Premières périodes

Premières périodes

Ce module ouvre le chapitre consacré au chiot, et tout y compte : les périodes du développement, le sevrage, l’imprégnation, le détachement, l’acquisition des autocontrôles. Ce qui se joue là détermine la vie entière du chien, et une partie n’est plus rattrapable ensuite.

Le processus d’apprentissage : les périodes

L’imprégnation, ou empreinte, permet à l’animal l’identification à ses semblables. Elle rend possible la reconnaissance des parents (empreinte filiale), le développement de relations sociales préférentielles intraspécifiques, et le développement des relations sexuelles (empreinte sexuelle) qui aboutit à la survie de l’espèce. Chez certaines espèces, l’empreinte sexuelle s’accompagne d’une reconnaissance de parentèle menant à un appariement sélectif ; ce n’est pas le cas chez le chien.

Les périodes se succèdent ainsi :

  • Période prénatale, in utero.
  • Période néonatale, de la naissance jusqu’à l’ouverture des yeux, vers le 14e jour selon les races.
  • Période de transition, du 14e jour à trois semaines environ, de l’ouverture des yeux à celle des conduits auditifs.
  • Période de socialisation, de trois semaines à environ 3 mois, 3 mois et demi ou 4 mois. Plus la race est grande, plus elle se prolonge, la croissance intellectuelle étant elle aussi plus lente.
  • Période juvénile, jusqu’à la puberté, extrêmement variable : environ 13 à 14 mois, parfois 20 à 22 mois.

La période prénatale, et les 20 % irrattrapables

Le comportement de la mère met en place des apprentissages chez le fœtus. Les fœtus réagissent à un grand nombre de stimulations : tactiles positives (les caresses sur le ventre de la femelle gestante), tactiles négatives (contractions utérines, mouvements intestinaux liés au stress), et gustatives, par induction de préférences alimentaires.

Retenez l’ordre de grandeur : la génétique et ce qui se passe avant la naissance représentent environ 20 % des acquis du chien, et c’est la part sur laquelle on ne pourra pas revenir.

L’exemple le plus parlant : une femelle constamment stressée parce qu’elle a peur des bruits extérieurs. Les fœtus ne peuvent pas savoir que la cause est un bruit ; ils ne récupèrent que l’anxiété. Ils naîtront donc anxieux, non pas de certains bruits, mais du monde extérieur en général.

D’où l’importance du choix de l’éleveur, et des partenariats que vous nouerez avec eux. La sélection sur les maladies compte, la beauté aussi, mais le choix des géniteurs sur le comportement est essentiel.

À l’inverse, une bonne nouvelle : le contact avec l’homme depuis plus de 15 000 ans a développé chez le chien des possibilités cognitives bien supérieures à celles du loup. C’est ce qui lui donne une réelle capacité de résilience : on peut traiter environ 80 % des troubles du comportement, et sur les 20 % restants on parvient souvent à atténuer.

Le sevrage

Le sevrage, c’est le passage de l’alimentation lactée à une alimentation extérieure. La matière n’a pas à être solide au sens strict : des croquettes réhydratées font l’affaire. Cela ne veut pas dire non plus que les chiots cessent de téter ; c’est une transition.

Son effet le plus concret concerne la propreté, et il est mal connu. De 0 à trois ou quatre semaines, la mère lèche l’anus des chiots pour stimuler l’élimination, et ingère les excréments. Dès le passage à l’alimentation solide, elle cesse.

Si l’organisation de l’élevage lui permet d’accéder à un extérieur sécurisé avec ses chiots, elle les extrait naturellement du lieu de couchage pour les inviter à faire dehors : elle fait le travail à votre place. Si elle ne le peut pas et que les chiots éliminent là où ils dorment, non seulement elle se retrouve en difficulté, mais les chiots se mettent à manger leurs excréments par imitation.

C’est ce qui explique les chiots un peu sales. Cela passe généralement avec le temps, mais il est fréquent d’avoir jusqu’à trois mois et demi ou quatre mois des chiots qui mangent leurs propres besoins. Moins la mère a eu à le faire, plus ce sera facile pour vous.

La dépression de détachement précoce

C’est un trouble du développement dû à un manque de soins maternels dans les premières semaines : chiots abandonnés, mère morte, chiots jetés. D’où l’importance de savoir où l’on récupère un chiot.

Le tableau : un chiot très calme, très sage, qui ne communique pas et mange très peu. Il faut couper court à l’illusion : il n’est pas calme, il est incapable d’interagir avec le monde extérieur. Il n’a aucun codage, il ne saura parler ni aux chiens ni aux humains, il n’a ni modèle ni référence, et il s’enfonce dans la déprime.

