SĂ©ance plus courte, plus intense.
Le chien qui lĂšche le sol
Causes médicales : dents qui poussent chez le chiot (trÚs rare), troubles digestifs (le léchage déclenche un mécanisme qui le soulage), troubles neurologiques et démence sénile chez le chien ùgé, insuffisance hépatique. Ensemble, cela reste marginal.
Dans 90 % des cas, la cause est comportementale : attirer lâattention du maĂźtre, stress, ennui, changement brutal comme un dĂ©mĂ©nagement. Le mĂ©canisme est toujours le mĂȘme : il lâa fait une fois, le maĂźtre a dit âstop, arrĂȘteâ, il a gagnĂ©. RĂ©pĂ©tĂ© des dizaines de fois avant quâon vous appelle, cela devient son mode de communication.
Une seule solution : couper la rĂ©ponse. On ne lui parle plus, on ne le regarde plus, le maĂźtre ne ronchonne pas, aucune rĂ©action. Il sâarrĂȘte seul. En restant attentif aux besoins fondamentaux, car ce sont souvent des chiens anxieux.
Le chien qui se mord la patte
Ici, les causes mĂ©dicales dominent, Ă 90 % : douleur, Ă©charde, piqĂ»re dâinsecte, articulation douloureuse, blessure, ongle cassĂ©, allergie alimentaire, dermatite atopique ou de contact, piqĂ»res de puces, inflammation, problĂšme de peau. Auscultez.
Les 10 % restants relĂšvent du mĂȘme mĂ©canisme que le lĂ©chage du sol : attention du maĂźtre, stress, ennui, changement. Le maĂźtre qui dit âstopâ ou qui vient vĂ©rifier sâil y a une Ă©charde offre exactement ce que le chien cherche.
Lâautomutilation
Deux choses Ă comprendre. Le vĂ©tĂ©rinaire ne soignera que le symptĂŽme, pas la cause ; la cause, câest vous. Cela dit, son intervention est prĂ©cieuse : un chien qui sâest mis les chairs Ă vif a envie de continuer Ă se lĂ©cher, et pansements et produits coupent ce cercle.
Votre travail est de remettre un hyper-cadre. Câest un chien stressĂ© et anxieux Ă trĂšs haut niveau : comme pour le chien peureux, plus le cadre est rigide, clair et routinier, plus vous le sortez de cet Ă©tat. Mais cela ne suffit presque jamais : il faut le remettre au travail et surtout chercher pour quoi ce chien est fait. Câest un chien qui nâest pas Ă©panoui et qui nâarrive jamais Ă dĂ©charger.
Le chien qui mange de lâherbe
Causes mĂ©dicales : inconfort digestif, et lĂ il faut ĂȘtre prĂ©cis, il ne mange pas de lâherbe pour se purger, il en mange parce que cela le fait vomir, et le vomissement le soulage. Lâherbe ne purge pas comme un vermifuge. Sây ajoutent les carences en fibres, quâil compense naturellement, et la prĂ©sence de parasites.
Causes comportementales : lâennui et le stress, trĂšs frĂ©quents. Il sâagite, ne sait pas quoi faire, et broute au passage. Occasionnel, ce nâest rien ; frĂ©nĂ©tique, câest un problĂšme. Il peut aussi le faire par plaisir, parce quâil aime le goĂ»t.
Le chien qui mange des cailloux
Syndrome de pica, parasites ou troubles intestinaux, dents qui poussent chez le chiot, carence alimentaire ou anĂ©mie (il cherche minĂ©raux et vitamines). CĂŽtĂ© comportemental : dĂ©couverte du monde chez le chiot, recherche dâattention, stress, anxiĂ©tĂ©, ennui.
Attention au chiot qui se fait les dents sur des cailloux faute de jouets ou de matiĂšres Ă mĂącher : il en conclura que câest normal, et le chien adulte continuera.
