Quand commencer, quelles erreurs coĂ»tent le plus cher, ce que doit ĂȘtre une Ă©cole du chiot, et pourquoi la socialisation conditionne tout le reste : destruction, solitude, propretĂ©. Ce module est court, mais ses consĂ©quences sâĂ©talent sur dix ans.
On commence tout de suite
à quel ùge socialise-t-on ? Immédiatement. La question est réglée.
Et la premiĂšre erreur Ă ne pas commettre, câest dâattendre le rappel de vaccin. Si vous attendez trois mois, voire trois mois et trois semaines, vous perdez la pĂ©riode dâimprĂ©gnation, qui se termine vers trois mois et demi. Tout ce qui devait sâacquĂ©rir lĂ , et sur quoi on ne peut pas revenir, est perdu.
Le chiot est de toute façon protĂ©gĂ© par lâimmunitĂ© maternelle et il a eu sa primo-vaccination. Quoi quâil en soit, sâil ne sort pas, vous vous offrez les dix prochaines annĂ©es de galĂšre.
On le sort donc, et on lui fait dĂ©couvrir des bruits diffĂ©rents, des environnements diffĂ©rents, des surfaces au sol diffĂ©rentes, des chiens, des humains. Intelligemment : pas dâimmersion brutale au milieu dâun marchĂ© de cinq cents personnes. Chaque jour, un peu de centre-ville, un peu de forĂȘt, pour travailler des choses diffĂ©rentes, et on avance Ă mesure quâil est Ă lâaise.
Les erreurs qui coûtent le plus cher
EmpĂȘcher le chiot de jouer avec dâautres chiens sous prĂ©texte quâil est petit. Vous fabriquez un chiot incapable de communiquer, mal codĂ©, qui se montrera ensuite hostile ou agressif Ă lâapproche dâun congĂ©nĂšre.
Le porter dĂšs quâun chien arrive. Regardez ce que dit votre geste : vous plongez sur lui pour lâattraper. Vous lui montrez que vous nâĂȘtes pas fiable et pas sĂ»r de vous. Et si vous nâĂȘtes pas sĂ»r de vous, pourquoi vous suivrait-il ?
Le bon rĂ©flexe est lâinverse. En balade dĂ©tachĂ©e, si un chien arrive, il est de toute façon trop tard : votre chiot ne maĂźtrise pas le rappel. Ne courez pas, ne criez pas, ne vous agitez pas, ne rattachez pas, ne portez pas. Dans 99 % des cas, cela se passera trĂšs bien, parce que tant que le chiot est perçu comme un chiot, tant quâil âsent le chiotâ, les adultes font preuve de beaucoup de patience et de tolĂ©rance. Ils peuvent recadrer de façon virile, cela reste courtois.
Le moment rĂ©ellement difficile nâest pas la pĂ©riode chiot : câest celui oĂč il cesse de sentir le chiot.
Une seule rĂ©serve de bon sens : si le chien dâen face fait 80 kilos et pourrait le blesser, on avance, naturellement et tranquillement. Mais laissez-le jouer, laissez-le faire ses expĂ©riences. Et si de petits bobos surviennent, ce nâest pas grave, câest normal, et câest nĂ©cessaire Ă son dĂ©veloppement.
LâĂ©cole du chiot : la bonne et la dangereuse
La bonne met des chiots avec des chiens adultes Ă©quilibrĂ©s. Câest lâĂ©cole de la vie : ils apprennent Ă communiquer, les chiots se chamaillent entre eux, et il y a toujours un adulte pour siffler la fin de la rĂ©crĂ©ation au bon moment. Câest productif, intelligent, cohĂ©rent.
La dangereuse, et câest Ă ce point quâil vaut mieux ne rien faire que la faire, met dix, quinze ou vingt chiots ensemble, entre eux, en espĂ©rant quâils sâĂ©duquent mutuellement. On vous vendra la rĂ©crĂ©ation du chiot.
Le résultat est mécanique : des chiots entre eux ne peuvent pas se coder. Vous obtenez des chiots incontrÎlables, sans aucun autocontrÎle, non codés, qui deviendront des adultes ingérables. Gentils au départ, mais qui sauteront sur les autres chiens, et comme ils seront adultes, les autres chiens seront bien moins patients et leur expliqueront la vie autrement.