La seule solution, quand un chiot se retrouve sans sa mère, est de trouver une autre femelle pour prendre le relais. Et si un client récupère à deux mois un chiot laissé seul depuis un mois, il a tout intérêt à l’immerger avec un chien équilibré et à les laisser communiquer.

L’imprégnation

Pour le dire très simplement : c’est le moment où le chiot apprend qu’il est un chien. Il ne le sait pas au départ, et il va progressivement se rendre compte de qui il est. C’est évidemment une phase essentielle.

Le détachement

C’est la partie dont vous serez responsable, que peu de maîtres réalisent, et qui explique la multiplication des cas d’hyperattachement.

Dans la nature, quand le chiot devient adolescent, son aspect et ses odeurs se modifient, et sa mère le repousse : elle commence par le rejeter du lieu de couchage, avant de lui interdire purement et simplement d’approcher. Cette rupture provoque une détresse, mais elle ne dure pas : le chiot passe d’un attachement exclusif à la mère à un attachement au groupe social, par les rituels de la meute.

Le maintien artificiel du lien d’attachement, lui, entraîne des troubles sévères, notamment sur les relations sociales.

En pratique, à partir de 4 à 6 mois chez le mâle, un peu plus tard chez la femelle :

  • Il ne doit plus y avoir de lien exclusif entre le chiot et un seul membre de la famille.
  • Le jeune chien ne doit plus imposer sa présence en permanence, pas plus qu’il ne le pourrait avec les individus dominants d’une meute. N’hésitez pas à repousser un jeune chien envahissant, tout en l’appelant aussi souvent que vous voulez pour le caresser : ce sont les propriétaires qui ont l’initiative des contacts.
  • On habitue le chiot à rester seul, avec des départs les plus rapides possible.
  • Au retour, on ne le regarde pas s’il se manifeste de façon exagérée, et on ne le caresse qu’une fois calmé.

Il faut être très clair sur la durée, car c’est là que le message se déforme. Cette phase dure deux à trois mois, pas plus. Certains en tirent qu’il ne faudrait jamais accepter aucune sollicitation du chien : c’est un contresens. Sur dix ans de vie commune, vous casserez 80 % des sollicitations pendant deux mois, et pour son bien.

Si ce travail n’est pas fait, l’hyperattachement produit des troubles : malpropreté (et non plus défaut de propreté : le chien sait, mais il élimine partout par stress), destructions, puis dans certains cas agressivité ou réactivité envers l’humain.

L’acquisition des autocontrôles

Là encore, cela commence avec la mère. Quand un chiot exagère, mord sa mère ou fait crier ses frères et sœurs, elle intervient : elle le met sur le dos, prend sa tête dans sa gueule, va jusqu’à s’asseoir sur lui. Le chiot comprend vite qu’il est puni s’il dépasse un certain seuil d’excitation, et il apprend à se contrôler.

Notez comment elle s’y prend : un petit cri, un grognement, les dents dépliées, mais toujours extrêmement contrôlé. Viril mais courtois, jamais de violence, jamais de blessure. Vu la différence de gabarit, on comprend qu’elle ne fait rien au hasard.

Le tableau inverse : une mère laxiste, une portée trop nombreuse, un chiot séparé très jeune et élevé par des humains qui se laissent mordiller les mains sans réagir. Le chiot n’acquiert pas les autocontrôles, et devenu adulte il ne saura pas s’arrêter. Dans les cas extrêmes : réaction exagérée à tout, peu de sommeil, alimentation sans satiété, jeu sans retenue, morsure sans contrôle, destruction de tout ce qui passe.

C’est aussi la mère qui installe la morsure inhibée. Si elle a bien travaillé, il ne vous reste qu’à faire perdurer.

Une erreur fréquente à surveiller chez les nouveaux propriétaires : on caresse le chiot, il veut interagir, et il mordille comme il le ferait avec sa mère. Deux options selon le profil des maîtres. S’ils ont l’habitude et que le chiot a acquis la morsure inhibée, cette interaction ne pose aucun problème, ils sauront dire stop. S’ils sont moins à l’aise, la règle devient : la caresse s’arrête dès qu’il mordille, et on sort un jouet de dérivation. Le message est alors clair : avec tes jouets on peut mordiller et jouer ensemble, avec moi physiquement, non.

Il n’y a pas de vérité absolue ici. Le choix dépend des maîtres, du profil du chien, de son parcours, et de votre propre approche.