Câest ici quâil faut redire une chose valable pour tout ce chapitre : donnez du rythme Ă la vie du chien. Des balades ennuyeuses Ă mourir poussent le chien Ă se les rendre plus sympathiques, et câest comme cela que naissent les ennuis.
Le chien qui attrape sa queue
Causes mĂ©dicales : douleur, Ă©charde, piqĂ»re dâinsecte, dĂ©mangeaisons, parasites autour du rectum, hernie discale ou tumeur (le chien ne sent plus sa queue), crise dâĂ©pilepsie partielle.
Causes comportementales : attirer lâattention, ennui, manque de stimulation, Ă©vacuation dâune frustration ou dâun stress, jeu, sĂ©paration trop prĂ©coce dâavec la mĂšre. Et chez le chiot, il nâa pas encore conscience que cette queue lui appartient : il croit ĂȘtre poursuivi.
Chez un chiot, ce nâest pas grave ; chez un adulte, câest plus embĂȘtant, et certaines races comme le bull-terrier prĂ©sentent de vraies pathologies. Mais dans 80 % des cas, il sâagit simplement dâun chien qui ne sâoccupe pas assez, ne joue pas assez et nâest pas assez stimulĂ© intellectuellement.
Le chien qui chasse les lumiĂšres et les ombres
Pas de cause médicale a priori, sauf tumeur. Ennui, manque de stimulation physique ou mentale, comportement déjà encouragé par le maßtre.
Vigilance : cela devient trĂšs vite une lubie, au point que le chien ne fasse plus que ça, et lâon tombe alors dans des Ă©tats dĂ©pressifs sĂ©rieux. Et rappelez-vous que âstimulationâ ne recouvre pas la mĂȘme chose dâun chien Ă lâautre : adaptez.
Le chien qui fait des trous
Ennui, manque de stimulation, comportement encouragĂ© par le maĂźtre, et comportement naturel dâenfouissement : cacher la nourriture pour la prĂ©server ou la reprendre plus tard est parfaitement normal.
La plupart du temps, il creuse par ennui, et creuser lui permet dâĂ©vacuer la pression. Remettez-le en activitĂ©, et profitez-en : apprenez-lui le mot âgratteâ. Vous obtenez ainsi un mot pour lâarrĂȘter, vous relancez de lâobĂ©issance sans quâil sâen rende compte, et vous Ă©vitez de dire non toute la journĂ©e, ce qui ne servirait Ă rien ici.
Voiture, marquage et syndromes
Le chien agressif en voiture
Il sait quâil ne peut pas sâĂ©chapper : en milieu clos, il surjoue lâagressivitĂ© pour ĂȘtre certain quâon ne viendra pas lâembĂȘter.
Une seule vraie option : lui cacher la vue de ce qui se passe dehors. Mise en position couchée, ou mise en cage, ce que la loi impose normalement, et éventuellement un jouet à mùchouiller couché.
Ce quâil ne faut pas faire : crier, se fĂącher. En criant, vous aboyez, et vous ne faites que rĂ©pondre Ă votre chien.
Le chien malade en voiture
Causes : le stress, ou une malformation de lâoreille interne.
En cas de stress : surtout ne pas gronder ; son jouet prĂ©fĂ©rĂ©, quelquâun quâil aime Ă ses cĂŽtĂ©s, pourquoi pas. Mais la solution la plus puissante est un autre chien, parfaitement Ă lâaise en voiture, installĂ© Ă cĂŽtĂ© de lui. Il sera le mieux placĂ© pour lui dire que tout va bien.
Si câest lâoreille interne, un coussin sous les fesses rĂ©duit les vibrations transmises au corps. Et si câest une mauvaise association, associez la voiture Ă ce qui est bon : les sorties, le jeu, la promenade.
Le chien malpropre alors quâil est propre : le marquage
Causes possibles : un autre animal est passé dans la maison et il marque par-dessus ; le stress, il se rassure avec sa propre odeur ; une infection de la vessie ou des voies urinaires.
