Même point de départ que pour la réactivité humaine : environ 20 % de génétique, 80 % de socialisation, et sur ce sujet on pourrait même monter à 90 ou 95 % pour la socialisation. Ce module distingue les deux grands profils de réactifs congénères, donne l’ordre de travail, et rappelle que certains chiens partent avec un handicap qui n’a rien à voir avec leur caractère.
Deux profils à ne pas confondre
Le réactif par manque de socialisation et le réactif hormonal ne se travaillent pas de la même façon. La première question à trancher est donc celle-là.
Le protocole pour le réactif par manque de social
1. Mettre les congénères en sécurité. Muselière. Et tant que l’apprentissage de la muselière n’est pas acquis, vous ne commencez pas le travail.
2. Savoir dans quelle configuration il réagit : en laisse, en longe, ou sans rien. La plupart du temps, cela réagit énormément en laisse, beaucoup moins en longe ou détaché. On part donc en longe et muselière.
3. Le chien partenaire. Le must est d’avoir votre propre chien, ou celui d’un client, parfaitement stable et qui ne prêtera aucune attention au chien réactif. Ce point est essentiel et souvent mal compris : on ne veut pas un chien qui recadre. On veut un chien qui se désintéresse. Le problème est un problème de socialisation ; le message à faire passer est “tu vois, les chiens n’ont rien à faire de toi”.
4. Rester en mouvement. Tout le temps, tout le temps. C’est une règle de base.
5. Travailler en milieu ouvert. En balade. Un centre fermé risque d’accentuer le problème, sauf si le terrain est immense, auquel cas continuez à marcher.
Quand cela devient fluide, et pas tout de suite, vous pourrez envisager de démuseler avec ces chiens-là. Puis il faudra démultiplier l’expérience un très grand nombre de fois, avec des chiens différents.
Attention à un cas dans le cas : le réactif dont la cause est un traumatisme ou une mauvaise expérience. Celui-là cogne avant de savoir à qui il a affaire. Là aussi, on commence avec un chien hyper stable qui ne réagira pas, et pendant un long moment votre travail n’a même pas commencé : vous attendez simplement que l’autre chien lui montre qu’il n’a rien à faire de lui.
L’obéissance de base, indispensable
Troisième volet, et non négociable : le “reste”, le “pas bouger” et le “au pied”, parfaits. Je dis bien parfaits.
Pourquoi ? Parce que sans ces trois ordres, votre seule solution pour faire passer un chien sera de mettre des à-coups.
Le dosage : la partie la plus délicate
Une fois tout ce travail fait, vient l’étape la plus difficile : dire au chien qu’il n’a plus le droit d’aller tous les voir, qu’il doit rester là, et qu’il aura droit d’y aller de temps en temps, sans faire de dégâts.
Deux issues possibles, toutes deux acceptables.
Sur un chien qui a bien évolué et qui ne surréagit plus, il aura droit de temps en temps à des moments de jeu avec ses congénères.
Sur un chien qui réagit systématiquement malgré tout, et cela arrive, les ordres devront être si bien maîtrisés qu’il n’aura quasiment plus aucune interaction avec ses congénères. C’est la vérité, et il faut savoir la dire. Mais il ne sera un danger ni pour lui-même ni pour les autres, parce qu’il sera capable d’obéir.
La méthode pour y arriver : rendre positive la présence des autres chiens. Il voit un chien, il obéit au “reste”, vous parvenez à le faire passer sans qu’il déclenche : récompense. Et pas n’importe laquelle. On raréfie un bien et on sort la récompense de l’année, celle dont il rêve, celle qu’il choisirait devant un steak haché. La récompense doit valoir mille fois plus que le fait d’aller vers le chien.
Le raisonnement s’inverse alors dans sa tête : chaque fois qu’il y a un chien, il se passe quelque chose de génial. Le chien se relaxe, la tension baisse à la vue des congénères. Ils ne seront peut-être jamais amis, mais il les laissera tranquilles, son seuil d’homéostasie redescend, et la vie avance plus calmement.
Certains chiens auront besoin en plus d’un cadre hiérarchique réinstallé, parce qu’ils prennent systématiquement la décision à la place de leur maître. Là, les règles devront être extrêmement strictes et claires.
Le réactif hormonal
C’est le mâle qui ne supporte pas les autres mâles, la femelle qui ne supporte pas les femelles.
Chez le mâle, la castration peut être une solution si elle est faite en temps et en heure. Le mécanisme : on supprime l’apport de testostérone, la testostérone baisse et l’œstrogène monte. La testostérone étant l’hormone la plus combative, le seuil de nervosité baisse. Comptez environ six mois pour que le taux retombe complètement, et sachez que plus c’est fait jeune, moins le chien en est imprégné, et plus c’est efficace.
Ce n’est pas une solution miraculeuse : cela vous fait gagner 20 à 30 %, à vous de faire le reste. Sur des chiens à très fort tempérament, 20 à 30 % ne sont pas négligeables.
Chez la femelle, c’est l’inverse et il faut être prudent. Après stérilisation, la testostérone monte à mesure que l’œstrogène descend, et certaines femelles deviennent nettement plus réactives et plus combatives qu’avant. Les taux sont inversés, les conséquences aussi : ce n’est en général pas la bonne idée.
Les chiens désavantagés par leur morphologie
On ne peut pas demander à tous les chiens de bien s’entendre, et certains partent avec un handicap dont ils ne sont pas responsables.
Les bouledogues français et anglais portent des mimiques faciales qui, pour les autres chiens, sont une incitation à la bagarre. Ils n’y sont pour rien, c’est leur tête. Résultat : ils font de mauvaises rencontres qui finissent par les marquer.
Les akita inu et akita américains, par leur aspect, leur démarche très lente et leur port de queue, envoient des signaux qui ressemblent à une invitation à la prédation.
Retenez donc que ce n’est pas forcément la race qui rend un chien difficile avec ses congénères : ce sont souvent les rencontres et les attitudes qu’il a involontairement provoquées, et qui ont ensuite installé le comportement.
C’est aussi pour cela que le dressage sert : il permet de se prémunir et de désamorcer les comportements pénibles au bon moment. Tous les chiens, à l’adolescence puis à l’âge adulte, ont besoin de se montrer un peu, exactement comme un humain de 13, 14 ou 15 ans à qui la testostérone joue des tours. Laissés dans cette situation, ils deviennent réellement réactifs, et le retour en arrière est difficile, surtout sans aucune base de dressage.
Un exemple de technique, et un avertissement
Comme sur la réactivité humaine, il existe un très grand nombre de méthodes, de contre-conditionnements et de marqueurs. Un exemple : au moment où le chien veut partir, un bruit associé à un marqueur négatif, par exemple un peu d’eau sur la tête, le fait revenir vers vous. Le marqueur est impactant sans être douloureux. Et comme il revient et ne réagit pas, vous pouvez rebasculer immédiatement sur un marqueur positif.
Ce chapitre est traité ici parce qu’il est important d’avoir une idée du mode de réflexion et du mode opératoire. Mais il faut le redire : il y a tellement de subtilités et de détails qui font toute la différence que la pratique est indispensable, et qu’il serait dangereux de s’y lancer sur la seule théorie.
L’essentiel à retenir est qu’il n’y a pas de fatalité et que rien n’est figé. Deux issues s’offrent toujours à vous : soit le chien redevient sympathique avec ses congénères, soit il ne le sera jamais, et l’on fait alors en sorte qu’il puisse vivre aussi librement que les autres tout en garantissant la sécurité de tous.