Socialiser, câest aussi ouvrir aux rĂšgles humaines
La socialisation nâest pas seulement la dĂ©couverte de nouvelles expĂ©riences : câest lâouverture au monde, y compris aux mĂ©canismes qui rĂ©gissent le monde des humains. Cela recoupe directement la frustration.
Le chien ne peut pas gratter Ă la porte chaque fois quâil veut quâelle sâouvre. Sâil gratte et que vous ouvrez, il apprend que gratter ouvre la porte. Si vous nâouvrez pas et que vous attendez quâil se couche et se calme, il apprend que câest cette attitude-lĂ qui dĂ©clenche lâouverture.
MĂȘme chose pour le chiot qui gĂ©mit parce que le jouet nâarrive pas assez vite. On ne lui dit pas non, on ne crie pas, on ne sâĂ©nerve pas : ce serait une interaction. On ne dit rien, on lĂšve les yeux, on ne sâoccupe plus de lui. Et dĂšs quâil se calme, on relance le jeu.
Socialiser le maĂźtre aussi
Point moins attendu, et pourtant central : lâouverture doit aussi aller du maĂźtre vers le chien, câest-Ă -dire vers lâespĂšce canine.
Lâexemple classique : âle chiot mâa attaquĂ©, il mâa morduâ, alors quâil Ă©tait simplement en phase de jeu. Votre travail est de traduire. Non, il ne vous a pas mordu, il a mordillĂ©, et il vous appelait au jeu. Ou bien il a fait mal parce quâil nâa pas acquis la morsure inhibĂ©e, mais son intention Ă©tait de jouer.
Cela compte Ă©normĂ©ment, parce que âmon chien mâa morduâ est vĂ©cu comme un drame, et quâaprĂšs un drame on ne regarde plus jamais son chien de la mĂȘme façon. En cassant cet impact psychologique, vous rendez au maĂźtre le plaisir de regarder son chiot, et vous pouvez repartir sur des bases saines.
Analyser le chiot quâon a devant soi
Avant de dĂ©cider du mode dâaction, on regarde ce qui a Ă©tĂ© fait avant. Quel travail la mĂšre a-t-elle accompli ? A-t-elle Ă©tĂ© retirĂ©e trop tĂŽt ? A-t-elle appris Ă rĂ©guler les moments, jeux et nourriture ? Y a-t-il eu de la cohĂ©rence, des limites, des interdits ? Et le chiot les a-t-il compris ?
Selon les réponses, votre approche sera différente.
Ce qui compte pendant cette période
Ne pas plonger le chiot dans un environnement sensoriellement trop stimulant du jour au lendemain. On y va pas Ă pas.
Le laisser dĂ©couvrir le monde. La marche en laisse attendra un mois, un mois et demi : peu importe quâil marche Ă la jambe Ă deux mois. Ce quâon veut Ă deux mois, câest quâil nâinterprĂšte rien de travers, quâil renifle, quâil constate quâil y a dâautres congĂ©nĂšres dans le quartier, dâautres odeurs, dâautres bruits, et que des humains marchent dans la rue.
Lui montrer que vous ĂȘtes un guide sĂ»r de vous. Quelquâun de sĂ»r de lui ne panique pas.
Et retenez le mĂ©canisme cumulatif : plus il voit dâodeurs, de bruits et de situations diffĂ©rentes, plus il devient capable dâassocier et de gĂ©rer du nouveau. Un chien qui a vu cent situations gĂ©rera la cent-et-uniĂšme seul, en prenant la bonne dĂ©cision. Un chien qui vit dans une bulle en sera incapable.
Pourquoi tout en dépend
La socialisation, câest sortir, renifler, rĂ©flĂ©chir, dĂ©couvrir, apprendre. Donc de la fatigue, donc du repos, donc moins de destruction, moins de problĂšmes de solitude et de propretĂ©. Ces trois-lĂ ne se rĂšglent pas sans elle, parce que tout se tient.
Un dernier mot, Ă transmettre aux clients : au milieu de tous ces exercices, il y a aussi le mot profiter. Ăa grandit trĂšs vite, et regarder un chiot dĂ©couvrir le monde est un beau spectacle. Incitez-les Ă poser leur cerveau de temps en temps et Ă sâamuser : quand cela se fait naturellement, sans cent cinquante questions, tout roule.
Enfin, sachez quâun exercice majeur de cette pĂ©riode mĂ©rite un module Ă lui seul : le suivi naturel. Car pour quâun chien vous suive, le mieux reste encore de le dĂ©tacher.