Cas trĂšs frĂ©quent Ă savoir lire : le chien qui ne marque que quand son maĂźtre sâen va. On se focalise alors sur le marquage, alors que le vrai sujet est quâil ne va pas bien quand il reste seul. On reprend lâapprentissage de la solitude depuis le dĂ©but.
Sur du vrai marquage territorial, câest plus difficile. La castration peut rĂ©duire les choses selon lâĂąge. Mais surtout, il faut remettre du cadre et de lâautoritĂ© : quand vous mangez, il se tient Ă cinq mĂštres et vous lâimposez ; salle de bain et chambre interdites ; canapĂ© interdit ; main sur la poignĂ©e, il se couche. En le faisant redescendre de deux Ă©tages, il reprend sa place et cesse beaucoup plus facilement de marquer.
Le syndrome de privation sensorielle
Trouble du dĂ©veloppement caractĂ©risĂ© par lâincapacitĂ© du chien Ă sâadapter Ă son environnement. Il prĂ©sente des rĂ©actions de peur intense face Ă des stimuli normaux, les bruits du quotidien humain. Parfois lâenvahissement par la peur est tel que lâobjet mĂȘme de la peur nâest plus identifiable : il Ă©met des signaux de peur dĂšs quâil quitte son lieu de vie.
Stade 1 : il a peur dâobjets identifiables, un aspirateur, une voiture. On peut travailler par habituation et dĂ©sensibiliser, par sĂ©ances courtes, rĂ©pĂ©tĂ©es rĂ©guliĂšrement, trĂšs progressives. Le plus important est dâignorer les rĂ©actions de peur pour ne pas les renforcer.
Stade 2 : la peur sâĂ©tend Ă lâenvironnement, y compris chez lui. Il se cache sous les meubles, mange peu, se dĂ©place trĂšs peu, tend le cou pour sentir, est toujours prĂȘt Ă fuir. Il peut adopter des comportements rĂ©pĂ©titifs et des activitĂ©s de substitution qui le soulagent, comme se lĂ©cher sans arrĂȘt le mĂȘme membre.
On peut encore travailler, mais dans lâordre : dâabord la maison. Reclarifier le cadre de vie, le rendre rassurant, devenir routinier au maximum, installer un environnement qui permette un Ă©tat Ă©motionnel stable. On ne commence lâextĂ©rieur quâune fois lâordre revenu Ă lâintĂ©rieur, car ce chien vit anxieux 24 heures sur 24 et ne se relaxe jamais. Le pistage et la recherche Ă lâintĂ©rieur fonctionnent trĂšs bien : ils le mettent au travail et montrent que la maison peut ĂȘtre un terrain de jeu. Et ce que vous espĂ©rez, secrĂštement, câest quâil recommence Ă faire des bĂȘtises.
Stade 3 : le chien va vraiment trĂšs mal, lâenvironnement lui semble beaucoup trop vaste. Câest le seul cas oĂč rĂ©duire lâespace Ă lâextrĂȘme, cage comprise, peut ĂȘtre utile et intelligent, comme premiĂšre Ă©tape avant dâĂ©largir progressivement.
Le syndrome HS/HA
HypersensibilitĂ©-hyperactivitĂ©. Attention aux confusions : les privations sensorielles prĂ©sentent les mĂȘmes symptĂŽmes, et lâhyperattachement ou une simple excitation peuvent y ressembler. Les vrais cas sont trĂšs rares, et le syndrome est innĂ© : le chiot ne lâacquiert pas.
SymptĂŽmes : agitation permanente, destruction, aboiements, agressivitĂ© par agacement et irritation, troubles de la concentration, troubles alimentaires avec ingestion de nâimporte quoi, troubles du sommeil, tremblements, sursauts, nervositĂ©.
Lâerreur Ă ne pas commettre : croire que la dĂ©pense physique suffira. Elle ne suffira jamais, et pire, elle fabrique un chien hyper-endurant, donc capable dâĂȘtre nerveux 24 heures sur 24. Câest la dĂ©pense mentale qui compte.
Le format : sĂ©ances trĂšs courtes, vingt minutes, extrĂȘmement intenses, prĂ©parĂ©es Ă lâavance, sans aucun temps dâattente entre les exercices. On enchaĂźne. Et le paradoxe Ă tenir : cette intensitĂ© doit ĂȘtre conduite avec un calme total de votre part, sinon votre propre stress rejaillit sur un chien dĂ©jĂ stressĂ©.
Travaillez toujours avant la rupture, ce moment oĂč ça monte, monte, puis retombe et oĂč il ne comprend plus rien. ArrĂȘtez-vous une Ă deux minutes avant.
Et surtout, du pistage, Ă fond. Câest probablement lâactivitĂ© la plus fatigante pour un chien, celle qui mobilise les plus grandes zones du cerveau. Elle se pratique partout, dedans comme dehors, et nâa quasiment aucune limite : Ă mesure quâil progresse, vous complexifiez les terrains, et plus ils sont complexes, plus ils lâĂ©puisent nerveusement. Autre avantage : il la fait sans vous, une fois lancĂ© sur la piste. Câest son exutoire.
La dissociation primaire
Trouble du dĂ©veloppement comportemental : un dĂ©faut dâapprentissage de la communication au sein de sa propre espĂšce, faute dâavoir appris les codes avec des congĂ©nĂšres, et notamment avec des adultes. On peut y rattacher le chiot qui tĂšte une couverture ou un jouet, comportement inadaptĂ©. Cause : un manque de stimulation entre 0 et 3 mois et demi.
La rĂ©ponse : lui prĂ©senter un maximum de chiens Ă©quilibrĂ©s, et surtout des adultes, pas des chiots. Entre chiots, ils se taperont dessus toute la journĂ©e sans rien apprendre, et celui-lĂ , qui nâa aucun autocontrĂŽle, sera persuadĂ© que la vie fonctionne ainsi. Adulte, ce serait une catastrophe ambulante.
La dépression de détachement précoce
Trouble dĂ» Ă lâabsence de soins maternels dans les premiĂšres semaines. Le tableau : un chiot trĂšs calme, trĂšs sage, qui ne communique pas et mange trĂšs peu, et qui peut glisser vers quelque chose qui ressemble Ă une dĂ©pression.
Il faut sây mettre tout de suite, et câest Ă vous de reconnaĂźtre les signaux dâamĂ©lioration. PrĂ©sentez-lui des chiens : si dans les deux ou trois jours il commence Ă dĂ©truire et Ă ĂȘtre moins sage, câest gagnĂ©, câĂ©tait ce quâil lui fallait. Sinon, ajoutez une activitĂ©, une sortie en forĂȘt, de la nage, quelque chose quâil nâa pas lâhabitude de vivre. Cherchez Ă crĂ©er un attachement avec vous, pas un hyperattachement, pour quâil ait au moins un rĂ©fĂ©rent.
Et comportez-vous normalement : plus vous le surprotégez et le cùlinez, moins il se développera.
Lâhyperattachement
ProblÚme énorme et trÚs répandu. PremiÚre chose : ne le confondez pas avec le flicage.
Le chien qui flique garde un visuel sur vos mouvements, se relĂšve et vous suit partout. Il regarde relativement peu son maĂźtre quand il a un problĂšme. Il ne dĂ©veloppe pas nĂ©cessairement de rĂ©activitĂ© Ă lâhumain. Et si son maĂźtre part alors que vous le tenez, il ne devient pas fou.
Le chien en hyperattachement part dans tous les sens quand son maĂźtre sâen va, et peut dĂ©velopper un peu de rĂ©activitĂ© Ă lâhumain quand il est avec lui.
Le test le plus parlant porte sur ce quâil fait de vos affaires pendant votre absence : sâil rĂ©cupĂšre un de vos t-shirts et le garde avec lui sans le dĂ©truire, câest de lâhyperattachement. Sâil dĂ©truit, on est plus prĂšs du flicage, câest-Ă -dire dâun chien qui estime que vous nâaviez pas le droit de vous dĂ©placer librement. La frontiĂšre est fine : faites des essais, demandez au maĂźtre de sortir, observez.
Le traitement, sur les cas avérés :
- Le sevrage affectif, mesure extrĂȘme : quinze jours sans plus aucun contact. Tout ce quâil demande reste sans rĂ©ponse, on le sort pour ses besoins, on le rentre, plus dâactivitĂ©, plus de jeu. Dans certains cas, on le sort de son foyer pour lâhĂ©berger ailleurs : il faut couper le lien.
- Tous les exercices dâĂ©loignement et de travail Ă distance : âpas bougerâ avec dĂ©part et rappel, rapport dâobjet, tout ce qui met le chien en autonomie et se guide Ă la voix, y compris le trayball.
- Le travail en Ă©toile : le propriĂ©taire part, vous ramenez le chien, le propriĂ©taire revient. Message : tu nâas pas de raison de te comporter ainsi, je reviens.
- RĂ©duire les Ă©motions du maĂźtre : le chien agit, le maĂźtre reste presque neutre. Fini le âouais câest bien, gĂ©nial, incroyableâ au rappel : âau pied, câest bienâ, et câest tout.
Attention Ă une nuance sur le pistage : câest une excellente activitĂ© ici uniquement si lâon peut envoyer le chien chercher sans longe et sans lâaccompagner. Le pistage en longe resserre le lien, ce qui est exactement lâinverse du but. Le âchercheâ pendant que vous restez sur place, en revanche, est extrĂȘmement bĂ©nĂ©fique.
Surveillez enfin ses rĂ©actions : privĂ© de tout dâun coup, le chien peut rĂąler, se montrer rĂ©actif, dĂ©truire, perdre ses moyens. Câest Ă vous dâobserver et de guider les propriĂ©taires. Et lâon rĂ©installe en parallĂšle toutes les bases de la solitude, intimement liĂ©e Ă ce trouble.
La médication
Jamais en premiĂšre intention. On ne mĂ©dicamente pas avant dâavoir mis en place une thĂ©rapie comportementale, et on ne mĂ©dicamente pas Ă tour de bras : quand vous mĂ©dicamentez, vous altĂ©rez la communication du chien et vous ne trouvez plus les bonnes solutions.
Si le chien est dĂ©jĂ sous traitement, appelez le vĂ©tĂ©rinaire aprĂšs votre premiĂšre analyse et faites-en un partenaire de travail. On nâarrĂȘte jamais un traitement du jour au lendemain, cela se fait progressivement, sous peine de danger.
Sur les cas dâagressivitĂ© Ă lâhumain ou aux congĂ©nĂšres, on ne mĂ©dicamente pas : on travaille. ConcrĂštement, si le chien est dĂ©jĂ traitĂ©, on Ă©tablit avec le vĂ©tĂ©rinaire un protocole dâarrĂȘt, on attend que lâeffet soit dissipĂ©, et on commence Ă travailler Ă ce moment-lĂ . Sinon, vous serez piĂ©gĂ© systĂ©matiquement.
Sur les chiens rĂ©ellement anxieux au sens pathologique, ou atteints dâun syndrome comme le HS/HA, la mĂ©dication peut se discuter, une fois tout le reste mis en place, comme appui Ă la thĂ©rapie comportementale.
Pour finir
Il existe dâautres troubles, et certains font lâobjet de modules dĂ©diĂ©s. Mais si vous comprenez le mĂ©canisme, le mode dâaction et le mode de rĂ©flexion, vous ĂȘtes capable de traiter des troubles que vous nâavez jamais vus. Prendre du recul, analyser, poser les bonnes questions, garder lâesprit vif.